augustin du Bosc Henry

J’ai retracé la vie aventureuse d’Augustin du Bosc Henry en trois volets reposant sur les trois périodes les plus marquantes pour ce valeureux personnage par trop méconnu dont il convient de réhabiliter la mémoire dans notre pays.

De Drucourt à l’Acadie

Dans notre modeste bourg est né jadis Augustin du Bosc Henry, chevalier de Drucourt, garde-marine, enseigne de vaisseau, lieutenant, puis capitaine, chevalier de l’ordre de Saint Louis, gouverneur de l’Ile Royale. Nous allons donc vous conter son histoire et nous ne pouvons aujourd’hui que nous incliner et nous souvenir de cet homme exceptionnel qui fît tant pour la France et son Roy et pour cette terre de Nouvelle-France et d’Acadie.

En ce temps-là, Drucourt est un village fort populeux, situé sur la route reliant la capitale du royaume au riche évêché de Lisieux. La paroisse était en plein essor, plusieurs desservants occupaient la cure. Les manoirs s’élevaient majestueusement imprimant notre paysage de couleurs faites de tuiles, bois et bauge pour rendre hommage à leurs prestigieux occupants. Sur ce bourg puissant, la famille du Bosc Henry exerçait leur droit de seigneur et avait rang de baron, à ce titre, rendait haute et justice. Leur château en cette fin de siècle vient de s’achever, un corps central avec frontispice doté de deux ailes, entouré d’une première cour ceinte de douves ne laissaient aucun doute de la puissance de ces occupants. Une allée d’arbres menait à l’église, une autre menait à la forêt du Bois-Guillaume.

C’est le 30 avril 1697 que sont publiés les bans relatifs au mariage de Marie Louise Godard, avec noble écuyer Jean Louis du Bosc Henry. Marie-Louise est fille de Philippe Godard, conseiller secrétaire du Roy et anobli, Jean-Louis, quant à lui est âgé de 31 ans, rescapé de la grande peste, il est devenu et seigneur et baron et haut justicier de Drucourt après la disparition de son père, le 26 août 1685. Après ces années d’épreuve, la joie illumine le château qui resplendit de tous ces feux. Le couple est radieux et plein de projets; mais la joie est de courte durée Madame de Drucourt, mère de Jean-Louis, décéde le 30 octobre 1697 ; cette femme qui eût 14 enfants pour n’en voir survivre que quatre, qui par la paroisse contribua de toute son âme par des actions charitables à soulager son prochain; s’en allait enfin après avoir connu tant de souffrances, et fait le bonheur de son fils. L’enterrement eut lieu le 1er novembre jour et messe de Toussaint, les officiants étaient Adrien de Mézières, curé et prêtre de Faverolles, Philibert Le Gaigneur, prêtre et messire François Dériot, prêtre.

Le 19 May 1698, les cloches carillonnaient à toute volée, l’enfant de Monsieur le Baron tellement attendu était né, une fille, Marie-Louise ; Le baptême eut lieu le lendemain en présence de Jacques Thirel, escuyer et seigneur de Bois Morand et de noble damoiselle Catherine de Bosc Henry, sa tante.

L’église de Drucourt était pleine de ferveur en ce Noël 1699, Mme la baronne connaît ces premières douleurs et c’est le 30 décembre que vient égayer de ces gazouillis le logis de Monsieur le Baron en la personne de Bérénice. , Le baptême eut lieu le 5 iéme jour de janvier de l’an 1700, l’acte de baptême qualifie la mère de « Haute et puissante dame » le parrain est François Jouas (Jouen), sa marraine Françoise Fleury de St germain de Pontodemer. Mais en ces temps ancestraux, l’important était un fils et il vînt au monde le 9 mai 1701, on le prénomma Jean-Baptiste (jean étant le premier prénom auquel devait assumer la lignée dans la famille Bosc Henry), le 13 mai a lieu le baptême, son parrain est François Charles du Bouillonné, chevalier et seigneur d’Orgéres, sa marraine dame Madeleine Françoise Godard du Bois Morand, sa tante. La succession était assurée… .Mais compte-tenu de l’assiduité de Monsieur de Drucourt auprès de Madame, un troisième enfant naquit le 26 mai 1703, il s’agissait de notre futur héros Augustin. Il ne faut point attendre pour le baptême, la protection de Dieu est urgente et de funestes souvenirs ne peuvent que faire mander de toute urgence les prêtres, Pierre Le Blois est son parrain et Marguerite Toufflet sa marraine. Angélique vint s’ajouter à notre foyer bienheureux le 1er avril 1708 et baptisée le 3 avril, son parrain fût son frère Jean-Baptiste, sa marraine sa sœur Marie-Louise.

Le 20 mars 1709, naquit Marie-Rose et fût baptisée le 27 mars, Augustin fut choisie comme parrain et Bérénice comme marraine, un troisième garçon Claude naquit le 1er novembre 1716 et fût baptisé le 4 novembre, son parrain Claude de la Marche, conseiller du Roy, auditeur ordinaire en sa chambre des comptes de Paris et sa marraine Anne Elisabeth de Bellemare, femme de Perrier du Merle, seigneur de Panneliére

Traditionnellement, l’aîné masculin de la famille héritait du titre et de la gestion des biens familiaux, les garçons suivants étaient dirigés vers l’Armée ou l’Eglise. N’oublions pas que les règnes de Louis XIV et Louis XV furent propices à de nombreux conflits avec l’Angleterre, l’Espagne, la Prusse. Il y avait matière à s’élever dans une carrière militaire. L’église constituait l’enseignement intellectuel et spirituel du royaume. Pour les jeunes filles nobles, le mariage était leur destin et tissait le tissu relationnel entre familles.

Les premiers militaires de la famille, dont nous avons la trace, sont dans la branche originaire de Plainville qui semble s’être élevé à travers le XVIiéme siècle par le biais de carrière militaire. Aussi, il n’est pas étonnant qu’Augustin se trouve mis en contact avec ces oncles tels qu’Alexandre de Bosc Henry, chevalier de Plainville et de l’ordre royal militaire de St Louis, commandant du régiment de Noailles ; ou Esprit Jean Baptiste de Bosc Henry, chevalier de l’ordre royal et militaire de Saint Louis, capitaine au régiment de Belsunce, par ailleurs Jean Baptiste Des Perriers, seigneur et haut justicier de Saint Mards, voisin et ami de ces parents, était maréchal des logis des Chevaux légers de la garde du Roy, décoré également de l’ordre militaire et royal de Saint Louis.

Qu’Augustin fût dirigé par les conventions familiales de l’époque vers l’Armée qui offrait un carriérisme dont il avait l’exemple autour de lui n’ait rien d’étonnant ni d’incompréhensible! Cependant pourquoi la Marine? …En effet, les exemples auxquels pouvaient se référer les parents d’Augustin étaient issus de régiments d’armée de terre et de cavalerie…. Pourquoi ne pas y voir le goût aventureux d’un ardent jeune homme désireux de voir les sauvages d’Amérique et des Indes dont il entend parler dans le cercle familial ? … L’impérieuse nécéssité pour la France exangue en cette fin de règne de Louis XIV de reconstituer une flotte marchande et de guerre est telle que l’on incitât peut-être à un recrutement davantage dirigé vers la Marine.

Nul ne saurait dire à ce jour qui détermina le choix d’Augustin du Bosc Henry, toujours est-il qu’il fût admis à Toulon comme garde-marine le 11 avril 1719 à la veille de ces seize printemps. Cet engagement supposait qu’Augustin était de noblesse reconnue, ( preuve de quatre quartiers du coté paternel, le tout vérifié, certifié par le généalogiste des Ordres du Roy) ,bénéficiant d’une certaine éducation ,( connaître les quatre premières régles d’arithmétiques) , aucune difformité physique, avoir de solides relations et une tradition familiale militaire. Par ailleurs, la famille s’engageait à servir une pension de 600 livres par an à leur enfant. Les gardes sont logés dans un hotel qui leur est propre où sont aménagés les salles de cours et de démonstration. Il est entretenu pour l’instruction des professeurs de mathématiques, d’hydrographie, des maitres en langue anglaise et espagnole, de dessin, de construction et de danse. Le port de Toulon détache un maître d’équipage et un maitre canonnier qui enseignent la manoeuvre et le canonnage. Les aspirants et gardes sous l’autorité de leurs officiers s’assemblent à sept heures le matin en été, et huit en hiver et, après l’appel , se rendent à la messe dite en leur chapelle, ensuite les gardes passent dans les différentes classes destinées à leur instruction, qui dure jusqu’à onze heures. Les cours reprennent ensuite de deux à cinq heure en été et quatre en hiver .

Le 11 mars 1720 décédait son père, Jean Louis du Bosc Henry, âgé de 55 ans. C’est le curé de Bournainville qui se chargea de la cérémonie, avec le consentement du Monsieur le curé de Drucourt en présence de Messire Jean Buisson, prêtre vicaire de Drucourt et de messire Pierre Bayeux, prêtre. Son frère Jean-Baptiste devenait seigneur et baron de Drucourt.

Le destin d’Augustin du Bosc Henry était désormais scellé. Les voiles l’emportait sur la Méditerranée, vers des horizons nouveaux ensoleillés et bleus , si différents de la verte et pluvieuse Normandie dont il n’avait connu que les près et les bois de la seigneurie de Drucourt . Nul doute que toutes ces pensées tourbillonnaient et troublaient notre petit marin

La sublime porte

Augustin du Bosc Henry était donc garde marine à Toulon et c’est en 1723 qu’il navigua pour la première fois sur un vaisseau à destination de Constantinople. L’empire ottoman était le grand allié à l’Est, de la France. Cela signifiait qu’Augustin avait les connaissances voulues et de ce fait pouvait embarquer. A bord, lles gardes font le quart comme les officiers sous les ordres des officiers de quart qui les interrogent et les instruisent sur toutes les manoeuvres. Des leçons leurs sont données quotidiennement par les maitres d’équipage, de pilotage et de canonnage. Les gardes les plus avancés tiennenet leur journal de mer et doivent le présenter à leur officier et au capitaine-commandant auquel ils donnent tous les jours leur point. Au retour, leur journal est examiné par le commandant de leur compagnie et le professeur d’hydrographie.

S’il existait une ville cosmopolite par excellence, c’était bien cette capitale de l’empire ottoman où régnait Ahmed III sultan éclairé, l’un des hommes les plus puissants et des plus érudits du moment dont les possessions allaient de la Croatie à l’Iran. Augustin y rencontra sans nul doute toutes les peuplades de toutes les races du pourtour de la Méditerranée, toutes les religions, toutes les cultures… Pour le chrétien qu’il était, l’ancienne Byzance renaissait, il cheminait sur le tracé des croisés dont il avait appris, jadis, les exploits. La ville connaissait une ère de prospérité sans égal, des jardins, des pavillons, des manufactures naissaient de toutes parts, la magie de l’Orient s’ouvrait aux yeux de notre marin. Sans doute admirât-il la Sublime Porte, accès au palais du grand Vizir, son état de simple garde-marine ne lui permettant pas de la franchir; mais c’est sans doute en de tel moment que l’homme se rendit compte que le Monde était Monde: vaste, magnifique et aux multiples facettes… .Une porte s’ouvrait dans le cœur de notre jeune marin, celle de l’aventure…

Après ce voyage initiatique, notre garde-marine ne pouvait que conquérir d’autres horizons, il s’ouvrait au Monde et le vent du Bosphore ne pouvait que l’emporter vers 16 nouvelles « campagnes ».

Amères douceurs tropicales

Nous le retrouvons à la Martinique en 1727, où après avoir traversé pour la première fois l’océan atlantique, il découvre le bleu turquoise de la mer des Caraïbes, cette végétation luxuriante, ces plages, notre marin ne peut que s’enflammer dans cette nouvelle aventure où l’on s’attend à rencontrer quelques vaisseaux fantômes abandonnés par de sanguinaires pirates ..Fort-Royal apparaît, la forteresse domine l’anse ou mouille le navire de notre marin. L’on évoque quelques rasades de rhum pour se remettre de la traversée…Ne dit-on pas que 2000 soldats bataves assiégeant le fort en 1674 ont préféré les barriques de rhum que capturer les 150 Français qui défendaient avec acharnement leur position…?

L île se relève de l’occupation anglaise de 1703 …Le relèvement économique de l’île est tel que sont envoyés régulièrement des vaisseaux pour affirmer la présence française et la sécurité du trafic commercial, le Royaume veut en faire une colonie prospère en canne à sucre, cacao et café; et faire oublier le scandale de la faillite frauduleuse du banquier Law.

L’on envoie donc des nouveaux colons auxquels on fait miroiter une rapide réussite, ainsi, au cours de cette année 1727, un certainTasher de la Pagerie (qui devînt le pére d’une non moins célébre Joséphine de Beauharnais) s’installe sur l’île et acquiert 500 hectares où s’échinent peu à peu 150 esclaves noirs importés d’Afrique. Près du marché aux esclaves où se palpe le bétail humain, l’on expédie le sucre, véritable or blanc… Que pensa Augustin de tout cela ..?La famille Bosc Henry, au regard du contenu de leur bibliothèque, semblait ouverte aux tendances philosophiques nouvelles et l’on peut supposer qu’Augustin sans affirmer d’aversion contre cette pratique reconnue de l’esclavage, restera marquer de ce qu’il vît; d’autant que l’on faisait peu de cas alors du Code Noir (imaginé par Colbert) pour humaniser le traitement des esclaves.

Les gardes de la Marine les plus instruits et de la plus haute classe, ayant achevé leurs cours, sanctionnés par des examens et ayant servi en mer au moins deux ans et demi , peuvent ^tre promus enseignes de vaisseau, dans la mesure des places disponibles et c’est ainsi qu’ Augustin est nommé enseigne de vaisseau à Brest le 1er janvier 1730. Il était d’usage dans les ports que des réglements de police adaptés soient appliqués à leur encontre du fait des nombreuses plaintes et réclamations de la part des habitants et des bourgeois des ports , cette jeunesse étant réputée vaniteuse et turbulente.

Le 28 octobre 1731, son frère, Claude de Bosc Henry de Drucourt, de la paroisse Notre Dame de Drucourt reçoit la tonsure.

L’apprentissage

Augustin va franchir à nouveau l’Atlantique pour la Louisiane où s’organise la campagne d’extermination des Indiens Natchez. Il participe à deux expéditions en 1730 et 1731.

La peuplade Natchez occupait tout le bassin du Mississipi dont les mœurs étaient pour le moins étranges dans l’état des connaissances qu’avait notre compatriote. Les Natchez étaient conduits par un roi vénéré sous le titre de « grand-soleil » présidant un peuple divisé en trois ordres : les nobles, les honorés, les gens-qui-puent (les travailleurs) . Un sent-mauvais pouvait devenir un honoré en capturant 10 esclaves ou rapportant 20 scalps…La mère du « grand-soleil » était issue de la classe noble et son mari devait toujours être un sent-mauvais…Ainsi l’élévation dans la classe sociale allait de pair avec la chute.Le culte de l’Amour y côtoyait celui de la Mort… L’usage du préservatif y était tout aussi répandu que la strangulation publique et le sacrifice des enfants sur les collines de la Mort…Étrange peuplade dont l’alliance avec nos couleurs allait et venait selon leur humeur, tantôt luttant contre l’Anglais, puis saisissant des colons français pour les réduire en esclavage …

Notre drucourtois s’apercoit que l’on est bien loin du mythe du bon sauvage, portant de l’or et de l’argent, échangeant des épices…La volonté de la France de faire de la Louisiane une colonie économiquement viable passait par l’éradication de ce peuple et c’est ainsi que l’on massacra les Natchez, lors de ces deux années, profitant d’une opportune rébellion en 1727. L’on interpréta cette élimination comme le fait que Dieu avait voulu le déclin de ce peuple décadent pour faire place à un peuple plus méritant…! Le gouverneur de la Louisiane, Bienville peut voir se développer sa ville de La Nouvelle-Orléans, et encadre de forts les espaces conquis…Le coton, le riz, le tabac et l’indigo commencent à se cultiver et l’on importe des esclaves d’Afrique pour palier aux manques de main d’œuvre…

Quel fût le rôle de notre marin dans ces événements, l’on se sait, l’on peut imaginer que ce fût son premier et réel engagement militaire où il fît feu sur des hommes et femmes… mais il vécut la fin du peuple Natchez et la mise en place d’une administration coloniale par un gouverneur opiniâtre, croyant dans cette terre du Nouveau Monde. Cette expérience devait peser sur son destin sur ce même continent et dans une mission similaire.

Chateaubriand s’émut du massacre de ce peuple dans« Natchez » où il exprime la révolte de sa conscience chrétienne face à ce drame ethnique.

La guerre en dentelle

On retrouve notre héros à Copenhague de 1733 à 1736. Il participa ainsi aux événements liés à la guerre de la « succession de Pologne ». En effet, la France soutenait la candidature de Stanislas Leszczynski (beau-père de Louis XV) au trône de Pologne, la Russie intervint, chassa de Varsovie Stanislas qui se réfugia à Dantzig. Un saxon fût nommé à sa place sous le nom d’Auguste III. Une escadre française devait secourir Stanislas de toute urgence, elle partit de Brest en direction de la mer Baltique sous l’œil inquisiteur des Anglais, très sourcilleux sur leur mer de prédilection. Sur terre, les troupes françaises connurent un succès foudroyant, la lorraine, puis l’alsace était occupé, Kehl fut prise, puis Philippsbourg, les couleurs du Roy de France flottaient sur Pavie, Novare, Milan puis dans toute la Lombardie. Cependant le cardinal Fleury infléchit Louis XV afin que nous n’intervenions pas dans la mer Baltique pour ne pas irriter les Anglais et les Hollandais… Les quelques vaisseaux envoyés par Louis XV mouillaient à Copenhague, eurent ordre de ré-appareiller à destination de Brest et levèrent l’ancre le 14 octobre 1733 …! Dantzig était pilonné sans répit par les Russes, aussi pour ne pas donner l’impression que Louis XV lâchait son père à un sort funeste, le cardinal Fleury n’envoya que quelques bateaux portant environ 2000 hommes à chacun desquels on ne donna que 7 balles. La petite troupe se fit valeureusement massacrer au large de Dantzig en mai 1734. Stanislas s’enfuit et trouva refuge en Prusse. L’habile politicien qu’était Fleury réussit à obtenir par la négociation le renforcement de nos frontières, l’établissement de liens commerciaux par mer avec la quasi-totalité du Monde connu. L’Angleterre est très morose de voir ainsi la France devenir une forte puissance tant commerciale que politique. Par ailleurs, le style du cardinal Fleury qui préférait la ruse diplomatique aux batailles ne plaisait guère à notre noblesse qui regrettait le bon temps du grand Roy Louis le quatorzième. La médiocrité de la guerre de succession de Pologne incita bon nombre de seigneurs avides de gloire militaire à promouvoir une politique active contre l’Autriche. L’effort de guerre fut amplifié.

Quant à notre drucourtois, Augustin du Bosc Henry, il devînt lieutenant de vaisseau le 1er mai 1741, son ascension constante et régulière permet de considérer qu’Augustin était un bon élément et qu’il participait de façon exemplaire aux différentes missions et campagnes. Peut-on y voir l’expression d’un certain détachement, où l’obéissance militaire prend le pas sur les considérations humanistes, mais l’on peut également considérer que ce grade ouvre le sentiment d’ambition et d’orgueil que sa qualité de noble sans fortune recherche désespérément dans ce Monde où les dames en dentelles font la politique ….

Est ce un hasard ou pur calcul, le 2 mai 1741, Messire Jean Baptiste du Bosc Henry, chevalier, seigneur et baron de Drucourt et autres lieux, demeurant en son manoir seigneurial de Drucourt constitue 150 livres de rente en faveur de son frère Messire Claude de Bosc Henry, acolyte afin qu’il puisse parvenir aux ordres sacrés. Cette rente est garantie par Messire Pierre Aubert, prêtre de la paroisse de St Aubin de Scellon, vicaire de Drucourt et par le sieur Thomas Jouas demeurant à Drucourt. Le 4 octobre, Claude devient sous-diacre ; obtient des lettres de quinquennium du recteur de l’université de Paris. Il est nommé sur l’évêché et le chapitre de Lisieux. Le 23 octobre, Claude de Bosc Henry, qualifié bachelier en théologie et maître es Arts en l’université de Paris, demeurant au collège de Navarre à Paris rue Montagne Ste Geneviève, représenté par Pierre Aubert, prêtre, vicaire de Drucourt fait signifier ses noms et grades au seigneur-évêque et au chapitre de Lisieux; et ce, en présence de Jean Louis Lecoq, prêtre, sous-chantre de la cathédrale et de Messire Constant Bernard Pecqueult, prêtre, officier douze-livres en ladite église.

Augustin du Bosc Henry est nommé lieutenant des gardes-marine le 10 octobre 1743. Est ce que notre hardi marin fît parti fes forces franco-espagnoles qui tentèrent de briser le blocus anglais du port de Toulon le 19 février 1744…? Participat il à la flotte de Brest qui sous les ordres du comte de Saxe transportait vers la Tamise un corps expéditionnaire pour envahir l’Angleterre et quand nos bateaux furent en face de l’escadre ennemie entre Calais et Douvres une tempête se déchaîna réduisant à néant les opérations militaires engagées. L’on ne sait …?

Toujours est il qu’Augustin est décoré d’un insigne honneur, il est fait chevalier de l’ordre royal et militaire de Saint Louis le 4 mars 1745. Cette décoration récompensait les vertus et les services rendus avec distinction par des officiers catholiques pendant dix ans. Ainsi, le ruban rouge d’où pendait l’insigne de la croix de malte blanc et or, anglée de fleur de lys, ornait la poitrine de notre vaillant drucourtois.

L’épreuve

En octobre 1746, il était sur le « Mars » en route pour l’Acadie, lorsque ce bâtiment fut capturé par les Anglais. Notre hardi marin fut emmené en Angleterre, puis échangé l’année suivante.

Le 25 août 1749, la dispense de bans pour le mariage de son frère aîné est publiée. Messire Jean Baptiste du Bosc Henry, chevalier, seigneur , baron de Drucourt, Bosc Henry, Bosdroit ( Beaudrouet) et autres lieux demeurant de droit en son chateau de Drucourt, et de présent à Paris, rue du four, paroisse Sainte Eustache, épouse demoiselle Anne Thérèse Des Arts ( Des Notz) fille de feu Hugues Des Arts, escuyer, sieur de la Motte, chevalier de l’ordre militaire de Saint Louis, capitaine au régiment d’Orléans ( infanterie), gouverneur de la Tour de Cordouen, premier valet de chambre de Son Altesse Royale Monseigneur le duc d’Orléans, régent du royaume et de feue dame Marie Brière.

. Augustin du Bosc Henry est promu capitaine de vaisseau du Roy le 11 mai 1751 puis fût nommé au poste de commandant des gardes du pavillon amiral à Brest, cette nomination, véritable honneur pour marin, lui fut conférée « sans aucune brigue ni sollicitation ». Cela prouve la considération dont il faisait l’objet de ses supérieurs. Il devint un administrateur compétent et un supérieur bienveillant pour les gardes.

Il occupait ce poste depuis plusieurs années lorsque Machault, ministre de la Marine le convoqua pour lui offrir la fonction de gouverneur de l’Ile Royale. Cette position se trouve en Nouvelle France, il s’agît de gouverner l’avant poste qui commande l’accés à ces nouveaux territoires. Le traité d’Aix la Chapelle avait redonné cette île à France en 1748 et le Roy en avait confié le soin à Charles Joseph d’Ailleboust le 1 Mai 1750 en tant que lieutenant avec une gratification de 800 livres , depuis 1752, d’Ailleboust en avait été nommé gouverneur interimaire ; puis le 20 mai 1754 avait été appelé aux Trois Rivières ( Nouvelle France) en tant que lieutenant du Roy.

Notre chevalier déclina l’offre, alléguant son manque de fortune, mais on le persuada de revenir sur sa décision. Et, c’est ainsi que le ministre de la Marine, Jean-Baptiste de Machault d’Arnouville le nomme gouverneur de l’Ile Royale (ou Cap breton) en Acadie le 1er février 1754. Il retarda son départ pour le Nouveau Monde à cause d’une attaque de sciatique. Il embarque en juin à Brest pour prendre son poste avec son épouse Marie Anne Aubert de Courserac et de huit domestiques. Il débarque à Louisbourg le 15 août suivant……

À cet instant, le couple ne sait pas qu’il vient de prend rendez-vous avec l’Histoire…..

Louisbourg se situait aux portes d’entrée du Nouveau Monde. Ses clochers perçant la brume étaient la première chose aperçue par les grands voiliers et qui témoignaient de la présence de la France en Amérique. Même en été, le climat est dur avec ses fronts froids et ses brumes subites venues de la côte. Sa forteresse est impressionnante…. Conçue par Vauban, la citadelle a des murs épais de 3 mètres et hauts de 9 mètres, entourés d’un fossé large de 24 mètres. Elle est pourvue de meurtrières pour 148 canons. L’on dit d’elle, qu’il suffit de 8 compagnies de soldats bien entraînés pour la rendre imprenable.

Louisbourg ou la rivalité franco-anglaise en Amérique du Nord:

Depuis sa fondation par les Français en 1713 Louisbourg a toujours joué un rôle prépondérant dans la lutte qui opposa les Anglais et les Français pour la maîtrise du pouvoir en Amérique du Nord. Cette forteresse est la clef d’accès aux territoires d’Amérique du Nord, elle se situe sur l’Isle Royale appelée de nos jours Cap-Breton. Cette île est de dimension modeste (une centaine de kilomètres de part en part) mais elle occupe une position stratégique entre la pointe du continent et Terre-Neuve: elle commande les accès à l’estuaire du Saint Laurent. En même temps l’île a vocation d’être un lieu de rassemblement et de refuge des flottes de commerce fréquentant les bancs de pêche de l’Atlantique – Nord. En 1734, Louisbourg, où se rassemble la quasi-totalité de la population, atteint 1683 personnes. Dix ans plus tard à la veille du premier siège, on compte près de 3000 habitants, commerçants, fonctionnaires et plus de 700 soldats, auxquels s’ajoutent les centaines de marins et de pécheurs, Anglais compris qui, en saison, encombrent le port.

Pendant les trente années, qui suivent sa fondation, les troupes de la Nouvelle-Angleterre appuyée par une escadre de la marine anglaise, s’emparent de Louisbourg après un siège de 46 jours. La ville est rendue aux Français au terme du traité d’Aix la chapelle.

Louisbourg : Le port de pêche

L’économie de Louisbourg et de l’Isle Royale (aujourd’hui Cap-Breton) se fonde sur la pêche de la morue. À la fois hauturière et côtière, la pêche compte deux saisons et est la principale activité économique de la colonie; elle représente également des enjeux internationaux énormes. Le poisson, séché et salé, est une denrée alimentaire importante en Europe. La lutte que se livrent les pêcheurs pour les stocks de poisson est souvent la cause de rivalités entre pays. En 1737, la valeur des exportations de morue de l’Isle Royale est huit fois supérieure à la valeur de la traite des fourrures au Canada à la même époque. Les principaux marchés d’exportation sont la France et les Antilles.

Louisbourg : La ville de commerce

Grâce à son port libre de glace et bien protégé, à une industrie de pêche lucrative et à sa situation stratégique sur l’Atlantique quasi idéale en Amérique du Nord, Louisbourg devînt rapidement un port de commerce important; Des navires en provenance de la France, des Antilles, du Canada, ainsi que des caboteurs de la Nouvelle-Angleterre et de l’Acadie mouillent dans cette plaque tournante du commerce et du transbordement. Le port de Louisbourg accueille en moyenne chaque année 150 navires,ce qui en fait le port de mer le plus achalandé de la Nouvelle-France et l’un des plus importants de l’Amérique du Nord. La présence de nombreux entrepôts, d’un quai de carénage, d’une cour d’amirauté, d’ouvrages de défense et d’un phare (le premier du Canada) suffisent d’ailleurs à prouver l’importance de Louisbourg. La colonie devient un important centre d’activité commerciale, recevant des produits fabriqués et des matériaux divers de la France, du Québec, des Antilles et de la Nouvelle-Angleterre. Mais Louisbourg ne peut seul en cas de guerre tenir longtemps. Il lui faudrait l’appui d’une escadre de France et le soutien d’un arrière-pays pour ravitailler ou faire diversion. Or le pays acadien n’est pas assez peuplé et n’a pas suffisamment de ressources pour satisfaire à ces conditions , Louisbourg restera aux heures de crise une place isolée… À défaut d’abriter des escadres, la ville comptera de nombreux corsaires. Cependant grâce aux représentants des meilleures familles françaises envoyées à Louisbourg en qualité d’ingénieurs, de stratèges militaires et de géographes, cette ville devint rapidement le troisième port en importance sur le continent après Boston et Philadelphie.

Louisbourg : Sa culture, sa société

À l’apogée de sa prospérité, Louisbourg compte quelques milliers d’habitants. C’est une importante colonie sur l’Atlantique, stratégiquement située en Amérique du Nord. Bien que la colonie fasse partie de la Nouvelle-France, sa société se distingue de celle des autres établissements français situés le long du Saint Laurent. Son économie, sa population et sa situation géographique en font une société distincte à l’intérieur de la structure sociale de la Nouvelle-France. En effet, il n’y a pas de système seigneurial à Louisbourg; la traite des fourrures n’y est pas une activité économique importante; le pouvoir institutionnel de l’Eglise est moindre; On y compte beaucoup plus d’hommes que de femmes, et un certain nombre d’étrangers (la plupart des basques, des Allemands et des Suisses) travaillent aux côtés des Français. La vie culturelle de la colonie reflète cependant indéniablement la civilisation française. En 1740, la ville avait belle apparence avec ses imposants remparts et ses belles casernes, bâtis à grands frais de pierre apportée de France; avec son ample résidence du gouverneur, sa grouillante population de soldats, de amrins, de pêcheurs ; avec sa vaste rade, son couvent de congrégation où cinq sœurs enseignent aux jeunes filles, son hôpital tenu par cinq frères de la charité, son église que desservent trois récollets de la province de Bretagne, son Conseil d’officiers et de fonctionnaires qui administrent les trois bailliages de l’île; son afflux de Micmacs aux jours de la traite. Sous un climat brumeux et froid, la vie est intense et joyeuse. Les familles se succèdent de génération en génération; Des huit officiers qui signaient en 1713 la prise de possession, six se retrouvent en 1745 et leurs fils et ou petit-fils en 1758. Sans craindre de déroger, les officiers et leurs frères d’armes, venus plus tard, épousent les filles de riches négociants: Rousseau de Souvigny, une Jeanne de Latour, le baron de l’Espèrance, une Rodrigue ; le sieur du Bois Berthelot, une Des Gouttins. La vie sociale se manifeste dans les parties de chasse ou de pêche, dans les promenades sur les remparts, dans les réunions du soir, où l’on aimait la danse et les jeux de cartes. Louisbourg rivalisait avec Québec et Montréal, alimentait l’espoir des Acadiens. Ceux-ci y apportaient leurs denrées et leurs bestiaux de boucheries: En 1743, environ 700 têtes de bétail et 2000 moutons. Louisbourg n’est pas occupée que par les français, mais était tombée aux mains des anglais de 1745 à 1749. Ces derniers ont apporté eux aussi à Louisbourg leurs traditions sociales et leur culture.

L’administration de M. de Bosc Henry

Immédiatement après son arrivée, notre drucourtois dresse un bilan de l’Ile.. La situation est préoccupante…Il se rend compte que la cité est l’objet de lourds contentieux locaux utilisés par les Anglais.

Les fortifications sont en très mauvais état, elles sont exposées du côté de terre sur toutes leurs longueurs. Les dommages du siége précédent de 1745 ne sont pas réparés. Tout laisse à penser que la place forte serait prête à soutenir le moindre assaut. Pourtant si le port est bien protégé, il en est autrement à l’intérieur des terres où les principales défenses dominent une série de collines de faible altitude, dont certaines sont dangereusement proches des fortifications, et qui offrent un emplacement stratégique idéal pour l’installation de batteries de siège.

L’économie est au plus mal, il manque cruellement des capitaux et d’approvisionnements.

Les effectifs militaires ne sont pas assez nombreux.

Fort de ces constatations, M. de Drucourt fit de son mieux pour améliorer le sort des habitants de l’île Royale. Son intégrité et sa pondération furent reconnues immédiatement, d’autant que son épouse acquit la réputation d’une femme intelligente et gracieuse. Mais, notre drucourtois avait un manque de discrimination en jugeant les hommes et une tendance à se laisser influencer par le commissaire- ordonnateur: Jacques Prévost de la Croix…..

Les instructions que le ministre lui avait remises fixaient trois objectifs majeurs:

ménager les Indiens

encourager l’établissement des acadiens dans l’île royale

Agir en collaboration avec le gouverneur de la Nouvelle-France, M. Duquesne

augmenter de façon sensible la population de l’île

promouvoir l’agriculture pour atteindre l’autosuffisance

maintenir l’exploitation des pêcheries

encourager et promouvoir le commerce avec la France et les autres dépendances et restreindre le commerce avec les anglais

Mais bientôt éclatent les actes d’hostilité, en dépit des assurances alléguées à Versailles par l’ambassadeur de Londres. Le gouverneur de Drucourt atteste au ministre que, au moment de son arrivée à Louisbourg, l’on n’y avait pas employé, depuis la reprise de possession (1749), une seule journée aux travaux des remparts: ce n’était que ruine et dégradation générales.

Par ailleurs, les Anglais en la personne d’Edward Cornwallis intensifient la colonisation de l’Acadie qu’il rebaptise « Nouvelle Ecosse » par l’arrivée de 2500 colons britanniques et fondent un port: Halifax. La menace est sérieuse. Les Acadiens demandent la permission de quitter la Nouvelle-Écosse au printemps 1750. Cornwallis refuse, ne souhaitant pas voir ces colons renforcer la partie nord de l’Acadie, toujours française et dont les forts de Beauséjour et Gaspèreaux constituent les principales défenses. Cependant, bien que les Acadiens aient prêté allégeance à la couronne britannique, les Anglais n’ont guère confiance en ces colons français de cœur. Par ailleurs, les Indiens Micmacs, alliés de la France harcèlent les Anglais par des actions de guérillas.

L’espion qui venait du froid

Le prédécesseur d’Augustin du Bosc Henry au poste de gouverneur était Jean Louis de Raymond nommé en 1751, il choisit comme secrétaire Thomas Pichon, normand né à Vire le 30 mars 1700. Ce dernier occupa cette fonction jusqu’en 1753, de Raymond étant rappelé en France, avant de partir, il fît nommer Pichon au poste de secrétaire commissaire de région de Chignectou en Acadie occidentale. Thomas Pichon prit ses fonctions à Fort Beauséjour le 3 novembre 1753. Le fort Lawrence était tenu par les Anglais commandés par George Scott. En période d’accalmie, les rapports entre les belligérants s’estompaient et des rapports se créaient…C’est ainsi que Pichon entra en contact avec Scott, ce dernier lui proposa moyennant de fortes sommes de travailler et de renseigner le gouvernement britannique. Le normand envoya aux Anglais des rapports détaillés sur les activités des troupes françaises en Acadie et au Québec, des plans des forts de Beauséjour, de Gaspèreaux, des copies de documents officiels, des commentaires sur les fortifications de Louisbourg. Il leur soumit des plans d’attaque des forts de Beauséjour et de Louisbourg. Mais Pichon, ayant touché son argent et craignant d’être démasqué, quitta l’Acadie pour Londres en 1755 où il jouit d’une pension versée par le gouvernement britannique en remerciement de ces précieux renseignements. Désormais les Britanniques connaissaient tout de leurs adversaires.

Vers la guerre

Le Cabinet britannique décida sous l’impulsion de nombreux bellicistes d’outre-manche de passer à l’offensive. En mai 1755, partie de Brest, la flotte française de Dubois de La Motte composée de 27 vaisseaux répartis en deux escadres se dirige vers le Canada. Seule, une partie des vaisseaux était armée en guerre, l’autre l’était en « flûte », c’est-à-dire qu’elle ne possédait qu’un tiers de son artillerie habituelle.

Dans les bancs deTerre-Neuve, trois vaisseaux armés en flûte, s’égarent dans le brouillard, l’Alcide, La Lys, le Royal Dauphin et malheureusement donnèrent dans l’escadre anglaise de l’amiral Boscawen, le 10 juin 1755. Cette dernière commença à canonner….

Le commandant de l’Alcide prit son porte-voix et rèpeta deux fois la même question: « Sommes-nous en paix ou en guerre? « Du vaisseau anglais voisin le commandant répondit bien distinctement « La Paix! La Paix » puis cria « Fire »(feu) et fût obéi sur le champ. Le Royal Dauphin réussit à s’échapper, mais l’Alcide et la Lys furent capturés avec les 800 hommes de troupes qui se trouvaient à bord… L’amiral anglais Boscawen qui devait organiser le blocus total du Canada devait se contenter de ces quelques bateaux… Cette maigre prise décide les Anglais à coloniser l’Acadie.

La crise acadienne

En 1755, Pierre Rigaud de Vaudreuil devient gouverneur de la Nouvelle-France, il s’agit d’un français né au Québec et a pour ambition de défendre farouchement son pays. Si, début juin 1755, débarque un renfort de 250 hommes de troupes à Louisbourg, à la plus grande satisfaction de Drucourt: rien n’est prêt pour les recevoir.

A la même époque, les Anglais décidés à résoudre la question acadienne, le général Monkton s’empare de Fort Beauséjour et Gaspéreaux, qui mal défendus par Louis Du Pont Duchambon de Vergor offrirent peu de résistance et capitulèrent respectivement les 16 et 18 juin. Maintenant, l’Angleterre pouvait se débarrasser des Acadiens sans représailles, puis commencer la conquête de la Nouvelle-France en commençant par Louisbourg.

Le colonel Charles Lawrence, devenu gouverneur d’Halifax décide d’en finir, de son propre chef il va organiser l’éradication de toute une population avec la complicité de William Shirley, gouverneur du Massachusetts, lorsque le gouvernement britannique connut les premières dispositions de cette gigantesque opération, il ferma les yeux et feignit l’ignorance. Le 25 juillet 1755, le conseil exécutif de la Nouvelle-Écosse prend la décision unanime de déporter les Acadiens. Ces derniers doivent prêter serment d’allégeance ou quitter le pays. La plupart n’hésitèrent pas et choisirent l’exil. Quelque uns traversèrent la baie de Fundy et se réfugièrent dans la partie française, sur l’île St Jean. D’autres demandèrent un délai, mais la décision était prise de les déporter vers les colonies de la Nouvelle-Angleterre. . Ces ordres furent exécutés de fin Août à début septembre 1755. Le 5 septembre sous la surveillance de soldats en armes, le colonel Winslow réunis dans l’église de Grand Pré 418 acadiens et leur tint ce discours:

« Je vous communique donc, sans hésitation, les ordres et les instructions de Sa Majesté, à savoir vos terres et habitations, bétail et cheptel de toute nature sont confisquées par la couronne, que tous vos autres biens, sauf votre argent et vos meubles, et vous devez vous-mêmes êtres enlevés de cette province qui leur appartient« .

Cependant, le colonel se garde bien d’indiquer le lieu de destination. C’est le 10 septembre que débute l embarquement les hommes furent entassés dans les forts et dans les églises, puis embarqués sur 46 bateaux venus de la Nouvelle-Angleterre, surtout du Massachusetts. Traqués de toutes parts, ces captifs sans défenses furent dirigés vers les côtes. Les granges et les maisons furent brûlées, le bétail réquisitionné, afin d’éviter toute tentative de retour de la population. Les familles furent séparées, hommes, femmes et enfants se retrouvant la plupart du temps sur des bateaux différents, dans le dessein de briser les liens d’affection et de solidarité. Certaines familles ne purent jamais se reconstituer. Quelque 8000 acadiens furent déportés: 2000 au Massachusetts, 1140 en Virginie, 1000 au Maryland, 700 au Connecticut, 500 en Pennsylvanie, 500 dans chacunes des Carolines, 400 en Géorgie, 300 à New-York .D’autres furent emmenés dans des camps de concentration en Angleterre (Bristol, Liverpool, Falmouth, Southampton et Portsmouth), évalués à 1500 il n’en resta que 866. L’on appela cet épisode tragique, ironiquement « le grand dérangement »…Plusieurs moururent au cours du voyage, certains états peu enthousiastes de voir arriver en masse ces déportés, les laissèrent partir vers la Louisiane. D’autres plus fanatiques les firent travailler avec les esclaves. Quelques exilés se construisirent des bateaux et tentèrent de regagner leur pays dans l’espoir de retrouver leur famille. D’autres, avertis à temps avaient réussi à s’enfuir avant l’arrivée des soldats et avaient rejoint la partie française.

C’est atterré que Bosc Henry, apprend ces tristes nouvelles et entend les terribles témoignages de ces colons pourchassés. Il réalise soudainement qu’il devient le premier rempart de la Nouvelle-France, il est le gardien du golfe ; Une responsabilité énorme pèse désormais sur ces épaules…

Désormais le sort de Louisbourg dépend du soutien de la flotte royale française. En novembre, les compagnies des régiments Artois (437 unités) et Bourgogne (536) refusent de reconnaître l’autorité de Bosc henry. Mais la menace de l’escadre anglaise dirigée par Boscawen vient convertir ces troupes à l’autorité du gouverneur sans retard. Le vaisseau anglais L’Arundel vient piller et détruire les pêcheries du Port aux Basques. Sans les 400 têtes de bétail passées de l’Acadie à l’île Saint-Jean à l’initiative de Bosc Henry, la famine eût sévi à Louisbourg. Mais le port est bloqué et le commerce désorganisé.

Mais que se passait-il en Europe…? Le 16 juillet 1755, lendemain même du jour où la nouvelle du combat de l’Alcide et de la Lys parvînt à Londres, le vice amiral Hawke, commandant l’escadre de Portsmouth reçut l’ordre d’intercepter la division navale de M. Du Guay, patrouillant dans la Mache et tout navire de guerre ou marchand français ayant à son bord des cargaisons de valeur. À Compiègne, où se tient la cour du roi Louis XV, la nouvelle du combat naval consterne les ministres et prouve la mauvaise foi de l’Anglais. Louis XV envoie des émissaires secrets pour concilier le Parlement britannique. M. Du Guay capture une frégate britannique qui portait en Amérique le gouverneur de Caroline su Sud et le conduit à Brest…Avec magnanimité, le Roy le relâcha…Cela n’empêcha guère les Anglais de capturer 300 navires de commerce et 6000 officiers et matelots… .Le 21 décembre 1755, le Roy de France envoie un ultimatum à l’Angleterre.

La guerre de sept ans

Ce conflit international voit l’opposition de deux coalitions, l’une formée de la France et de l’Autriche, l’autre de l’Angleterre et de la Prusse. La crise était de divers ordres: La rivalité coloniale et maritime qui opposait la France à l’Angleterre en Amérique du Nord et en Inde, et d’autre part l’inquiétude de l’Autriche (qui voulait reprendre la Silésie) face à la Prusse menaçante. Le 16 janvier 1756, la Prusse signait un traité militaire avec l’Angleterre, la France répliqua par une entente avec l’Autriche le 1er mai 1756. L’opinion publique française ne voyait guère d’un bon œil cette collusion avec les Autrichiens, d’autant que les philosophes d’alors sympathisaient avec Frédéric II de Prusse jugé comme un despote éclairé . Par ailleurs Louis XV se résignait difficilement à accepter une guerre qui lui répugnait, cependant la Russie et la Suède vinrent nous soutenir. Quant aux anglais, mené par William Pitt, ils consacrèrent l’essentiel de leur stratégie à la défense des colonies, voire à leur expansion, alors que le gouvernement français ne se préoccupait guère que des opérations menées en Europe. Le ministre de la marine ne dit-il pas: « Si le feu est à la Maison, on ne s’occupe pas des écuries! … » Aussi, l’on envoya que peu de renfort outre – atlantique. Les dés étaient jetés…. Cette guerre fut menée sur deux champs de bataille, l’un se situant en Europe (Prusse, Silésie, Bohème, Poméranie, Hanovre) où un de nos compatriotes, le prince de Broglie s’illustra;l’autre sur nos colonies d’Amérique du Nord et en Inde.

Les forces en présence

Le roi Louis XV avait choisi comme commandant en chef au Canada un officier qui s’est fait particulièrement remarquer dans les derniers conflits en Europe, le marquis Louis Joseph de Montcalm. Celui-ci débarque le 10 mai 1756 à Québec. Il fait rapidement le compte des forces dont il peut disposer. Il se trouve à la tête de 15 000 hommes en comptant les dernières levées de la milice et les derniers renforts acadiens. Montcalm devient le subalterne de Vaudreuil et n’apprécie guère cet état. Le Roy intervient entre les deux hommes et autorise Montcalm à mener son armée comme bon lui semble.

Du côté britannique en comptant les soldats des vaisseaux, les troupes réglées et les milices coloniales, les effectifs dépassent 50 000 hommes. La faiblesse des Français est manifeste non seulement dans le rapport des forces militaires (un contre trois) mais aussi dans celui des populations (un contre quinze). Également au plan stratégique dans la dimension des fronts à tenir qui se compte en milliers de kilomètres…Les Anglais de leur côté sont maîtres des voies maritimes et disposent avec le million d’habitants de leurs colonies américaines d’un soutien proche et théoriquement illimité. « Le Canada, c’est le Canada qui doit être détruit ». Devant cette clameur mille fois répétée dans les villes et dont se fait l’écho de nombreux journaux, beaucoup du côté français sont sans illusion sur la volonté britannique d’anéantir la Nouvelle-France. « L’Anglais a actuellement plus de troupes en mouvement dans ce continent que le Canada ne contient de monde en comprenant les vieillards, les femmes et les enfants » .Et cependant durant quatre années, les troupes françaises vont tenir tête aux armées britanniques.

Dans son courrier du 12 novembre 1755, Prévost demande des provisions; 600 acadiens sont arrivés et ont besoin de secours, des pluies dévastatrices s’abattent sur l’île st jean, les acadiens fouettés, chassés et poursuivis par l’Anglais arrivent dans Louisbourg. Villejoint, commandant du parti français dans l’Ile St Jean adresse un courrier en date du 25 novembre à Augustin du Bosc Henry sollicitant du secours du fait que la jeunesse acadienne est passée dans l’ile Saint Jean, déjà surpeuplée par les réfugiés, la malnutrition et l’hiver vont être pire que les Anglais.

Le 26 novembre 1755, le blocus est ordonné par les anglais, ordre est donné de saisir tous les bateaux français. Le sloop Otter s’empare d’un bateau de provisions pour Louisbourg, également chargés d’acadiens, l’Anglais Spry signale de nombreux bateaux chargés de réfugiés pris dans la tempête et dont il espère qu’ils se perdront… Le cynisme est à son comble, cette la hargne à l’encontre de ce peuple indique le degré du conflit que l’on qualifierait génocide.

Drucourt apprend que les anglais ont pris et détruit Tatamagouche, Remshic, il réussit à sauver 100 boeufs des anglais pour approvisionner Louisbourg. Cette course à l’approvisionnement est vitale pour les deux camps.

. Le 1er décembre, Drucourt écrit au ministre pour célébrer les louanges de Boishebert qui a brûlé le fort de la rivière St Jean, cette guérilla menée par ce courageux commandant, retarde les Anglais et les font douter de leurs possessions, d’où des répressions brutales.

Le 6 avril 1756, le bateau Rhinocéros arrive à Louisbourg, ayant réussi à forcer le blocus anglais. … … . Drucourt envoie des espions à Halifax où des mouvements de troupes et de bateaux sont signalés. Deux cent vingt cinq acadiens arrivent à nouveau avec leurs bestiaux de Tatamagouche, d’autres arrivent de Grand-Prè, Pisiguid, Riviére-aux-canards, sortant des bois apeurés et affamés….Poursuivis par des coureurs de bois payés par les anglais 30 livres par têtes d’acadien conduit à Halifax, quel exode!… Bosc-Henry comprendque la tenaille se resserre et l’issue finale ne saurait être qu’une bataille sous les murs de sa forteresse …Tous les jours des actes héroïques lui sont rapportés ainsi; Ce bateau anglais de 34 familles de déportés à destination de la Caroline où ces derniers se sont révoltés, cette autre goélette anglaise prise par les Indiens à la rivière ST Jean… Des prisonniers anglais interrogés avouent qu’une attaque se prépare contre la Gaspésie et confirment ainsi à Bosc Henry l’objectif de l’ennemi … .La disette règne dans l’île Saint Jean, les glaces encerclent l’île; L’ordonnateur Prévost qui seconde le gouverneur de Louisbourg signale dans un courrier du 17 avril 1756 pouvoir approvisionner l’île dans 8 jours et transporter les réfugiés acadiens. Boishebert tient toujours la rivière St Jean, il réussit à brûler un bâtiment anglais de 100 tonneaux en construction dans la Baie Verte ainsi qu’une goélette. 7 anglais sont tués et un prisonnier. Un bateau est saisi et 226 prisonniers acadiens à son bord sont libérés, le capitaine prétend qu’il est portugais.

Le 26 juin 1756, l’espoir renaît avec les voiles de l’escadre de Beaussier de l’Isle, qui pénétre dans le port de Louisbourg… Beaussier de l’Isle venait de déposer au Canada un corps expéditionnaire de quinze cent hommes commandé par M. le marquis de Montcalm…..Le ravitaillement est le bienvenu, les nouvelles de France sont ardamment sollicitées, c’est la fête. L’escadre repart, Beaussier sur non navire « le Héros » équipé de 46 piéces de canon, est attaqué par deux vaisseaux anglais « le grafton » et « le nottingham » le 26 juillet. Notre capitaine se défend tellement bien qu’au bout de six heures de combat, les assaillants finirent par le laisser . ..

L’unité « Arc en ciel » fût prise par l’amiral Holmes avec les cent cinquante recrues qui étaient à bord ainsi que les effets et bagages de M. de Bosc-Henry pour une valeur de 6000 livres. Un combat indécis laisse l’escadre anglaise opérer un débarquement d’une bande de pillards incendiaires … .Les Indiens en embuscade les massacrent et les scalpent. L’horreur est dans les deux camps.

Toutefois à Louisbourg, nouvellement ravitaillé, le moral se trouvait excellent, de l’aveu de l’ingénieur Portal. Augustin, bien que fort marri de la disparition de son mobilier, se reprenait à espérer… ».Mon Roy, ne m’abandonnez pas!….. »

Le 27 septembre 1756, le bateau « la Flore » venant de Québec apporte des vivres; Louisbourg revît…. Le bateau « Les deux Soeurs » malgré une poursuite engagée par les anglais réussi à débarquer ses vivres à l’île St Jean . On signale un bateau anglais capturé et détruit par les indiens à Canso, le 2 octobre .

Le 24 octobre, arrive à Louisbourg ,le commissaire des guerres, M; de la Grive des Assises, sans doute pour une visite d’inspection…Si ces nouvelles sont propres à relever le moral des troupes, Augustin sait que l’opiniâtreté de l’adversaire est sans bornes. Que d’horreurs ne témoigne-t-il pas dans ces courriers. L’on procède à une recomposition de l’état-major, ainsi 10 novembre 1756, l’officier Duhaget , seigneur de Ste Marie et de Beaubassin de Pensens doit rentrer en France pour raison de santé, Duchambon est recommandé pour le remplacer, son épouse étant originaire de l’île St Jean, parlant le Micmac (la langue indienne), ce couple dispose de nombreux atouts et notamment de la sympathie des Acadiens. Autre bonne nouvelle , le 13 novembre, Prévost peut écrire au ministre que des prisonniers français sont arrivés d’Halifax, libérés par l’amiral anglais Holmes.

Mais si l’héroïsme est constamment présent, la lâcheté existe et c’est ainsi que le 15novembre, Roma, gérant de la Compagnie de l’Ile St Jean abandonne ses enfants sur l’île et repart pour la France, prétextant des difficultés pécuniaires dans son commerce.

Rousseau de Villejoint signala le 25 novembre 1756 à Drucourt que la famine règne à nouveau dans l’île St Jean, un rationnement est instauré, 7000 bêtes à cornes errent dans l’île et 20 jeunes acadiens veulent aller hiverner dans l’île et y recueillir les bestiaux, l’on manque de sel…Il signale que 60 acadiens se portent volontaires pour harceler l’ennemi et souhaite la présence d’un officier armurier ainsi que des munitions. Il dit les « acadiens triste compagnie pour quelqu’un qui préférerait les bonnes».Il envoie 3 prisonniers et 2 déserteurs anglais à Louisbourg.

Ce même 25 novembre, un échange de prisonniers a lieu avec l’amiral Holmes, Drucourt récupère ainsi 150 malheureux acadiens malades et nus…Les Anglais veulent affamer Louisbourg. Du côté anglais, Lawrence signale dans un courrier du 3 novembre 1756, que son secrétaire Cotterell est blessé, sa situation est périlleuse, les acadiens et les sauvages créent des embuscades, tuent et fuient, et ne peut établir de poste à la Riviére St Jean, aussi il ordonne le retrait de deux bataillons de province remplacés par la venue de troupes régulières d’Irlande, dont la fidélité et la rigueur ne lui feront pas défaut.

La pression exercée sur l’île St Jean est terrible, les édifices de Port La Joye sont en ruines des ordres sont donnés pour empêcher de tuer les vaches et les brebis, l’on essaie de conserver le blé de semence…. L’hiver s’annonce des plus rude.

Le 26 janvier, arrive à Louisbourg le senau « L’apollon » de France, « le Chariot royal » a dut être pris par les anglais. Durant l’hiver, des actions multiples et incessantes sont menées dans cette guerre pour la nourriture pour la survie, une goélette de vivres envoyée à l’île St Jean s’échoue en chemin…. L’on capture sur l’ennemi du blé et de la nourriture.

Le 1 er février 1757, « Monsieur de Machault, quoique, je sois persuadé de votre probité et de la droiture de vos intentions, les circonstances présentes m’obligent de vous redemander mes sceaux et la démission de votre charge de secrétaire d’état de la Marine…… » C’est en ces termes que Louis XV se défait d’un de ses meilleurs ministres…Augustin, lui perd son protecteur.! Lorsqu’Augustin apprend ce départ, son désespoir grandit , son action lui semble soudainement vaine, il sent plus la confiance royale, cette Marine dont il est si fier où est elle ? Il faut toute l’affection de son épouse pour le soutenir dans cette profonde déprime, dans cette spirale où la sensation que tout s’évanouit sous vos pas…. Des rumeurs d’une attaque projetée des Britanniques contre la forteresse aménent Augustin à mander Boishebert à Louisbourg, dont il a entendu tous les exploits, le dernier en date et d’avoir brûler 1000 cordes de bois aux Anglais sur l’île Verte. Peut être, trouvera t il au contact de cet heroique combattant, ce courage qui semble l’abandonner . La guérilla dans ces sombres forêts embuées de brouillard, de pluies et de neiges se poursuit sans trêve, les Indiens lèvent , frappent au fort St Georges, les anglais en représailles brûlent le fort Gaspareau…

Malgré tout, le Conseil du Roy résolut de tenter un puissant effort sur mer , Machault avait préparé trois expéditions et c’est ainsi qu’ arrivent à Louisbourg :

-le 23 mai 1757 le chevalier de Beaufrémont , chef d’escadre, parti de Brest le 30 janvier, relayant par Saint-Domingue avec quatre vaisseaux de ligne , après avoir capturé « le Greenwich » équipé de cinquante canons ;

le 15 juin, le capitaine du Revest à bord de « l’Hector » venant de Toulon avec trois autres vaisseaux ;

-le 19 juin, le lieutenant général Du Bois de La Motte avec neuf unités, plus deux frégates , parti de Brest le 3 mai

Ce dernier , à cet instant, est donc à la tête de 18 vaisseaux et 5 frégates qui sont en baie de Louisbourg. Augustin reprend espoir, enfin, le vent tourne, il est désormais possible de bouter l’anglais ….Malheureusement , Du Bois au lieu d’utiliser sa force soudaine reste indécésis de part ces soixante quatorze ans , se cantonnant à sa mission de ravitailler Louisbourg puis Quebec par deux vaisseaux qui rentrent en France…Augustin obtient son renfort pour améliorer tant soit peu les fortifications…

Mais Pitt, Pitt le pugnace est déterminé, le 8 mai 1757, du port de Cork en Irlande, part une flotte anglaise de 60 transports et 21 vaisseaux de guerre pour prendre Louisbourg, la Nouvelle-France doit disparaître, c’est décidé….

Par ailleurs il signale la présence de 1500 réfugiés acadiens de l’île St Jean dans Louisbourg, cette population dénue de tout ne fait qu’amplifier la demande en nourriture.

Le 6 juillet 1757, Prévost signale au ministre, l’échec de l’expédition de Beauffremont et de Grasse…un anglais est capturé près d’Halifax et l’on apprend la venue prochaine d’une flotte anglaise venant d’Europe et d’une levée de troupes et d’armement chez les anglais.

Drucourt prend toute la dimension de l’information et ordonne la construction de nombreuses défenses cotiéres à l’est et à l’ouest de Louisbourg en vue d’empêcher les anglais de débarquer. Il est convaincu que l’Anglais veut le déloger, l’Anglais veut Louisbourg et après cela en sera fini du lys royal en Amérique….

Des vaisseaux anglais sous les ordres de Francis Holburn tentent le blocus du port de Louisbourg le19 aout 1757, armés de 15 vaisseaux et de 3500 hommes , faisant des mouvements incessants, des manœuvres préludant un débarquement des troupes dont on entend les chants militaires ou paillards lorsque la flotte est sous le vent… Avec ces 18 vaisseaux, l’amiral Du Bois se résigna à l’inaction pour préserver la flotte du Roy. Le 24 septembre, une tempête assaille l’escadre britannique qui était au large , un de leurs vaisseaux coule, une dizaine sont désemparés.. Les Britanniques, affaiblis, désorganisés par ces vents contraires se retirent le 5 octobre à Halifax d’où il regagne l’Europe.Jugeant qu’il avit rempli à bien sa mission , L’amiral Dubois de la Motte repris le chemin de la France de la même façon, le 30 octobre. Divers incidents fâcheux, des coups de vent la prise de deux frégates par les anglais marquérent son retour ; mais le pis de tout, ce fût la terrible situation sanitaire de ses équipages. En arrivant à Brest le 23 novembre, ce sont 4000 malades qui protérent l’infection dans toute la ville, il mourût dans ce port 80 personnes par jour du fait du scorbut et du typhus et l’on dénombra dix mille morts…..

Une cloche prise par le capitaine Lacroix sur un bateau anglais est bénie à Louisbourg, la cérémonie est prétexte pour s’exorciser du péril anglais.Drucourt signale que Boishébert est à Port Toulouse avec cent hommes et deux cent cinquante indiens et lui ordonne de faire mouvement vers la baie fortifiée de Gabarus. Drucourt, soucieux de conserver le plus possible de troupes, demande « des présents et des médailles » pour les indiens qu’on est en danger de perdre. Par ailleurs, la misère est extrême à la Riviére St Jean.

Au Canada, le marquis de Vaudreuil déclare qu’il fait tout pour recevoir les familles acadiennes envoyées par Boishébert, mais que Québec est incapable de se défendre contre les Anglais. Drucourt ordonne à M. Dangeac d’envoyer de Port Toulouse une parti des sauvages espionner à Halifax le bateau « L’Aigle ».

Villejoint, sur l’île Saint Jean, accuse récéption de vivres, le 26 septembre 1757, reçues de Louisbourg. . Mais la famine va menacer à nouveau pour l’hiver prochain. Lui aussi, épuisé, abattu sollicite le renvoi en France de toute population menacée de mort et condamnée par l’Anglais pour leur résistance .. Les officiers sont également démunis, les habitants ont besoin de vêtements et de couvertures . Cent vingt cinq Acadiens achètent un bateau pour passer au Canada.

Le nommé Gauthier, habitant de l’île St Jean, homme intelligent et zélé se porte volontaire pour une mission d’espionnage à Halifax, on lui adjoint 6 hommes. Durant cette périlleuse aventure nécessitant la mort de 2 grenadiers anglais, il établit un rapport faisant état de la présence d’un seul bateau dans le port « L’arc en Ciel », mais de nombreuses troupes et la construction de grandes casernes. Nul doute pour Bosc Henry, le départ de la flotte ennemie n’est qu’un répit, et des renforts importants sont prévus dans le parti adverse.Drucourt projette d’envoyer deux cent acadiens et indiens brûler les magasins et les nouveaux casernements d’Halifax.

Le 6 octobre, Prévost établi un relevé de provisions de Louisbourg, le blé capturé aux corsaires anglais est envoyé à l’île St Jean où les acadiens sont réduits à brouter l’herbe… coté anglais, à Halifax, en ce 9 novembre, Lawrence établit son rapport sur les travaux militaires entamés pour consolider leurs positions, notamment les fortifications de Cumberland, Pisiguid et Annapolis Royal. Il se targue, ainsi de pas craindre les français durant l’hiver. Le 8 décembre 1757, Drucourt apprend que Lawrence a effectivement fortifié Cumberland avec 2000 hommes durant l’Eté. Drucourt envoie le brigantin « Le Charmant » chercher des graines à Brest pour l’île Saint Jean où les acadiens lui font grand pitié. Il envoie un détachement d’indiens à Halifax pour faire des prisonniers et apprendre des nouvelles.

Le 28 décembre, tristes nouvelles, perte de bateaux français…Nouvelles confuses et pénurie de vivres.

Augustin du Bosc Henry, à la sortie de ce troisième hiver, devait être songeur sur toutes ces difficultés, les plus insurmontables les unes que les autres. La famine de la population, cet état de guerre incessant, son impuissance à obtenir des moyens en artillerie malgré ces requêtes incessantes, ces hivers rigoureux, cette brûme persistante, ce port gelé, ces fortifications qui sont incolmatables avec ce mortier sableux et salé qui s’éffrite et casse aux gelées, les étés toujours trop courts, l’humidité qui perrsiste sans arrêt dans cette partie de l’île où le soleil ne luit guère ne font qu’accroitre ces doutes quant à l’issue de ce conflit.

Boishebert, quant à lui partit à Québec, où il passa l’hiver. Il devait partir pour Louisbourg tôt au printemps de 1758 mais remit son départ jusqu’aux premiers jours de mai. Malgré ces blocus successifs, Louisbourg connaissait des heures de famine puis grâce à l’ingéniosité de Bosc Henry et Prévost, les magasins se regarnissent au cours du début de cette année 1758.

En 1758, l’irascible M. Pitt, Premier ministre anglais se décida à anéantir la France en Amérique par un formidable effort d’armement en faveur des colonies britanniques d’Amérique . Un jeune et cultivé général de brigade aux cheveux roux, James Wolfe est envoyé vers cette Nouvelle Angleterre en février 1758. Ce remarquable militaire est imprégné des techniques modernes de l’Art militaire développé en Europe. Agé de 32 ans, après avoir fréquenté tous militaires le voici enfin à pied d’œuvre, avec pour lecture, suprême ironie, « De l’Attaque et de la défense des places » rédigés par Vauban. Sa mission est simple…. Conquérir la Nouvelle –France ! De plus il est réputé pour son courage insensé, et c’est un officier respecté par de ces hommes du fait de ces origines modestes, et de ces talents militaires. Des commandants aguerris et valeureux tels que Howe, Lawrence, Amherst…ainsi que les amiraux Boscawen, Hardy, Buckle, Evans, Durell soutiennent cette vaste entreprise qu’est l’éradication française sur le nouveau continent et d’y créer un vaste territoire commercial britannique.

Coté anglais, l’on fourbit ces armes en ce début de l’année 1758, de nouveau, un corps expéditionnaire formé de forces de la marine et de l’armée anglaises se rassembla à Halifax (nouvelle –Ecosse) avant de se diriger vers Louisbourg. L’expédition qui était sous les ordres du major-général Jeffrey Amherst , auquel était adjoint le vice Amiral Edward Boscawen, comptait 27 000 hommes répartis sur 23 vaisseaux et 18 frégates de guerre armée totalisant une puissance de feu de 1842 canons et 157 bâtiments de transports et autres vaisseaux emportant 14 000 hommes.

A tout prix, il fallait ravitailler Louisbourg….Dans les trois premiers mois de l’année 1758, trois petites divisions navales partirent de l’île d’Aix et de Brest , l’une commandée par ale capitaine marquis Des Goutes ,l’autre par Beaussier de l’Isle, la dernière par le capitaine Du Chaffault de Besné . Des Gouttes une fois arrivé, prenant conscience du rapport de force, insista à deux reprises pour prendre le large, M. de Drucourt et son Conseil de Guerre s’y opposèrent avec énergie. De ce fait, Des Gouttes fit amener quatre unités à l’entrée de la rade de Louisbourg et les coula afin d’en interdire l’accès à l’ennemi …Puis plaça cinq batiments en arrière du barrage. Arrivé trop tard pour pénétrer dans le port, Du Chaffault avait réussi à débarquer ses troupes sur autre point de la côte puis gagnat Quebec avec ses vaisseaux .

La ville de Louisbourg ne comptait que 3500 soldats, ( 24 compagnies franches de la Marine de 50 hommes chaune, sans grandes structures régimentaires ; deux compagnies de canonniers bombardiers de 60 hommes chacune, spécialiste en artillerie, un bataillon de 520 hommes du régiment régulier d’infanterie de Bourgogne ; un bataillon de 520 hommes du régiment régulier d’Artois, un bataillon de 680 hommes du régiment régulier d’infanterie de Cambis, fraichement arrivé) quelsques 400 hommes dans les milices et les 3870 hommes d’équipages à bord de 11 vaisseaux dans le port. Bien que l’artillerie est insuffisante,l’on repartis le plus judicieusement les 168 canons 5 boulets de 2 à 36 livres) sans compter les mortiers (boulets de 6 à 12 pouces) bien sûr à Louisbourg mais également le long des cotes nord-est et sud-ouest aux pointes Flet et White, à l’anse Kennington, à Lorraine et Rocher Black.

Par ailleurs sur le continent les forces de Montcalm ont battu les Anglais du général James Abercromby à Carillon, l’espoir renaissait dans le camp français.

En France, nos ports étaient bloqués par les Anglais, ces derniers se hasardant mêmes à descendre sur nos côtes. Cependant, il fut décidé d’envoyer à Louisbourg « le formidable », de quatre vingt canons avec le chevalier de Blenac-Courbon, chef d’escadre, Guichen, capitaine de vaisseau, M.de Villepatour, officier d’artillerie très estimé. Mais Blénac ne pût forcer le blocus…..

Deux hommes vont désormais s’affronter et leurs tragiques destins vont se nouer dans une bataille sans merci. Wolfe et Bosc Henry. Le sort du Nouveau Monde va se jouer à Louisbourg….

Le 1 avril 1758, Augustin du Bosc Henry nomme M. de la Loue, capitaine au bataillon d’Artois, commandant du Poste de l’Ile d’Entrée avec pour mission de s’y rendre au plutôt, au regard de ses connaissances du lieu et de son zèle, et de veiller avec toute son attention à ce que l’artillerie soit bien servie et tire à bonne portée pour qu’il en résulte les meilleurs effets sur l’ennemi. Le 14 mai, il décide que M. de Saint Julien, commandant le bataillon d’Artois, se rendra au premier signal des deux coups de canons du Cavalier de la Porte Dauphine et de la générale, au poste de la Cormorandiére, y renforcera avec autant de piquets qu’on pourra tirer des bataillons qui composent la garnison .ceux qui ont déjà dans les retranchements de cet endroit, ayant par devers lui la connaissance du local et des forces qui sont au deux autres retranchements de cette côte, et comme sa manoeuvre de porter des secours ou en tirer de ces endroits, dépendra de celle que l’ennemi fera pour y descendre, l’expérience qu’il a du métier de la guerre lui suggérera les moyens les plus efficaces pour tirer le meilleur parti de l’objet pour lequel il est détaché, et de ménager sa retraite à la ville dans le cas que les retranchements soient forcés. Le même jour, le chevalier de Drucourt prend des dispositions analogues envers M. Marin, commandant le bataillon de Bourgogne, qui se rendra au premier signal des deux coups de canons du canon du cavalier de la Porte Dauphine et de la générale, au poste de la Pointe Plate ; ainsi que vis à vis de M. Dauthonnay, commandant le bataillon des Volontaires Etrangers se rendra au premier signal des deux coups de canons du Cavalier de la Porte Dauphine et de la générale au poste de la Pointe .

Pour le lecteur, nous allons désormais vivre jour par jour selon le journal écrit de la main même d’Augustin du Bosc Henry (notes B.H.), gouverneur de l’Isle Royale ainsi que du récit autobiographique de Philibert Morot de Grésigny, capitaine au régiment d’Artois, dont nous avons trouvé les mots poignants(notes M.G.).

Jeudi 1 juin 1758 (notes BH)

A huit heures ce matin, les anglais ont paru dans le Sud au nombre de 70 voiles, les vents contraires ne leurs ayant pas permis de nous approcher que de quatre à cinq lieues. Environ, vers les 8 heures ce soir, sont arrivés ici du Port Dauphin deux officiers, l’un de la Marine et l’autre du Bataillon de Cambis, nous apprendre l’arrivée dans ce port des vaisseaux  » le dragon « ,  » le Sphinx « ,  » le hardi « ,  » le Zéphyr  » et un vaisseau de la Compagnie des Indes. Monsieur Du Chassault me signale avoir fait passer à la baie de l’Espagnole le bataillon de Cambis, pour de là se rendre ici, par terre

Vendredi 2 juin 1758 (notes B.H.)

les anglais au nombre d’environ la même quantité qu’hier, ont paru à l’éclaircie vers les 10 heures ce matin et paraissaient vouloir gagner le vent de l’entrée du port, mais étant par le travers du Cap Noir, le commandant a reviré et porté dans l’anse de Gabarus, et successivement toute la flotte a suivi de façon qu’au coucher du soleil la majeure partie y était mouillée ; j’ai fais renforcer tous les postes, et mis en corps de réserve deux compagnies de grenadiers et deux piquets à portée de se rendre aux principaux postes de la Cormorandiére et la Pointe Plate, et fait filer aussi à la Montagne du Diable un piquet de sergents et caporaux avec un second piquet d’acadiens de l’Isle St Jean, ils vont vraisemblablement cette nuit se préparer pour descendre demain au jour.Après le coucher du soleil, nous avons aperçus deux files de barges qui sortaient de la baie de Gabarus et faisaient route en arrondissant la Pointe Blanche et en ont cependant passé au large, et ensuite paraissaient faire route le long de la côte pour les anses à Gautier. Cette manoeuvre m’a déterminé à faire demander à M. Desgouttes, cent hommes pour renforcer ce dernier poste, tout le reste de la garnison avec la milice bourgeoise ont passé sous les armes, la nuit dans les caponniéres du mur crénelé , à la pointe à Rochefort et les grenadiers d’Artois au Cap Noir.

Du 3 juin 1758(notes B.H.) A 4 heures du matin, nous avons eu connaissance de la seconde division d’environ 40 voiles qui donnait dans l’entrée de Gabarus, il ne nous a pas paru de gros vaisseaux de guerre dans cette dernière division, que trois, le tout ensemble peut se monter à deux ou trois vaisseaux à trois ponts, et 8 à 9 autres et .4 à 70 canons et environ vue douzaine de frégates depuis 24 jusqu’à 40 canons, les plus gros vaisseaux se sont les plus embayés , à l’exception d’un à trois ponts qui s’ est tenu le plus au large de l’entrée. Il me parait vraisemblable qu’ils feront l’attaque des trois postes en même temps. Jamais l’ardeur et la grande volonté que troupe puisse avoir, n’a dû égaler celle que montre les nôtres , ce qui est de très bonne augure pour la gloire des armes du Roy.. Vu leurs frégates, une s’est approchée hier du poste de la Cormorandiére où elle s’est embossée et à canonné tout le jour sur les retranchements, sans les boulets y donne. Cependant vers les six heures du soir, un de ses boulets ayant traversé le retranchement a fait sauter une provision de poudre qui y était. Ceci a éboulé la partie de cet endroit, j’y ai aussitôt envoyé des renforts d’une compagnie de grenadiers et deux piquets avec des outils et des munitions. Nous y avons eu un milicien bourgeois de tué et quelques soldats blessés, ainsi que le chevalier de Chassy ; avant cet événement nous avons eu un canonnier de tué ainsi que l’huissier du Conseil par les boulets.

du 4 juin 1758 (notes B.H)Les vents sont sud-sud-est , bon frais et lames grosses, nous ne craignons point de débarquement ce matin dès le point du jour, la frégate a recontinué de canonner sur les retranchements ; à 6 heures le sieur Vallée est venu me demander de la part de Monsieur de Saint Julien s’il serait possible de faire passer à ce poste deux canons de 24 pour éloigner la frégate qui les incommode beaucoup. J’ai aussitôt écrit à Monsieur Desgouttes pour avoir 250 matelots et tout de suite l’on a mis la main à l’oeuvre. J’ai fait relever nos piquets de l’anse aux Gauthier et de Lorembec. Messieurs de la Marine y en ayant envoyé sous le commandement de Monsieur le chevalier du Dresnay savoir deux piquets aux anses à Gautier et un au grand Lorembec. J’ai aussi rappelé ceux que j’avais envoyé à Miré et au petit Lorembec, la position de l’ennemi a un seul endroit nous a déterminé aussi a y porter nos forces. Au coucher du soleil les canons de 24 étaient rendus au Ruisseau de la Pointe Plate sur le chemin de la Cormorandiére et à 9 heures ce soir un mortier de 8 pouces a été rendu au poste de Monsieur Marin. Ont nous a aussi annoncé ce soir que la frégate s’était retirée plus au large et avait cessé de canonner depuis deux heures et que l’on jugeait que son gouvernail avait été endommagé, que trois canots ou berges en derrière sont venus à terre vers les retranchements et ont été abandonnés les canons ; les ayant traversés en plusieurs endroits.

du 5 juin .(notes B.H.) La continuation de la brume et grosse mer nous en fait profiter pour achever l’ouvrage de deux canons de 24 et nous allons aussi travailler à en faire passer un de même calibre à la Pointe Plate avec encore un mortier de fonte de 6 pouces, en sorte que nous avons deux mortiers et trois canons de 24 dans ces deux camps. Le temps paraissant devoir s’éclaircir, je suis parti à deux heures après midi pour aller à la Cormorandiére et delà à la pointe Plate. Mais la brume étant survenue, je n’ai pu apercevoir distinctement les vaisseaux ennemis. A mon retour, j’ai appris l’arrivée de 10 compagnies du bataillon de Cambis chez Langevin à Miré.

du 6 juin. (notesB.H)Les vents ont continué de la partie du sud-sud-ouest avec la brume, environ les 10 heures par une éclaircie, on a aperçu du camp de la Pointe Plate 40 barges sur trois de hauteur qui paraissaient se déterminer au camp là . A ce , dans le même moment où on a aperçu une très grande quantité du côté de la Cormorandiére, mais peu de temps après tout a disparu au moyen de la brume qui est survenue. Ce midi, les 10 compagnies de Cambis sont arrivées, ce qui nous a donné la facilité de faire quelques augmentations de piquets aux postes de la Pointe Blanche et de la Pointe Plate, de sorte que la position et le nombre des troupes à la Côte est comme il va être ci-après détaillé :

A savoir :

Au poste de la Cormorandiére , commandé par M. de Saint Julien 985 hommes

à la pointe plate par M. Marin 620 hommes

à la pointe blanche par M.Dauthonnay 250 hommes

et en outre deux compagnies de grenadiers à portée de se rendre au secours du poste le plus menacé

la compagnie de Joubert 60hommes

les miliciens acadiens de Villejoint ,90 hommes

ces deux derniers postés dans le fond de Gabarus depuis la montagne du Diable jusqu’à l’Isle Majore pour observer s’il ne s’y ferait pas quelques débarquements.

total : 2005 hommes

tous ces postes quoique assez éloignés les uns des autres dont l’éventualité était de se porter un secours mutuel en se repliant sur le plus menacé, n’étant pas praticable de garnir tous les fronts ainsi l’ordre de ces messieurs portent que je ne puis pas leur prescrire de manoeuvre à faire attendu qu’elle dépend de celle de l’ennemi et de ses mouvements.

Du 7 juin(notes B.H) Le temps brumeux, les vents de la partie de l’ouest, au lever du soleil, nous avons jugé que nos retranchements ne tarderaient pas à être attaqués, la journée s’est cependant passée assez tranquillement eut égard ; dès 7 à 8 heures ce matin, nous avons vu sortir deux vaisseaux de guerre de la baie qui en ont rejoints d’autre plus au large, de sorte que nous les avons compté 5 à 6 qui ont croisé depuis l’Est jusqu’au sud-est ; sur les 11 heures une frégate escortant 12 bateaux et goélettes a fait route du coté des anses à Gautier ; ce qui nous a déterminé à détacher promptement deux piquets dans l’un aux anses à Gautier aux ordres de Monsieur Des Roches, et l’autre au petit Lorembec a une heure après midi cette petite escadre a repris les amarres à tribord partant au sud et louvoyait pour regagner la baie de Gabarus de même que quelques uns des gros vaisseaux qui croisaient dehors. canon de 24 envoyé à l’anse –au –sable y a été enfin mis en batterie ce soir. Ce matin, j’ai fais passé en chaloupe un canon de 18 et un de 24 à la Pointe Blanche ; et l’on a embarqué

-deux autres canons de 18 pour la Pointe Plate dans le dessein de les y faire passer cette nuit pendant laquelle nous allons redoubler d’attention pour nos batteries extérieures

– nos deux gros mortiers au cas d’approche de quelque goelette que l’on a soupconné reconnaitre parmi le nombre de petits bâtiments qui ont sorti de la baie de Gabarus.

Notes M.G. L’ennemi rangé en bataille par plusieurs lignes au nombre de deux cent voiles dont vingt trois vaisseaux de lignes et dix huit frégates n’avaient encore rien fauté, ni fait acte d’hostilité que quelques volées de canon qu’ils envoyaient par intervalle sur nos retranchements de la Cormorandiére et qu’ils tiraient d’une grande lieue et par lesquels ils n’avaient pas fait grand effet…..

Du jeudi 8 juin ( notes B.H) . A quatre heures du matin, le temps assez beau, l’amiral a fait le signal pour la descente, le plus fort s’est porté à la Cormorandiére, peu à la Pointe Plate, et point du tout à la Pointe Blanche, la totalité de l’attaque du premier poste a été repoussé , mais à une portée de fusil de l’anse –au-sable, en un endroit escarpé et rempli de roche quelques barges y ont pris pied. Il y en est successivement descendu plusieurs, l’on ne s’en est pas aperçu à l’instant, et aussitôt que M. de la Faye en eût connaissance, il s’y est porté .Son piquet a été suivi des deux compagnies d’Artois et de Bourgogne que M. de St Julien y a envoyé. Les troupes qui se sont portées dans cette partie ont essuyé un feu trés vif. Le capitaine et le sous- lieutenant des grenadiers de Bourgogne y ont été tué,M. Mascle bléssé, M.de St Julien s’y transportât, mais il y a trouvé l’ennemi en force supérieure , qui était déjà fort avancé et qui cherchait à le couper ; et, a cependant gagné le ruisseau de la Pointe Plate où M. Marin qui se repliait sur lui, l’a rencontré.

(Notes M.G.) Ce ne fût que le huit de juin à l’aube que les ennemis commencèrent leur canonnade et leurs attaques par trois divisions de barges de 60 chacune remplies de monde. Au plus vite on fit partir trois piquets de Cambise et la compagnie de grenadiers qui, à cause du grand éloignement, couraient à perdre haleine….. L’ennemi après avoir été repoussé, dispersé et perdre six à sept cent hommes, cherche à se mettre à couvert des coups, par se jeter deux barges dans une petite anse au pied d’un rocher escarpé (que M. Dubois de la Motte l’an passé avait jugé impraticable) et qui se trouvait dégarni de troupes, par défaut d’assez de monde ; mit pieds à terre, ne trouvant personne, fît signe à quelques barges, celle-là à d’autres qui se rendirent sur le champ, ainsi en une , ils avaient descendus de 4 à cinq mille hommes …..Les français s’en aperçurent dans les premiers instants. La grande distance fît qu’ils ne peuvent arriver assez à temps. L’Ennemi était déjà formé sur les rochers de sorte que les nôtres trouvait un corps bien supérieur à eux, se préférant de faire retraite…Elle fût heureuse, je ne m’y attendais pas, les anglais poursuivaient nos troupes vigoureusement .toute la garnison était dehors, il y avait tout à craindre où qu’elle ne fût coupée où que l’ennemi n’entra avec dans la place qui n’était pas à l’abri d’un coup de main.

Messieurs de Saint Julhien et Marin ont fait leur retraite, ainsi que nos troupes de façon qu’environ midi, tous étaient rentrés. Il est fort à croire que nuitamment, l’ennemi avait mis du monde à terre dans les parties de la cote remplies de rochers par où l’on ne se méfiait pas, les patrouilles ne passant pas les grandes gardes comme l’année derniére où elles se communiquaient d’un retranchement à l’autre. Le sieur Joubert avec la compagnie Villejoint avec les acadiens et Dacarette avec ses volontaires bourgeois qui étaient à la Montagne du Diable sont rentrés en ville. L’on a tout de suite brûlé les maisons et bâtiments du Barachoua depuis la Porte Dauphine jusqu’au Pont du St Esprit et démoli le four à chaux et avons fait tous les règlements et dispositions pour le service d’un siège. Le soir, le restant du bataillon de Cambis est arrivé.

(Notes de Morot de Grésigny) Nous avons beaucoup été surpris que cette place ne soit emportée d’emblée. C’était le dessein des attaquants, cependant nous réussîmes ainsi et plus aisément si quelques uns de nos boulets qui frappèrent dans leurs colonnes n’aient mis l’épouvante et le désordre, ce qui leur fit quitter prises et laissa la facilité aux nôtres de rentrer dans la place et auparavant de mettre le feu aux maisons et magasins qui étaient dehors, à couvert desquels l’ennemi pouvait venir s’embusquer…..Cette journée nous coûte environ cent hommes et quelques officiers tués et blessés ; deux chefs des Sauvages tués, le reste de leur troupe de quarante hommes se dispersa dans le bois et n’a .parue. Le même jour arriva le restant du régiment de Cambise. Heureusement que les anglais avaient ignoré leur marche . Ils laissent derrriére eux une trentaine d’hommes qui joignirent par la fuite aux corps d’acadiens et habitants commandés par M. de Villejoint, officier de la colonie qui était resté avec environ deux cent hommes dehors pour inquiéter l’ennemi et se joindre au corps de sauvages que M. de Boishébert , fameux partisan, devait envoyer du Canada et qui devait être de huit cent hommes selon nos espérances.

Du 9 juin Toute la journée a été brumeuse et il a souvent tombé de la pluie, ce qui fais que nous n’avons pu avoir aucune connaissance de l’ennemi ni de ses travaux ; nous avons formé cinq compagnies de Volontaires de 50 hommes chaque, uniquement destinés pour les sorties et les découvertes de l’ennemi, pour protéger nos travailleurs aux brûlés et démolitions extérieures. Cette nuit la frégate  » la Comète  » est partie pour France.

(Notes de M.G.)la célébre nuit de la descente, ils ( le gouverneur et le conseil) avaient faits partir  » le bizarre  » et une frégate, l’une pour la France, l’autre pour Quebec….Il restait encore cinq vaisseaux et trois frégates, nombre suffisant pour défendre l’entrée du port à soixante vaisseaux de trois ponts, à cause de l’étroit passage, suivant le dire de Monsieur Du Bois de la Motte, qu’on a donné au diable cent fois, lui et son impéritie…..

Du 10 juin Nous avons eu connaissance des emplacements des camps de l’ennemi qui paraissent situés au delà du ruisseau de la Pointe Plate sur le chemin de la Cormorandiére, à l’étendue et au nombre de leurs tentes, nous avons jugé qu’il pouvait y avoir environ 10 à 12000 hommes . Nous nous préparons à faire toute la résistance possible, l’on a fini la démolition du four à Chaux et des cheminées des maisons brûlées qui nous pouvaient nuire, nos ouvriers dans travaux sont soutenus et protégés par des piquets de nos Volontaires.

du11 juin Desgouttes m’a demandé un ingénieur avec deux compagnies de volontaires pour soutenir la démolition de la Batterie Royale qui a été très avancée, on ne s’est pas aperçu que l’ennemi ait envoyé des forces dans cette partie là. Il m’arriva hier au soir deux acadiens de l’Isle St Jean d’où ils sont partis au nombre de 14 et de 12 sauvages ; ces derniers sont restés au Port Toulouse et les acadiens à la Cabane à Pierres, où j’ai appris que le désordre y était grand sur les vivres que nous y avions fait déporter. Celui qui les gardait n’ayant pas été le maître d’empêcher les sauvages de les piller et emporter avec eux. J’ai aussi appris que le jour de la descente, il y avait en environ, des personnes, tant sergents, caporaux et soldats des différents bataillons qui n’avaient pas pu se rallier à leeurs corps après s’être réfugiés et égarés dans les bois. Ce qui a déterminé , M. de Villejoint, La Poterie, Messieurs Vilmé et Rousseau à me demander 12 à 15 hommes pour se porter avec eux sur les lieux, y rassembler s’il est possible ces différentes personnes et en former une compagnie de Volontaires.Je leur ai donné les ordres en conséquence, ils sont aussi porteurs de celui de M. Danthonnay à un officier de son bataillon, qui avec 20 hommes s’est trouvé du coté de Miré, n’ayant pu joindre les autres. Ils sont partis à l’entrée de la nuit, ainsi que le sieur Lagonnere avec un parti de 20 hommes de la compagnie de Dacarette pour se porter sur les derrières des camps de l’ennemi, faire quelques prisonniers et les inquiéter. Une lettre de Miramichy du 10 mai remarque l’on y attend tous les jours Monsieur de Boishebert avec environ 500 hommes. Sept vaisseaux de lignes et deux frégates sont venus mouiller au large à environ 1 lieue et demie par le travers du Cap Noir.Sur le soir, on m’a annoncé qu’un sergent et quatre volontaires de la Compagnie de Gamberse venaient de déserter étant de patrouille pour la Découverte.

Du 12 juin , la brûme jusqu’à midi nous a dérobé la connaissance de l’ennemi. Mais, depuis nos compagnies de Volontaires ont des escarmouches avec leurs pelotons de découverte. Cependant il y en avait au nombre de plus de 150…Les nôtres ont été jusqu’à la Pointe Blanche y enclouer les deux derniers canons mis en batterie . Le soir, nous avons remarqué près de la Lanterne, un gros de monde sur lequel même l’Islot a tiré et les volontaires de Cambise en n’ont eu connaissance de plus de 300 qui travaillaient sans doute à se retrancher et y former quelques batteries.

(Notes MG) L’ennemi redoutait les partisans de Villejoint et les Sauvages et leurs premiéres précautions furent contre les enlévements de chevelures (scalp) ils se retranchent dans leur camp, mirent le feu aux bois en vue dans leurs environs, firent des redoutes sur les hauteurs d’espaces en espaces garnies de pierriers, ce à quoi pendant dix jours se bornerait leurs travaux et leur hostilité et quelques coups de feux entre nos volontaire et leurs gardes avancés.

Du 13 juin Au lever du soleil, nous avons aperçu plusieurs batiments de transport qui s’approchaient des anses à Gautier . Environs vers les 9 heures, il est parti des vaisseaux de guerre avec 8 à 10 berges qui y ont été aussi. De là, il aisé de juger qu’ill a du monde assez en nombre pour nous empêcher d’effectuer ce que nous avions protesté, qui étais d’y faire un coup de main par une partie de la garnison, par réflexion et la difficulté d’y faire la Découverte nous n’avons crû devoir l’entreprendre.

A10 heures nos compagnies de volontaires , Du Roquard, Desmailles, Garcemense et Camberse, se sont mis aux prises avec des partis ennemis sur les premières hauteurs du chemin de leur camp, le feu de la mousqueterie a été vif de part et d’autre, l’espace de deux heures. Messieurs Desmailles, Camberse, Roquard et de Beuve y ont été blessés, les trois premiers par des balles amorties qui n’ont pas pénétrés, le dernier l’a été plus considérablement, nous y avons eu soldats de tués et blessés. Les capitaines des compagnies ne croyaient pas s’engager autant ; mais l’ardeur et la grande volonté de leur troupes les y a conduits.

La connaissance des forces que l’ennemi peut avoir aux anses à Gautier est imparfaite, la situation des lieux ne nous permettant pas d’y envoyer de découverte ; mais nous savons cependant qu’ils s’y établissent , on leur tire de l’ Isle et des Vaisseaux lorsqu’il se découvre quelque peloton de troupe . Le vent ayant été considérable, lame grosse, et beaucoup de pluie ; les vaisseaux mouillés vis à vis du Cap Noir ont été obligés d’appareiller.

du 14 juin le temps a été très beau et fort clair, nous avons jugé que l’ennemi avait rapproché son camp et l’ avons vu travailler sur différentes hauteurs à se retrancher et faire des redoutes entre autres, deux vraisemblablement pour appuyer la droite et la gauche de leur camp. Notre canon de 24 y va à environ 25 à 30 ° degrés d’ élévation , il en est tombé quelques boulets assez proche, deux pour les épouvanter, leur faire mettre ventre à terre et quitter l’ouvrage. je leur ai aussi fait tiré deux bombes, ne jugeant que 900 toises de distance, le mortier devant portait plus de 1000 toises, la bombe a été effectivement au delà. M.Desgouttes a fait sortir sa chaloupe carcassiére, qui avec ses deux canons de 24 s’est portée du coté de l’Isle Verte et a canonné quelques bâtiments de transports qui étaient par le travers des anses à Gautier ; mais il est venu une frégate du large qui a couvert les autres et a même envoyé quelques boulets à bord du bateau. L’islot s’en est aussi mêlé et ont canonné pendant l’intervalle de quelques heures.

Ce matin, j’ai envoyé un tambour au camp du général Anglais pour lui demander des nouvelles des officiers qui nous manquent depuis la descente et dont nous sommes incertains du sort particulièrement de celui de Monsieur de Blesta auquel nous voudrions envoyer son domestique, je lui ai écrit la lettre suivante à laquelle, je joins aussi la réponse:

 » Monsieur

Incertains du sort de Messieurs de Belesta et Langlade, capitaines des Grenadiers, des Sieurs Savary et Romainville, officiers, dont nous n’avons pas de nouvelles depuis le jour de votre débarquement . J’ai l’honneur de prier votre excellence de vouloir bien me faire savoir si ces Messieurs sont tués ou rentrés prisonniers entre vos mains. En ce dernier cas, je me flatte que vous voudrais bien me faire le plaisir de me mander l’état de leurs blessures et m’envoyer des passeports pour leur faire parvenir en sécurité leurs domestiques et l’argent dont ils peuvent avoir besoin. Ces secours étant également conformes aux lois de la guerre et de l’Humanité, ils doivent être réciproques entre deux nations aussi policées que les nôtres. J’ai lieu d’attendre que j’ai l’honneur de faire à votre excellence en faveur de ces messieurs, je vous prie Monsieur, d’être persuadé que si les hasards de la guerre me mettent à portée dans le cours de cette campagne de vous donner des preuves de ma considération, qu’il ne vous restera rien à désirer…

Si vous avez quelques officiers de distinction blessés et dans le cas malheureux d’avoir besoin d’un bon chirurgien, nous en avons ici un de la plus grande réputation à vous offrir et dont vous pouvez disposer ainsi que de toutes les ressources dont cette ville pense être susceptible.

J’ai l’honneur d’ être signée le Chevalier de Drucourt « 

Réponse du commandant anglais:

 » Monsieur,

Je viens de recevoir la lettre que votre excellence m’a fait l’honneur de m’écrire en date d’aujourd’hui.Je n’ai pas encore un rapport des vaisseaux, les noms des officiers qui y sont prisonniers.J’enverrais instamment pour savoir si les Messieurs mentionnés y sont. Je sais qu’il y a un capitaine de grenadiers mal blessé à la tête et un lieutenant des grenadiers qui a eu la jambe cassée et fût blessé au bras. Ces messieurs et tous les officiers blessés et prisonniers ont été envoyés tout de suite a bord des vaisseaux de guerre les plus proches , étant le moyen le plus court de les faire pointer au plutôt et d’en avoir le meilleur soin.Je puis vous assuré, Votre Excellence, qu’on a eu et qu’on aura toujours et à tous égards le même soin des prisonniers et blessés que de nos troupes même, et qu’ils seront garnis de toutes choses dont ils peuvent avoir besoin.Je suis très obligé de vos politesses, s’il y a quelque chose au camp qui pû être utile à la personne ou pour la table de votre excellence, je serais charmé de toutes les occasions de l’assurer que j’ai l’honneur d’ être avec une considération parfaite, Monsieur

Votre excellence,

le très humble et très obéissant serviteur signé Jeff. Amherst « 

A l’entrée de la nuit tout était disposé comme il a été réglé, les volontaires d’Artois, faisant la patrouille du coté de la Justice et de Niquet, ont fait leur rapport, qu’ils avaient eu connaissance d’un gros de troupe qui paraissait partagé en trois colonnes dont deux prenaient la droite et la gauche , le lieutenant-colonel de la Porte Dauphin nous en a fait prévenir. L’on a battu aussitôt la générale, nos chemins couverts ont été renforcés du bivac qui était sur les remparts, le surplus de la garnison qui était à dormir est venu reprendre la place du bivac, ceci a duré l’espace d’environ deux heures, nos patrouilles détachées par petites vedettes de deux et de quatre personnes nous rapportent qu’ils n’avaient connaissance de rien. Nous avons envoyé chacun à sa première destination. Le bivac a repris sa place et les autres ont été se reposer, cela n’a pas duré jusqu’à une heure. Nous avons eu une seconde alerte, chacun a repris le poste qu’il venait de quitter il y a deux heures. La compagnie des Volontaires qui gardait les premières hauteurs voisines de la Porte Dauphine, s’est repliée à cette porte et ont rapporté qu’ils avaient dû voir un gros de troupe qui s’approchait de ces mêmes hauteurs. Nous avons aussitôt ordonné à la frégate  » L’ Aréthuse  » qui était entre-aversée dans le fond du Barrachua à dessein de balayer par son feu tout ce qui se présenterait sur cette hauteur ainsi que leurs revers du coté de la digue ; de tirer quoique au hasard, les boulets donnant sur les amas de pierres et l’artillerie dirigée le jour en conséquence, ne pouvait que beaucoup endommager les colonnes qui avaient voulu se présenter pour gagner la queue du glacis pour se rendre à forcer le chemin couvert. Enfin le jour est sans nous faire rien découvrir d’apparent à pouvoir occasionner ces attentes, pas même aucun commencement de travail.

Du 15 juin Il ne s’est rien passé que d’ordinaire pour la continuation des travaux de la défense de la Place. La traverse au chemin couvert auprès de la Place d’Arme arrondie a été finie, ainsi que les blindages des poudrières et casemates. Nous avons aussi fait passer deux canons de la batterie de la pointe à Rochefort sur la côte, entre l’extrémité de la-dite batterie et la traverse du Chemin couvert de la porte Maurepas vis à vis d’une petite anse, qui quoiqu’assez couverte de roches peut être susceptible de descente, ils serviront aussi à battre plus directement l’espace compris entre l’Isle Verte et le Cap Noir. Je pense cependant que ce ne sera jamais dans cette partie là que l’ennemi dirigera une attaque, la défense en est trop multipliée par le canon et la mousqueterie.

Sur la manoeuvre des vaisseaux sur ce qui se passe aux anses à Gauthier et des travaux qu’ils font aux environs du fanal, nous présumons qu’ils attaqueront la rade et qu’ils tenteront de la forcer avec leurs vaisseaux quand ils auront bien canonné et bombardé les nôtres avec l’Islôt, ce qui doit dépendre du succès de ces différents feux là. Quant à leurs opérations du coté de la terre, elles paraissent lentes et leurs approches à ouvrir leur première parallèle diffère beaucoup.

Du 16 juin. La nuit s’est passée tranquillement, et par la réflexion de ce qui s’est passé la nuit derniére, et aussi par le besoin pressant que nous avons de travailleurs que nous ne pourront tirer que de la garnison. Il a été décidé que nous diminuerions la garde de notre chemin couvert de piquets qui seront remis au Bivac, sur le rempart pour donner la nuit de repos à ceux qui auraient dû y être. Cela fondé sur la réalité de croire qu’ils ne tenteront jamais à forcer le chemin couvert, qu’au préalable, il n’en aient détruit les défenses. Nous dirigeons donc pour la nuit tous les canons des flancs des bastions à mitraille pour ledit chemin couvert et les faces pour les glacis . Cet arrangement procure une très grande sûreté au chemin couvert, ainsi que du repos à la garnison pour en tirer des travailleurs.

Du 17 juin La nuit a été fort tranquille . Nos volontaires n’ont eu aucune connaissance que l’ennemi ait approché ses travaux de la place. Nous travaillons à masquer entièrement la Porte Dauphine , à faire un retranchement palissadé dans la grande place d’Arme vis à vis la courtine du Bastion du Roy au Bastion de la Reine pour en diminuer la grandeur et en rendre la défense plus facile . Nous relevons aussi quelques toises de la face droite du bastion du Roy dont les terres s’étaient tellement affaissées qu’elles auraient pu y faire une ouverture par le seul ébranlement de l’artillerie de cette partie là . Enfin nous employons la garnison à faire ce qui doit résulter d’une meilleure défense.

Du 18 juin La nuit a été fort tranquille. Nos volontaires n’ont eu aucune connaissance de travaux plus avancés vers la Place. La position de l’ennemi parait toujours la même, il semble qu’ils ont établis une communication par les hauteurs de leur premier camps à celui qu’il ont depuis établis au fond de la baie. Ils se sont retranchés dans tous par des redoutes palissadées, nous ignorons s’il y a du canon.

A 9 h le Marquis des Gouttes a envoyé au fond de la baie un canot parlementaire porter un panier de 50 bouteilles de vin en retour de la politesse que le général fît hier à Madame de Drucourt de deux ananas en lui faisant dire qu’il était très fâché des inquiétudes que la circonstance allait lui causer.

A 6 h ce soir, nous avons eu connaissance de quatre bâtiments venant de la partie de l’Est, dont un avait pavillon blanc, que nous avons jugé être une frégate, à la nuit, elle n’était pas assez proche pour la bien distinguer. Nos volontaires n’ont rien découvert d’extraordinaire de l’Islot, l’on aperçoit encore rien aux environs du fanal. Ils se sont retranchés au fond de la baie où ils ont établi une redoute sur la petite hauteur qui est à la droite de l’habitation de Morin.

du19 juin La nuit a été comme les précédentes , belle et tranquille, et ce matin à 5 heures, nos volontaires d’Artois nous ont amené un déserteur irlandais dont la déposition est ci-jointe, ainsi que celle d’un matelot de l’escadre fait prisonnier par les acadiens du Sieur de Villejoint, fils, qui m’écrit à ce sujet et en ces termes en commun avec Monsieur de la Houillère :

 » Messieurs

Les nommés Thiou et La Treille que j’avais détaché avec 8 autres hommes m’ ont amené 4 prisonniers qu’ils ont faits à Gabarus. Je hasarde d’en faire parvenir un dans la Place, et je charge de l’y conduire trois de ceux qui les ont pris.Il serait très épineux, je pense d’en risquer davantage par cette voie. Je les ai faits interroger tous séparément.

Ils m’apprennent tous unanimement que les Anglais sont au nombre de 15 à 18 000 hommes à terre en comprenant 1500 Ranguienne ou coureurs de bois.

Qu’ils ont 22 vaisseaux de guerre, une bombarde et près de 200 bâtiments de transports dont 20 chargés de fascines, dans les autres est l’artillerie et ustensiles. Que l’amiral Boscawen en commande l’expédition en général, qu’il doit tenter de forcer la rade avec 6 vaisseaux de 90 canons ayant appris par les prisonniers qu’ils ont faits aux retranchements qu’il n’y avait que 5 vaisseaux de force pour la défendre.

Que se croyant certains de prendre Louisbourg, ils ont embarqué des familles, beaucoup de malades à leurs bords qu’ils ont peine à les manoeuvrer. Ils ont 1100 hommes à l’anse à Gauthier, 300 à Lorembec et doivent en envoyé 1500 à l’Isle St Jean.

Ils appréhendent beaucoup une escadre française et espagnole de 36 vaisseaux de force qui doivent , disent ils, nous arriver. Interrogés s’il en ont pris depuis la descente ou s’ils auraient eu connaissance de quelques vues, ont répondu que non.

Il a péri bien du monde dans les berges en mettant à terre , qui se sont noyés parce qu’elles étaient trop chargées et que la mer était grosse, qu’ils ont eu beaucoup de leurs gens blessés dans la descente, mais peu de morts, qu’ils n’ont que 20 prisonniers français tous blessés.

Un habitant arrivé hier de l’Espagnole, rapporte que les vaisseaux dont on était inquiet ont fait voile 8 de ce mois, il tient cette nouvelle d’un homme qui les a vu appareiller . Par la même voie, j’apprend qu’il a paru hier par le travers de la Baye des Espagnols 10 vaisseaux faisant route vers Louisbourg.

L’entrée des bois qui dominent leur camp est farcie d’hommes ce qui ne me permet pas de rien entreprendre de ce coté dans les différentes marches qu’ils font dans la plaine, ils observent beaucoup d’ordre et marchent très ferrés, ce qui me restreint à faire de petits partis dans les endroits que je crois les plus accessibles.

Mon frère est détaché avec 30 hommes pour aller quêter l’occasion dans une partie où j’ai cru qu’elle pourrait être avantageuse mais nous devons nous rejoindre demain pour faire quelqu’autres tentatives.

J’ai l’honneur d’ être signé Villejoint

aux environs de Louisbourg ce 17 juin 1758

je n’ai eu aucune connaissance de sieur Herche ; les sauvages ont fait une brèche considérable à nos vivres. « 

Interrogation du déserteur irlandais du Régiment de Walbreton, interrogé sur l’état et les forces de l’ennemi. A répondu qu’elles consistaient en 13 régiments dont 6 venus cette année de la Vieille Angleterre.

Qu’à l’exception des montagnards écossais dont le corps est de 1300 hommes commandés par le colonel Treghets , tous les autres régiments étaient composés chacun de 10compagnies , qui sur le pied complet devraient être de 68 hommes faisant au total : 685.

Etat des Régiments arrivés de la Vieille Angleterre vers la fin du mois d’avril:

– un bataillon de Royal Ecossais commandé par M.Rootges

– un bataillon Heudeside commandé par le même nom

– un bataillon par M. Walpool

  • un bataillon par M. William
  • un bataillon par M. de Montaigu

– un bataillon par M. Fletger

Régiments qui étaient déjà à la Nouvelle-Angleterre

– Walbreton

– Dombar

Haquets

– Lasalles

2 bataillons du Royal Américain

1 corps de 1600 coureurs de bois venant de la Nouvelle-Angleterre, non vétus et sans uniforme commandés par Monsieur Quennedy

300 canonniers du Régiment de Pool pour l’artillerie

500 soldats des vaisseaux

Tous ces corps de troupes sont en général estimés au nombre de 11920 hommes

L’amiral Boscawen commande en chef l’expédition et les forces de terre et de mer.

Le général Lawrence , gouverneur de la Nouvelle Ecosse , commande en second pour la terre.

Le colonel Amherst commandant après lui.

Monsieur Jean Onel,( John O Neil) commandant de l’artillerie et le génie avec 7 ingénieurs peu expérimentés suivant le rapport dudit déserteur.

La grosse mer ne leur a pas permis jusqu’ici de débarquer l’artillerie, ils y travaillent mais avec beaucoup de peine et de difficultés.

Ils ont fait un chemin depuis la pointe Plate pour communiquer derrière les hauteurs vers le fond de la Baye jusqu’à l’anse à Gauthier et Lorembec.

Que leur camp occupe depuis la Pointe Plate où il est à la droite , étendait la gauche vers les hauteurs qui conduisent vers le chemin Rouillé.

Que les coureurs de bois de la Nouvelle Angleterre sont campés sur la gauche du grand chemin de Miré au delà de l’habitation du Gras, ayant avec eux six pièces de canon de six.

Que depuis le fond de la baye jusqu’à l’anse à Gauthier et Lorembec ils ont dans cette partie 2000 hommes.

Qu’il cherchent à assurer leur camp par les derrières contre les partis ( partisans) et les sauvages par des redoutes qu’ils ont élevées ., qu’ils ont des blocosses de bois prêtes à assembler où ils auront du canon pour le même objet.

Que sur la montagne en avant de la droite de leur camp sur le Cap au Goéland, ils forment une batterie de 12 mortiers de 13 pouces.

Sur la seconde montagne, ensuite, une batterie de 18 canons de 18 pouces.

sur la troisième montagne en suivant 12 mortiers de 13 pouces

sur la Pointe du Carénage la plus avancées dans la rade, une batterie de 16 canons de 18 qui ont été débarqué à l’anse à Gauthier.

Il prétend que le projet du général est de tenter l’entrée de la rade en battant le fort de l’Islot, et les vaisseaux du Roy battus par les vaisseaux et le Carénage qu’alors toutes les batteries en état, il sera fait un signal pour tirer en attaque ensembles.

Il dit qu’ils ont apporté 14000 fascines et gabions, qu’ils ont 48 chariots avec des boeufs pour le service de l’artillerie.

Qu’ils ont plus de 3000 malades et que leurs hôpitaux sont établis derrière la Pointe Plate.

Il dit que les régiments venus d’Europe sont arrivés le 25 avril à Halifax que la flotte pour venir à Louisbourg est partie de ce dernier lieu le 22 may

Qu’en outre des vaisseaux de guerre de cette flotte, il y avait 180 voiles, qui le tout n’a pu être rassemblé que du 31 mai au 2 juin, qu’il n’est resté à Halifax qu’un vaisseau de 300 hommes.

Que le jour de la descente, ils ont perdu par le feu ou par les berges submergées 748 hommes

Que le canon qui a été tiré de l’Islot vers la Lanterne a tué et blessé 60 à 70 hommes.

Que l’amiral Ock ( Hawks) est arrivé avant hier de la Méditerranée avec 5 vaisseaux dont les équipages sont presque tous sur les cadres.

Il prétend qu’un sergent déserteur du Régiment du Royal Etrangers qui nous a déserter le 10 de ce mois a empêché plusieurs déserteurs de se rendre ici, leur ayant dit qu’il y avait beaucoup de malades.

Ce même malheureux a donné dit il connaissance de l’emplacement de nos poudres et des Mines ; mais nous ne présumons pas que cela puisse porter aucun préjudice vu les précautions usitées en pareille circonstance.


Un matelot qui a été fait prisonnier par un des partis d’acadiens que l’on a fait sortir de la Place. Ce matelot rapporte avoir été pris étant à faire du bois dans la baie de Gabarus pour son vaisseau.

Qu’il est parti d’Angleterre en février sur son vaisseau destiné au transport des troupes, qu’ils étaient 32 pareils bâtiments ensemble escortés d’un vaisseau de guerre, d’une frégate et d’un bateau de 20 canons et qu’ils ont été trois mois en mer.

Que les troupes qui sont venues cette année de la Vieille Angleterre ont été transportés par des vaisseaux du Roy.

Qu’il a oui dire que leur flotte actuellement devant Louisbourg était de 25 vaisseaux ou frégates, que ces vaisseaux ont fort peu de monde et beaucoup de malades, que leur transports pouvaient être au nombre de 180 voiles.


A l’entrée de la nuit, les ennemis ont allumés plusieurs feux sur la côte et sur les montagnes voisines et au Nord Ouest du Port et de la Ville et fait des signaux de fusées, et peu de temps après, ils ont commencé à bombarder les vaisseaux de la rade et ont tiré environ 120 bombes, dont une a tombé à bord du  » Prudent « , y a blessé quelques matelots et plusieurs autres, ont crevé en l’air, au dessus leurs matures. Le Chevalier de Courcerac a eu à ses cotés deux officiers et un garde-marine tués par un boulet de 12

bullet du 20 juin Depuis le point du jour jusqu’à 11 heures , l’ennemi a tiré quelques bombes qui n’ont fait aucun effet, la pluie est survenue et a continué jusqu’au soir qu’ils ont recommencé à bombarder les vaisseaux et l’Islot. Mais comme nos vaisseaux se sont rapprochés de la ville, beaucoup de bombes n’ont pu y parvenir, nous jugeons que dans le nombre de 10 à 12 mortiers qu’ils ont déplacés, ils n’en n’ont que deux de 12 pouces , dont 6 sont parvenus à savoir deux à bord du  » Prudent  » , deux sur  » L’Entreprenant  » , et deux sur le  » bienfaisant  » où elles n’ont tués personne, ils en ont dirigé le plus grand nombre sur l’Isle de l’Entrée où il en est tombé au moins 60 depuis hier sans qu’il y ait eu que trois soldats de blessés légèrement.

Notes M.G. Ce fût le 20 du juin, dans la nuit, que la batterie du fond de la baie commença à tirer sur eux( les vaisseaux français), elle fût secondée par deux batteries de mortierrs, l’une de sept, l’autre de cinq, si bien serrées que les bombes partaient quasi toutes ensembles, le feu d’artifice ne plût pas à nos marins, le premier coup de canon leur avait tué, au bord du  » Célébre  » trois officiers qui s’attendaient pas à rien moins, quelques éclats de bombes crevés en l’air, leur avaient bléssés deux matelots, d’ailleurs leurs vaisseaux étaient chargés de poudre, une bombe pouvait y mettre le feu et eux faire le saut périlleus, envie qu’ils n’avaient pas . Aussi se hatérent ils de se tirer du piège, de cette même nuit , ils se firen hâter enfoncés dans le port. C’est delà, on n’attaque pas impunément nos marins, que le lendemains ils firent un feu d’enfer deux jours durant sur la batterie du fond de la baie et sur celle du fanal.

bullet du 21 juin A 11 heures, nous avons eu connaissance d’un travail qu’ils font au dessus du ruisseau de Sous le Bien où à peine le boulet de 24 peut porter à toute volée, il y parait environ 30 hommes à lever la terre. Je pense que c’est pour du canon car il n’y parait que des embrasures.

L’on a peu tiré de bombes cette nuit en rade ; mais d’une 80 aine qu’ils ont dirigé sur l’Islot, il y en est tombé trois sur la plate-forme.

bullet du 22 juin Le vent du Sud-sud-Ouest a été assez fort, toute la journée avec la brume et lames fort agitée, ce qui ne retardera nécessairement le travail et les opérations de l’ennemi. Il a été proposé de couler dans la passe de l’entrée du Port  » L’Apollon « ,  » La Fidèle « ,  » La Chèvre « , et un navire malouin, ce que je compte pouvoir être fait demain à l’entrée de la nuit. Mr Des Gouttes a donné ordre à  » L’Entreprenant  » et au  » Célèbre  » d’appareiller ce soir à 9 heures.
bullet du 23 juin La nuit a été fort brumeuse et le temps calme, ce qui a empêché les vaisseaux de sortir ; nos volontaires m’ont eu aucune connaissance que les ennemis ayant rapprochés leurs travaux de la partie de l’ouest.

A une heure après midi, est arrivé Monsieur de l’Ery, parti de Québec le 8 mai avec Mr de Boishebert et l’a laissé à Miramichi y rassembler son détachement pour se rendre ici. Il le compte aujourd’hui au Port Toulouse, son détachement doit consister en soldats de la colonie, en acadiens et en sauvages Micmacs. Je renverrai demain les deux acadiens qui ont conduit ici Mr d’Ery avec des lettres pour Messieurs de Boishebert et Villejoint , notre embarras sera pour les vivres, ceux du premier dépôt de chez Pierres ayant été dévastés et pillés le jour du débarquement et les suivants et ceux de chez La Borde ont un fripon d’administrateur qui en a de son chef gratifié des familles dans la Rivière de Miré et distribués sans ordres, de façon que Mr de Villejoint a dit à Mr d’Ery qu’il n’y en restait plus que pour peu de jours.

bullet du 24 juin La nuit a été brumeuse et pluvieuse au point que l’ennemi n’a rien tiré ce matin, l’on a eu parfaite connaissance d’une batterie que l’ennemi a formée depuis le pied de la Lanterne jusqu’au bord de la mer où il parait 10 à 12 embrasures et point encore de canons.

Sur les 10 heures ce matin l’on m’a amené le tambour-major du camp anglais avec une lettre dont copie va être ci jointe, et deux ananas pour Madame de Drucourt , elle s’est contentée de donner deux louis au porteur ; mais point de panier de vin au Général , qui je crois ferait volontiers le change de ma cave pour des ananas.

copie de la lettre du commandant anglais écrite du camp de la pointe Plate le 24 juin 1758:

 » Monsieur,

Il y a quelques temps que j’ai cru de faire savoir à votre excellence les noms des officiers qui se trouvent parmi nos blessés prisonniers.

J’ai l’honneur à présent d’envoyer à votre excellence avec ces lignes des lettres de ces Messieurs par lesquelles vous serez informés de l’état et leur santé.

Il y a aussi une lettre pour Mr Meyrac que l’amiral Boscawen m’a chargé d’envoyer par la première occasion et de faire ses compliments à votre excellence : cette lettre, je crois s’est trouvée sur la frégate  » l’Echo « 

j’ai l’honneur d’être signé Amherst « 

Réponse à la lettre ci dessus

 » Monsieur

Je reçois en ce moment la lettre que votre excellence m’a l’honneur de m’écrire, elle m’a fait d’autant plus de plaisir , qu’elle m’a appris l’état de la santé des officiers dont j’étais inquiet, ils m’ont confirmé ce dont je ne voulais pas en ce qui concerne les attentions et politesses que votre excellence a eu pour eux, ils ne sont pas moins reconnaissants de celle de son excellence l’amiral Boscawen. Je vous prie aussi de lui faire passer mes très humbles remerciements de l’honneur de son souvenir auquel je suis très sensible.

Madame de Drucourt vous prie d’agréer les sentiments de reconnaissance de votre obligeante attention, elle désirerait avoir quelque chose qui eu pu vous faire plaisir, elle se flatte que vous l’accepteriez de même qu’elle reçoit les fruits rares.

J’ai l’honneur d’être signé le chevalier de Drucourt

J’ai l’honneur de vous prévenir que j’enverrais demain à bord d’un des premiers vaisseaux par une chaloupe, le linge et autres effets que les officiers blessés et prisonniers demandent.

Copie de ma lettre écrite à Mr de Boishebert le 24 juin 1758 à trois heures après midi

 » Monsieur de l’Ery m’a appris avec plaisir , Monsieur, votre départ de Miramichy, il est inutile de vous marquer ici les regrets que j’ai, que vous n’ayez pu partir que le 8 may de Québec, dés ce temps nous attendions l’ennemi.

Si vous avez reçu mes précédentes par différentes voies de courriers qui retournaient à l’Isle St Jean en bâtiments et à la Riviére-St Jean, vous aurez pu voir les arrangements que j’avais pris, et par un dépôt de vivres chez Mr de Villejoint qui vous eu conduit au Port Toulouse, et par d’autres chez Pierres à deux lieues d’ici et chez LA borde à la Riviére-de-Miré. Mais les circonstances ont rendu nulles ces précautions.

Premièrement, vous n’avez pas passé par l’Isle St Jean ;

Secondement, le jour de la descente des anglais, le 8 du présent et les suivants, les Sauvages et autres ont dévasté et pillé ledit dépôt, et celui qui avait été préposé chez La Borde pour l’administration s’est conduit de façon qu’aujourd’hui il n’y a pas pour 4 jours de vivres ; aussitôt l’arrivée de Monsieur de l’Ery les ordres ont été donnés pour que deux goélettes risquassent le passage à la Riviére-de-Miré , ce qui devait être fait, mais ils n’ont pu partir cette nuit, voilà les vents contraires et je doute de la réussite.

Si donc, Monsieur, si vous parvenez chez Mr de Villejoint et que vous n’y trouviez pas les ressources en vivres et en munitions telles que vous devez les avoir . Le seul parti à prendre est à la faveur de vos deux conducteurs que Villejoint fils vous indiquera de forcer le passage (depuis la frontière des bois entre le chemin de Miré et la maison de Rodrigue) jusqu’au bord de la mer vers chez Martissans et Dolobaratz, et là vous ferez les signaux de trois coups de fusils avec vos serviettes ou mouchoirs blancs au bout de bâtons, il me parait que ce trajet ne peut se faire pour plus de sûreté qu’en se trouvant à une heure après minuit sur la lisière des bois et tout de suite profiter du reste de la nuit pour se rendre sur le bord de la mer. je dis que dans ce trajet d’environ une lieue et demie, si les avant-gardes en patrouilles des camps qui sont situés ver l’ habitation de Bonnaventure et du Gras, et celles des batteries ou redoutes que nous connaissons au delà de la Rivière- sous le-Bien, ayant connaissance de votre troupe, leur premier mouvement est le seul qu’ils aient à faire, est de crier alerte, non pas pour venir en force vous reconnaître et attaquer. Mais au contraire pour que un chacun soit sous les armes et se préserver soi -même . je pense donc qu’il est inévitable à un corps d’environ 400 hommes de se rendre au lieu indiqué et quand au jour, nous en aurions connaissance, il nous serait facile à faire sortie jusqu’au Pont du Saint Esprit. un détachement assez fort pour vous faciliter l’Entrée sans être obligé de venir en chaloupe, point à ce que, une fois sur le bord de la mer, le feu du canon des vaisseaux vous protège. Les volontaires que nous avons chaque nuit dehors n’ont jusqu’à présent rien aperçu qui puisse s’y opposer , il résulterait de votre entrée ici, Monsieur, que la Place même, nous vous donnerions les connaissances du local pour faire vos dispositions et tomber à l’improviste sur tel ou tel poste qui sont de votre connaissance, situés à savoir une redoute entre la Pointe Blanche et la Pointe Plate vers le Cap au Goéland, ensuite leur camp situé en deçà du ruisseau de la pointe Plate et revenant sur les hauteurs qui gagnent l ’habitation du Gras près le chemin de Miré sont deux autres redoutes, les unes et les autres à environ 1000 toises de la ville entre chez Le Gras et l’ habitation de Mr de Bonnaventure et un autre camp que nous savons occupé par les Coureurs de Bois au nombre de 1600 et continuant la chaîne à gagner les habitations de Mr de Raymond et de Morain. Ils traversent ordinairement la plaine n’approchant pas la lisière des bois et leur premier poste paris au delà du Ruisseau Sous le Bien, là où ils ont fait une batterie de 6 à 8 canons et se sont précautionnés dans le même goût en revenant à la Lanterne, ayant fait des redoutes et batteries dans ces parties là.

Au rapport d’un déserteur, ils ne peuvent pas être plus de 1000 à 1100 hommes y compris les malades en assez grand nombre de façon que ces forces occupent depuis le Cap au Goéland jusqu’à la Lanterne, la division doit en être grande et l’accès facile par un je l’indique, qui est je crois le même que celui des acadiens qui ont conduit Mr de l’Ery, au reste l’on peut se fier à eux, car ils me paraissent pratiques.

Vous aurez pu voir par ma dernière que je désirais faire le présent aux sauvages et armer ceux qui le seront pas , comme plusieurs des nôtres que j’ai su avoir quitter leurs fusils pour emporter plus de vivres.

Vous savez que nous étions convenus dès l’année dernière que vous m’amèneriez celle ci, les Canibas amalecites, je m’en suis expliqué de même et des raisons pourquoi avec Monsieur de Vaudreuil, qui m’a approuvé, vous pouvez même vous rappeler, que vous me dite l’année dernière, que si vous aviez été prévenu, vous auriez eu 300 acadiens , que vous ne manqueriez pas de prendre celle ci, mais je vois que le nombre en est beaucoup au dessous. Souvent il se présente des sujets dans un temps qui refusent dans un autre, mais il n’est pas douteux que si les hasards avaient pu vous faire arriver au commencement de juin avec une cinquantaine de soldats, trois cent acadiens et canadiens et soixante ou quatre vingt sauvages de Miramichi , l’Isle St Jean et les nôtres que nous avions ici au nombre de quarante ou cinquante, ils ne se pas établis tranquillement, et même eussent remplis de certains vides dont vous pouvez avoir connaissance au delà de l’anse au Sable, car l’année dernière votre détachement y était et ou il n’y avait personne et là même où ils ont fait leur débarquement après avoir tenté celui de la Cormorandiére.

Je vous envoie, Monsieur, la Croix de Saint Louis que le ministre m’a adressé pour vous, portée là en attendant le moment d’être reçu, cela ne peut faire qu’un bon effet, ceux qui vous suivent doivent être bien aise des grâces que le Roy vous accorde et leur donner de l’émulation.

Je suis très sincèrement votre très humble et très obéissant serviteur

signé le chevalier de Drucourt « 

bullet du 25 juin La nuit a été belle et tranquille, mais avant le lever du soleil, la nouvelle batterie située près de la Lanterne a canonné l’Isle pendant tout le jour. Nous avons tiré de la Pointe à Rochefort et des vaisseaux qui, quoiqu’éloignés ont cependant assez bien réussi et ont diminué le feu de l’ennemi. Il est venu quelques uns de ces boulets jusqu’à la Porte de Maurepas et même en ville qui sont de 24 livres, il nous a paru qu’ils n’ont plus qu’un mortier avec lequel ils tiré tout le jour et avec succès sur l’Isle où quelques bombes ont tombé sur les magasins, plates-formes où nous avons eu 5 à 6 hommes blessés et point de tués , les merlons des trois embrasures exposés au feu du canon de l’ennemi ont été détruites , Mr de Poely s’est transporté ce soir avec fascines, sacs à terre et gazon pour les réparer cette nuit. Mais sur la réflexion que m’a fait faire Mr Vallée et l’ayant communiqué à Monsieur de la Houillère, nous avons jugé que trois canons ne pouvaient éteindre le feu de cette batterie et qu’ils nous seraient plus nuisibles qu’utiles, en ce que attirant tout le feu des ennemis sur cette partie de l’Isle déjà forte défectueuse et mauvaise d’elle même , ne tarderait pas à être ouverte, observant encore que dans le cas même que l’ennemi entra, chacun de ces canons ne pourrait tirer qu’un coup vu leur situation , et que d’ailleurs un vaisseau a bientôt dépassé l’embrasure , ainsi au lieu de réparer les merlons , ont les a masqués.
bullet du 26 juin La nuit a été assez tranquille, à l’exception de l’Isle ou l’on a tiré 8 bombes, quelques unes y sont tombés, hier, le mortier de fonte fut démonté et cassé par un boulet qui donna dedans et y fis crever la bombe. Je suis d’avis de ne pas le remplacer étant plus utile ici que là. J’en ai fait placer sur les remparts, des bastions de la Reine, du Roy et Dauphin, l’on a peu tiré de bombes le restant de la nuit, l’ennemi s’est occupé a réparé le dégât que nous lui avons fait.
bullet du 27 juin Dés 4 heures ce matin, les ennemis ont recommencé à canonner l’Isle, nos volontaires ont eu connaissance du projets des travaux de l’ennemi qui pratiquent un chemin de communication à la hauteur qu’ils ont toujours occupés, ce quoique de la Place, nous ne voyons pas exactement leur position, nous tirons cependant quelques bombes et boulets dans la direction que nos volontaires nous ont indiqués , s’étant aperçus que chaque coup de l’un vu de l’autre obligeait les ennemis à abandonner leur poste pour se cacher ou se retirer . Les vaisseaux ont aussi tirés plusieurs coups sur un gros de travailleurs qu’on aperçoit depuis hier sur les hauteurs qui sont entre le chemin de Miré et leur ancienne blockhaus, ce qui ne fait que les retarder pendant le jour. Mais les nuits étant belles, ils s’en dédommagent jusqu’à ce jour leurs travaux les plus avancés ne sont guère que jusqu’à 900 toises.

Sur les 10 heures du soir ils ont recommencé à tirer quelques bombes en les dirigeant vers nos vaisseaux.

bullet du 28 juin : L’on n’a tiré cette nuit que 6 bombes et dés le jour la batterie de la Lanterne a recommencé à canonner l’Isle, Monsieur de Couagne y a fait travailler toute la nuit, mais la partie entière qui comprend les trois à 4 embrasures tournantes qui regardent le fanal sont dès le fondement en sorte que la seule réparation présente est de former un épaulement. sur la plate-forme pour mettre cet endroit à l’abri d’être écroulé en entier et y former une brèche aussi considérable.

Les bâtiments destinés a être coulés bas dans la passe étaient hier à 10 heures au moment de s’y rendre, mais chaque pratique ne se trouvant pas encore assez arrangés, ont remis cette opération à ce soir qui a été exécutée à trois heures ce matin, mais voyant que  » la Fidèle  » n’était pas assez en ligne de  » l’Apollon  » en temps en dedans de la rade. Nous avons jugé en devoir couler un autre et ordonné en conséquence qu’il fut lesté et prêt pour ce soir.

(notes M.G.) l’Ilôt ne pouvait plus s’opposer à l’ennemi ; ses défenses étaient rasées, tout le port ruiné, à peine dans les débris avait on pu réussir à faire une allouve pour les trois piquets que nous y avions. Quel parti prendre…On ne vit plus c’était de combler la passe, on s’y décida.  » L’Apollon « , vaisseau de cinquante canons qui servait d’hoptial dans le port fût choisi, la frégate  » La Lys « , deux navires marchands et une goelette  » L’Echo « , on fît à ces bâtiments des nouveaux sabords …Il savent si mal coulet qu’on fût obligé deux jours aprés d’y en ajouter deux autres qui n’embouchérent qu’imparfaitement la passe. Cette opération fit cependant le bon effet qu’elle fît abandonner à l’ennemi le dessein qu’il avait d’attaquer par le port, et le forca d’en venir à une tranchée…Jusqu’alors ils n’avaient pas encore assez ouvert de boyaux. A gauche, étaient les marais d’espaces en espaces, à droite, la frégate les chagrinait….C’était cependant le seul endroit où ils pouvaient approcher….Ce fût le 28 juin que les deux batteries furent démasquées.Tous leurs coups portaient….nos vaisseaux ripostient et faisaient un feu d’enfer, mais si mal ajusté qu’il leur fût impossible de faire taire un seul instant les batteries de l’ennemi.

bullet du 29 juin : L’on a tiré que 4 bombes cette nuit sur les vaisseaux et depuis beaucoup moins de canon sur l’Isle. Nos volontaires ont eu connaissance des travaux que l’ennemi a avancé en arrière de la colline qu’ils occupaient avant hier. L’on en voit le commencement de la capitale du Bastion de la Reine . Nous allons y établir deux pièces de canon de 24 . Nous tirons du bastion du Roy , de la courtine du Bastion Dauphin et de la frégate  » l’Aréthuse  » et quelques bombes du bastion de la Reine pour interrompre et retarder leurs ouvrages et nous avons eu connaissance par nos volontaires qui sont dehors , que plusieurs de nos coups les dérangent beaucoup. Environ les sept heures du soir , il est tombé une bombe à bord du  » Capricieux  » qui a traversé le blindage, rompu un ban et tombé dans la cale où il a éclaté et y a tué un mousse et blessés deux matelots . L’on a peu tiré de bombes pendant la nuit. Les ennemis n’ont pas avancé leurs travaux en deçà de la petite hauteur …………où nous avons connaissance qu’ils travaillaient depuis deux jours .
bullet du 30 juin A 5 heures ce matin,; il nous est venu un déserteur anglais du régiment (inconnu) qui a peu prés nous a fait les mêmes dépositions que les deux précédents. Tous se rapportent à dire qu’il a 14 régiments, qui complets forment 14000 hommes mais qu’ils ne le sont pas. Ainsi l’on peut compter les combattants au nombre de 12 à 13 000 hommes, ils doivent faire l’attaque générale quand toutes leurs batteries de canons et mortiers seront en état , les vaisseaux par le Port et les troupes à l’Escalade avec des échelles . La batterie de la Lanterne a moins tiré que les jours précédents , la batterie de la Pointe de Rochefort, les dérangent et inquiètent beaucoup; nous avons continué à tirer des bastions du Roy du Dauphin ainsi que la frégate sur les travailleurs qui sont à la petite hauteur dont je viens de parler . Nous avons connaissance que notre feu ralentis et inquiète beaucoup les travailleurs ennemis.

La division de l’escadre du pavillon de St George qui soit mouillé par le travers du Cap Noir appareille hier vers les cinq heures du soir et fit route pour la partie de l’Est , nous ne l’avons pas en vue aujourd’hui.

du 1 juillet Nos volontaires ont eu connaissance pendant la nuit, que l’ennemi travaillait beaucoup en deçà de la hauteur qu’ils occupaient depuis quelques jours. La frégate les a beaucoup canonnés dans la direction de leurs travaux, et vers les 6 heures ce matin, nous avons fait sur les deux piquets soutenus de deux compagnies de Volontaires pour enlever des bois qui étaient au fond du Barachoua du coté du pont du Saint Esprit . L’ennemi s’en était aperçu y a fait de filer des troupes des hauteurs du coté de chez Le Gras et se sont fusillés l’espace d’environ une heure et demie assez a portée du canon des bastions du Roy et Dauphin, qui ont fait feu sur eux , nous avons jugé et avec apparence de vérité qu’on leurs a tués deux officiers et plusieurs soldats . Nous en avons eu 5 à 6 blessés légèrement excepté un au genou..

Après midi, des pareilles escarmouches s’est faites du coté de la pointe Blanche ou nous avions envoyé deux piquets, enlever les fascines et chevaux de frise qui étaient dans cette partie , l’ennemi y a fait défiler de la redoute du Cap Goéland 3 à 400 hommes qui ont obligé les nôtres à se retirer après s’être fusillés environ une heure. Nous ne pouvons reprocher à nos troupes qu’une trop grande ardeur, l’officier a même de la peine a les contenir et empêcher de trop s’engager. L’on a peu tiré de la Batterie de la Lanterne , il en est cependant venu quelques boulets de 22 et de 32 en ville.

bullet du 2 juillet La frégate a tiré fréquemment pendant la nuit sur les endroits indiqués par nos volontaires pour ralentir l’approche et les travaux de l’ennemi.

A 5 heures ce matin, il nous est venu deux déserteurs des ennemis, dont un conduit par deux acadiens de Monsieur de Villejoint , leurs rapports sont a peu près les mêmes que ceux des précédents , tous s’accordent à dire que l’attaque doit être générale par terre et par mer ; mais que cependant depuis qu’ils se sont aperçus de nos vaisseaux coulés dans la passe, le général de mer avait du dire qu’il ne lui était plus possible d’entrer ; mais que celui de terre insistait toujours ; et que la premier avait ajouté qu’il risquerait bien un vaisseau. Ces déserteurs disent aussi que la maladie des vaisseaux commençait à gagner les gens de terre.

Nos volontaires ont été plus repoussés et resserrés vers la Place qu’ils ne l’avaient été ci devant et particulièrement du coté et le long de la cote de la mer gagnant la Pointe Blanche où ils filent de leurs redoutes du Cap au Goéland. Nous avons établis une batterie de trois canons sur la face droite du bastion de la Reine pour battre et enfiler cette partie le long de la cote. Nous venons voir ce soir de commencer à faire usage de cette batterie et nous pratiquons des plates-formes le long de la même face ainsi qu’à celle de la gauche du même bastion , qui auront leur direction sur la cote du Cap Noir à la Pointe Blanche, et pendant la nuit nous avons tirés sur les endroits indiqués par nos volontaires et suivant le bruit que nous entendions des travailleurs ennemis

du 3 juillet Au jour , nous avons eu connaissance des travaux avancés que les ennemis ont fait pendant la nuit, dont vu par le travers de la Pointe Blanche et les autres au dessus de la droite et de la gauche du Pont Saint Esprit où nous avons tiré canons et bombes pour détruire et ralentir leurs ouvrages et il n’y parait pas encore d’embrasures.

A 7 heures ce soir, ils on tiré du canon de la batterie qui est au dessus de la Vieille Intendance sur les vaisseaux de la Rade, dont 4 boulets ont donné à bord du  » Prudent « .. Il est venu un officier de ce vaisseau chez moi où était Monsieur le Marquis Desgouttes lui dire que cette batterie , l’on tirait à boulets rouges et qu’il y en avait eu un qui avait mis le feu à bord . Sur quoi, Mr Desgouttes m’exposait sa situation, m’a demandé mon consentement pour laisser ses vaisseaux à la garde , seulement d’une cinquantaine de personnes et rentrer en ville avec ses équipages. Sur lequel exposé de boulets rouges et de bombardements , je lui ait donné par écrit que j’adhérais à tout ce qu’il jugerait convenable de faire.

L’on a jusqu’à 10 heures ce soir trié plusieurs bombes entr’autres 17 à 18 fois d’une batterie située au dessus et à la droite du Ruisseau du Saint Esprit ; mais elles ne nous ont pas parut grosses.

(notes M.G.) cette même nuit, le bombardement recommença, ils avaient approchés et augmenter le nombre de leurs mortiers. Les bombes partaient par vingt quatre à la fois dirigées sur la ville et sur le port. Deux tombérent sur la frégate, y mirent par deux fois le feu mais ilfût bientôt éteint,. Aucune bombe n’atteignit nos vaisseaux, ils avaient eu la précaution de se blinder, mais ils ne s’y fiaient pas…Ils prirent le parti de débarquer leurs équipages, il ne resta sur chaque bord que soixante hommes pour servir le canon et deux officiers qui se relevaient tous les vingt quatre heures, le reste entra dans la place.

bullet du 4 juillet La nuit a été brumeuse et assez tranquille de la part de l’ennemi car nous avons tiré 3 et 4 coups par heure des bastions du Roy et de la Reine sur les parties du fond du Barachoua et de la Pointe Blanche . La brume a continué jusqu’à 10 et 11 heures qu’il s’est formé quelques éclaircies à la faveur desquelles nous avons eu connaissance de quelques augmentations de travaux et vu traîner artillerie ou munitions. Chaque éclaircie nous a engagé à tirer canons et bombes sur ces travaux afin de les interrompre, et nous avons même lieu d’être très content de l’effet de nos coups, ainsi que de l’adresse et de l’autorité de nos canonniers. Tous nos militaires ont fait cas et conviennent qu’ils composent une troupe de distinction, c’est un louange qui leurs est dû ainsi qu’aux officiers des compagnies.

Mr le chevalier de Courcerac est venu ce matin à 8 heures à terre avec 70 à 80 hommes de son vaisseau. Je lui ai fait occuper ainsi qu’au chevalier de Tourville qui est venu l’après midi, les batteries des bastions Princesse, Maurepas, et Roussillon et j’en ai retiré ceux qui étaient ci devant pour renforcer celles des Bastions du Roy et de la Reine.

A 7 heures, ce soir, il a été délibéré sur un projet de sortie que Mr Dauthonnay nous a proposé. Il devait donner sur la partie du coté du Pont du St Esprit, le détachement était composé de 800 hommes compris les cinq compagnies de volontaires, une de grenadiers et le reste en piquets. Tous les préparatifs pour cette expédition ont été décidés à Minuit. L’on a assemblé les troupes qui ont défilé entre une et deux heures mais trop tard, en apparence, puisque vers la digue et les hauteurs qui l’avoisine, notre troupe en a trouvé vue de l’ennemi qui l’a aperçue assez en temps pour être rangée et disposée en bataille et en nombre de beaucoup supérieur en apparence à la nôtre , ce qui a déterminé Mr Dauthonnay de rentrer. joint à ce qu’il avait manqué l’ havre du gué qui conduit à la Pointe du Banc de Grave par où l’on va chez Martissans qui était la ….atte qu’il comptait prendre pour attaquer les ennemis par leur gauche.

du 5 juillet Le temps a été brumeux et pluvieux jusqu’à midi, que nous avons découvert les travaux de l’ennemi sur lesquels nous avons beaucoup canonner.

A 9 heures ce matin Mr de Tourville est venu me demander à retourner à bord, l’officier qui y était de garde lui ayant fait dire qu’il découvrait une batterie à la droite à la croisée des chemins de Miré sur la quelle il pouvait tirer. Je lui ai témoigné qu’il ne pouvait mieux faire et depuis midi, les bastions du Roy et Dauphin. La frégate  » la Capricieuse  » ainsi que les autres vaisseaux qui pouvaient voir ces endroits là y ont tiré continuellement jusqu’au soir, ainsi que du bastion de la Reine sur les travaux de la Pointe Blanche.

Nos volontaires n’ont pas eu connaissance que les travaux des ennemis ayant plus avancé cette nuit jusqu’à présent, ils sont établis de façon à ne pouvoir décider quel sera le coté de l’attaque . Ils paraissent quant à présent les avait dirigés de façon à n’être pas surpris et attaqués du revers ayant sur toutes les éminences des épaulements et boyaux qui se communiquent des uns aux autres.

bullet du 6 juillet Mr le Marquis Des gouttes a descendu à terre avec la majeure partie de son équipage. Je vais le destiné au service de la batterie de la pièce de la Grave quant aux soldats , ils voient augmenter le nombre de ceux que Mr Datehou commande et feront le service de la Place comme les nôtres.

Nous avons comme hier canonné sur les travaux des ennemis, ceux de la partie du Pont du ST Esprit sont les plus avancés, ils ont tiré du canon et des bombes assez successivement et en eut beaucoup incommodé la frégate ‘Aréthuse « , qui ce soir m’a envoyé demander à se rapprocher de la ville, ne pouvant plus tenir à ce feu des bombes. La nuit a été brumeuse, les ennemis ont jeté quelques bombes sur la ville, dont une a tomber sur l’Hopital du Roy, y a blessé deux religieux et tué le chirurgien major des Volontaires Etrangers.

bullet du 7 juillet Nous avons pas eu connaissance de nouveaux travaux dans la partie du Barachoua ; mais nous nous nous sommes aperçus que l’ennemi s’est approché du coté de la Pointe Blanche et qu’il y occupe le premier retranchement que nous y avions fait pour mettre les deux canons de six pour défendre la descente.

Nous avons peu tiré sur leurs retranchements, ayant envoyé un tambour et écrit aux généraux de terre et de mer pour savoir s’ils accepteraient de placer un hôpital de façon à ne pas tirer dessus. Ils m’ont répondu que je serais le maître de le placer, soit à l’Isle de l’Entrée, soit dans un vaisseau , en observant qu’ils seraient les maîtres d’y envoyer un officier en avoir soin , ce projet est venu de Mr Desgouttes auquel on avait dit qu’on en avait usé de même à Mahon, mais je ne crois pas devoir accepter cette offre.

Copie de ma lettre écrite d’hier à l’amiral Hardy, ci présent mouillé devant le port de Louisbourg

 » Monsieur,

J’ai eu l’honneur de prévenir le général Amherst, ainsi que je le fais à l’amiral Boscawen par la lettre ci jointe, que j’adresserai à un des premiers vaisseaux de son escadre, quelques effets pour les officiers blessés et prisonniers qu’il a à son bord, ainsi qu’un sac d’argent pour Mr de Langlade, capitaine de grenadiers du Bataillon de Bourgogne . Vous me ferez plaisir, Monsieur , et vous rendrez service à ces messieurs de faire passer à cet amiral les effets que l’officier de la Marine qui commande le canot vous remettra.

Je vous prie d’accepter le peu de salade de rave que j’ai l’honneur de vous envoyer, très mortifié que le Pays n’en fournisse pas de plus avancée. Je serais très flatté en toute occasion de vous donner des marques de la parfaite considération avec laquelle j’ai l’honneur d’être.

signé le chevalier de Drucourt  »

Réponse à la lettre ci dessus du 6 juillet 1758

 » Monsieur,

J’ai reçu l’honneur de votre lettre, et je prendrais tous les soins imaginable des effets de ces messieurs de qui j’ai le plaisir de vous informer étaient beaucoup mieux il y a quelques jours.

Je suis fort sensibles aux politesses de Madame Drucourt et je suis fort fâché de n’avoir rien à lui offrir que mes services.

J’ai l’honneur d’être avec respect, Monsieur,

signé Ch. Hardy « 

Copie de ma lettre écrite ce 7 juillet à l’amiral Boscawen

 » Monsieur,

Lors du siége de Mahon, Mr de Blaheney ayant informé Monsieur le Maréchal de Richelieu de l’emplacement de hôpital sur la représentation qui lui en fût faite à ce sujet, il ordonna d’en écarter le feu des batteries et des bombes; le bâtiment fut marqué en conséquence et conservé par égard pour l’humanité et pour les malades. j’ai l’honneur de rappeler cet exemple à votre excellence et la prier de vouloir bien en user comme il a été pratiqué à Minorque, entre nos généraux. Dès que votre excellence n’aura honoré de sa réponse , je ferais arborer dé……………..deux pavillons de chaque nation pour en marquer l’enceinte distinctement.

J’ai l’honneur d’être signé le chevalier de Drucourt  »

Copie de ma lettre au général Amherst , pareille à celle ci dessus où est de plus ce qui suit :

 » Monsieur,

Par l’assurance qui m’a été donnée que son excellence Monsieur l’amiral Boscawen était chargée du commandement en chef des troupes de terre et de mer, j’ai lieu d’espérer que votre excellence voudra bien lui faire passer ces mêmes représentations et les approuver à son passage.

signé le chevalier de Drucourt « 

Réponse de l’amiral Boscawen du 7 juillet 1758

 » Monsieur,

Son excellence général Amherst m’a envoyé votre lettre ce matin. Il vous remettra ce que les officiers de cette armée qui étaient à Mahon quand le Fort St Philippe a été assiégé par le Maréchal de Richelieu cave et hôpital. Si votre excellence veut former un hôpital à l’Isle qui est à l’Entrée du port, où mettre les blessés et les malades dans un vaisseau et de le séparer des autres dans le havre, sujet à être visité par un de mes officiers, je leur donnerai tous les assistances qu’ils seraient dans mon pouvoir et je demande permission d’assurer votre excellence que tous les prisonniers qui tomberont entre mes mains seront traités avec toute l’humanité que leur situation demande.

J’ai eu l’honneur de recevoir votre lettre qui m’a été remise par le contre-amiral Charles Hardy, j’ai remis l’argent, les lettres et effets aux messieurs prisonniers actuellement avec moi comme vous l’avez désiré, je suis extrêmement fâché de vous apprendre que Mr Savary, après avoir eu la jambe coupée est mort il y a deux jours.

j’ai l’honneur d’être signé P. Boscawen « 

Réponse du général Amherst dudit jour 7 juillet

Monsieur,

Sur le reçu de la lettre que votre excellence m’a fait l’honneur de m’écrire d’aujourd’hui, je me suis informé de Monsieur le colonel Bastide et des autres officiers qui ont été au siège de Mahon de ce qui s’est passé touchant hôpital. Ils m’ont tous assurés qu’ils ne se souvenaient point qu’aucune représentation à jamais été faite de la part de Mr le général Blaheney ou qu’aucune chose soit passé entre Monsieur le Maréchal de Richelieu et le général Blaheney touchant l’hôpital. Ces messieurs me disent que l’hôpital a été dans une Place détachée nommée Fort Charles et tout à fait à couvert, que les chirurgiens ayant fait rapport que le bruit du canon dans le fort faisait du mal aux blessés, le gouverneur ordonna qu’on cesse de tirer le canon dudit fort.

Les droits d’humanité exigent tout le soin qu’on peu avoir des blessés et malades, et dans les circonstances présentes, je serais charmé de convaincre votre excellence que les troupes de terre du Roy, mon Maître, que j’ai l’honneur de commander en chef, ne céderont point à aucune autre nation dans l’exécution des susdits droits.

Je ne vois pas comment il est possible de mettre les blessés et malades dans l’enceinte de la ville sans être incommodés du feu et des bombes. Si votre excellence trouve bien de les mettre dans l’Isle à l’entrée du Port que l’Isle sera visitée par un de mes officiers et sujet à être visitée pour voir que les ouvrages restent dans l’état qu’ils se trouvent actuellement à présent et qu’on y transportent les malades et les blessés, je suis d’accord, ou si votre excellence, sous les mêmes conditions, aime mieux aime mieux les mettre dans un des vaisseaux à part que ce vaisseau pu s’éloigner des autres, je suis aussi d’accord. Au reste , si son excellence l’amiral Boscawen veut permettre à un vaisseau enfin que les malades et blessés soient plus en sécurité de rester avec la flotte à l’Entrée du Port, pour cette fin, je permettrais volontiers que ce vaisseau sort du Port et je tacherai autant qu’il soit possible que rien ne manquera de mon coté pour le soin des blessés et des malades.

J’ai l’honneur d’être signé Jeffrey Amherst « 

8 juillet L’on a peu tiré cette nuit de part et d’autres, la pluie assez forte ayant commencé à tomber avant minuit jusqu’à 7 heures ce matin. Les travaux des ennemis n’ont pas été approchés de la Place du coté du Pont St esprit , mais bien au delà de la partie de la Pointe Blanche d’où ils paraissent vouloir s’acheminer pour venir par là s’approcher du Cap Noir.

Nos batteries des neuf pièces de canon aux faces du Bastion de la Reine sont finies demain.

Nous avons jugé devoir faire au Cap Noir un ouvrage qui avec 4 pièces de canon de 12 pourrait arrêter l’ennemi et retarder ses approches de cette partie. Messieurs les ingénieurs en ont tracé le plan et nous y mettront des travailleurs tout de suite et pour avoir plus de temps à nous.

Il a été décidé à 9 heures ce soir que nous ferions une sortie.. Monsieur Marin qui étais …………..l’a commandée. Le détachement était de cinq compagnies de volontaires, deux compagnies de grenadiers et 6 piquets, l’ordre donné à minuit, on a pris les armes, et a une heure on a commencé à s’acheminer par la Demie L’une de la Porte de la Reine, le détachement devait marcher sur deux colonnes fort près l’une de l’autre, l’on allait le long de la mer et l’autre longerait le maris, et avant deux heures ils avaient pénétré le premier retranchement , la bayonnette au bout du fusil et ont fort peu tiré. Il a été fait 30 prisonniers, un ingénieur et un lieutenant de grenadiers, nous ignorons le nombre de leurs morts. Nous y avons perdu deux capitaines de nos Volontaires qui sont Messieurs de Garcement et Chauvelin, Monsieur de Jarnage , lieutenant des grenadiers d’Artois blessé et resté prisonnier et dans les troupes.

9 juillet On a peu tiré de part et d’autre, parce que l’on a fait cesser le feu ce matin pour enlever les morts et blessés de part et d’autre, ainsi que le soir pour envoyer les effets des officiers prisonniers . Nous nous occupons à travailler, soit à former des batteries aux faces des bastions qui répondent à leurs travaux, soit à faire des traverses dans le chemin couvert et dans les rues les plus enfilées , à démolir des maisons pour blinder des endroits , à faire reposer la garnison , à faire un retranchement en pierre sèche à la partie du Cap Noir où nous mettront du canon.

10 juillet L’on a tiré pendant la nuit plusieurs bombes qui ont peu blessé de monde ; mais un habitant . Nous leurs avons aussi tiré des trois mortiers du Bastion de la Reine sur leurs travaux de la Pointe Blanche, il ne nous a pas paru que ces travaux ayant avancé, ils ne le pourront non plus faire qu’en repoussant le poste avancé de nos volontaires, il s n’ont encore de canon ni mortier en batterie, que sur la partie du St Esprit et la Croisière du Chemin de Miré d’où ils nous tirent et aux vaisseaux continuellement du canon et beaucoup de bombes ainsi que sur nos vaisseaux .

11 juillet Nos volontaire n’ont point eu connaissance de travaux plus avancés que précédemment de la part des ennemis , mais qu’ils perfectionnent seulement ce qu’ils ont commencé en prolongeant des communications des uns aux autres et conduisent leur artillerie . Nous avons beaucoup tiré du flanc droit du bastion du Roy et du Bastion Dauphin ainsi que nos vaisseaux sur une nouvelle batterie toute en fascines située au dessus et à la droite du ruisseau du Saint Esprit, nous l’avons maltraitée au oint qu’elle a besoin d’une forte réparation qu’ils pourront faire cette nuit.

12 juillet L’on a tiré plusieurs bombes pendant la nuit qui ne nous ont pas causé de dommage. A minuit la pluie a commencé et a continué assez fort jusqu’à 9 heures ce matin, et le jour n’a pas été assez beau ni clair pour beaucoup tirer de part et d’autres, nous n’avons encore rien aperçu de travaux plus proche de la place que ceux de la Pointe Blanche que l’on estime être à environ 300 toises.

13 juillet Les ennemis nous ont tiré pendant la nuit une quarantaine de bombes qui n’ont mis le feu nulle part, n’y tué qu’un nègre, nous leurs en avons aussi envoyé dans leurs travaux et ce matin au jour nous ne nous sommes pas aperçus s’ils les aient approchés plus qu’hier. Nous nous sommes tirés de part et d’autres bombes et boulets.

notre ouvrage du Cap Noir est bien avancé, nous y placerons quatre pièces de canon de 12. Nous avons réparé des embrasures que les bombes avaient détruites et avons continué nos travaux de blindages et traverses.

14 juillet L’on a moins tiré de bombes que la nuit précédente, mais en avons également envoyé dans les retranchements ennemis.

Nos volontaires ne se sont point aperçus que les assiégeants eussent avancés leurs travaux et nous n’en avons pas eu non plus connaissance. Nous nous sommes occupés pendant le jour à canonner et bombarder leurs ouvrages et les endroits les plus apparents de batteries, car il n’en ont encore démasqué aucune, excepté celle des trois canons et de deux mortiers qui est au bas du Chemin de Miré vis à vis chez Martissans.

15 juillet La nuit s’est passée de la part des ennemis sans qu’ils aient tire une seule bombe, ce qui nous a fait juger qu’ils ont changé leur batterie. De notre coté nous avons continué à tirer trois et quatre bombes par heure sur leurs travaux qui nous ont parus les plus susceptibles de batteries. Au jour, le rapport de nos volontaires a été le même que hier et effectivement nous ne nous sommes pas aperçus de travaux plus avancés du corps de la Place que les précédents. Ils ont travaillé à leurs batteries de fascines qui sont au dessus du Pont du St Esprit sur lesquelles nous avons tiré du Bastion du Roy. Nous avons beaucoup avancé nos travaux du Cap Noir et ce soir nous y avons mis deux pièces de canon de 12 en batteries. La situation en est avantageuse pour battre le long de la grave, gagnant les ouvrages de la Pointe Blanche et aussi une batterie qu’ils ont formée sur la haute la plus proche de la dite pointe.

Sur les 9 heures ½ ce soir, la frégate  » l’Aréthuse  » est partie pour France, la batterie du fanal lui a tiré cinq coups de canon et quelques fusée sans doute pour signal.

(C’est la deuxième fois que le hardi capitaine corsaire dieppois Vauquelin, forcait le dispositif ennemi au commande de sa frégate équipé de ces 30 canons. Il arrivera à Bayonne sain et sauf).

16 juillet : Au jour ce matin, nous nous sommes aperçus que les vaisseaux mouillés par le travers du Cap Noir avaient dans la nuit appareillés sans doute sur la connaissance qu’ils avaient eu de la sortie de cette frégate.

L’ennemi n’a tiré cette nuit ni bombes ni canon, au jour ce matin, nous avons aperçus une communication qu’ils ont commencée de leurs ouvrages du bord de la mer de la Pointe Blanche pour gagner la premiere hauteur dont j’ai ci-devant parlé, qui est un passage d’une petite gorge de terrain bas et marécageux qu’ils ont entamé et s’étais sans doute à ce dessein qu’ils avaient fait un amas de fascines dans cette partie.

Sur les trois heures ce matin nous avons aperçu un feu de mousqueterie réitéré dans le fond de la Baye du coté de Marin qui a pu durer environ une heure. C’est sans doute Monsieur de Bois Hebert, je ne tarderais pas d’en avoir des nouvelles leur ayant envoyé Paris cette nuit par la Rivière de Miré.

A sept heures ce soir, le poste de la droite de nos volontaire a été forcé par 6 à 700 hommes des assiégeants qui se sont emparés des hauteurs en deçà de la digue de la Justice et de celles qui sont à gauche de cette dernière et se sont mis jusqu’à la nuit à couvert à la faveur de cette hauteur et ensuite pour ouvrir une tranchée sur laquelle nous avons fait un feu vif presque continuel pendant la nuit et nos canons chargés à mitraille ; et de leur coté ils nous ont canonné et bombardé pour favoriser leurs travailleurs..

17 juillet Aussitot le jour, nous avons aperçu l’ouverture de la tranchée des ennemis prenant depuis la digue, passant par les derrières des hauteurs de Lartigue et de la Justice et venant jusque par le travers de celles de la face droite du bastion du Roy , après midi nous avons parfaitement aperçu un ingénieur traverser avec quelqu’autres officiers une petite branche de marais qui allait reconnaître la petite hauteur qui est précisément vis de la capitale du Bastion du Roy et y à même laissé deux piquets pour alignement que nous avons fort bien distingués. Le jour s’est passé à se canonner et bombarder de part et d’autre, ainsi que la nuit que nous avons fait un grand feu de mousqueterie du Chemin Couvert ainsi que nos canons chargés à mitraille pour interrompre les travailleurs ennemis qui ne nous ont tiré aucunes bombes.

18 juillet Dès le jour, ce matin, nous nous sommes aperçus que les ennemis avaient effectivement pris possession de la hauteur dont je viens de parler et sans doute que la nuit prochaine ils joindront toutes ces petites hauteurs par une communication. Ils paraissent avoir beaucoup perfectionné leurs ouvrages de la Pointe Blanche , sans cependant s’avancer davantage du coté du Cap Noir . Nos volontaires y conservent toujours leurs postes. Jusqu’à présent ils n’y ont tiré que quelques coups de petit canon. La nuit s’est passée sans qu’ils aient tiré de bombes et peu du canon, notre feu de mousqueterie a été aussi moins vif que la précédente, ayant seulement fait distribué 50 fusils de remparts à 10 par piquet depuis la grande place d’Armes jusqu’à la barrière de la Porte Dauphine ; dont plusieurs ont crevé et blessé les soldats, de façon que l’on se s’en servira plus, nous avons tiré à mitraille des bastions du Roy et Dauphin sur les travailleurs ennemis.

19 juillet Ce matin nous n’avons pas eu connaissance qu’ils aient plus avancé leurs travaux. je comptais qu’ils auraient par une communication joint la petite hauteur du Bastion du Roy à celles qui suivent vis à vis du bastion Dauphin, ils ont perfectionné seulement ce qu’ils avaient commencé ; . nous avons continuellement tiré sur ces ouvrages et sur les batteries qu’ils ont établies du coté de Martissanc et du Pont St Esprit d’où ils nous ont vivement canonné hier et particulièrement aujourd’hui. L’Eperon, le Cavalier et le Bastion Dauphin en ont été fort endommagé principalement l’Eperon qui l’est au point que nous allons cette nuit en masquer les embrasures et faire un épaulement sous le Cavalier, à l’extrémité de la Batterie, qui est tellement enfilée, que deux affûts de cette batterie et les deux mortiers qui sont à son extrémité en ont été rompus et mis hors de service.

20 juillet Les ennemis ne nous ont pas tiré de bombes cette nuit et fort peu de canon, nous leur avons comme à l’ordinaire tiré à mitraille ainsi que de notre mousqueterie sur leurs travaux, et au jour nous nous sommes aperçus qu’ils avaient formé une seconde parallèle qui prend entre la Justice et le Four à Chaud se prolongeant pour revenir sur leur droite, cet ouvrage n’est pas encore prolongé jusque par le travers de chez Niquet. Ils ont approfondi et perfectionné leur première parallèle qui s’étend comme je l’ai déjà dit , depuis la petite hauteur qui est vis à vis de la Capitale du Bastion du Roy gagnant de hauteur en hauteur jusqu’à celles qui sont en deçà du jardin de la Rose, nous avons continuellement tiré de part et d’autre , particulièrement du flanc et de la face droite du bastion du Roy et moins du Bastion de la Reine sur les batteries qu’ils ont établies à la Pointe Blanche , nous ne leurs connaissons encore que du canon de petit calibre dans cette dernière partie qui bat sur le Cap Noir d’où nous leurs tirons des deux pièces de 12 que nous y avons établies en tête de retranchement que nous y avons fait qui est palissadé et de façon à soutenir et arrêter pendant quelques temps une troupe qui chercherait à s’en saisir et passer par le bord de la mer pour tourner le dit Cap Noir

21 juillet La nuit s’est passée comme les précédentes à nous tirer de part et d’autre, mais beaucoup plus de la notre , faisant feu de mousqueterie et de canon à mitraille sur les travaux ennemis , il n’y a pas eu de bombes tirée de la nuit, mais bien pendant tout le jour qu’ils en ont continuellement tiré du même endroit , il n’a pas paru de nouvelles batteries, ils ont moins tiré que hier et de celle de la Lanterne.

A deux heures ½ après midi, il est tombé une bombe à bord du  » Célèbre  » qui y a mis le feu, il n’a pas été possible de l’éteindre et a successivement gagné  » l’Entreprenant  » et  » le Capricieux  » de façon qu’à sept heures du soir ils étaient presque consommés, ils ont continué de battre les bastions du Roy et Dauphin, le Cavalier n’a pu tirer par le mauvais état des merlons, quant à sa construction entière, elle est au point d’être écroulée d’un moment à l’autre.

Sur les 9 heures ce soir, nos volontaires nous ont amené un déserteur anglais qui est un officier lieutenant de grenadier du Régiment de Royal Américain.

22 juillet Les ennemis ont peu tiré cette nuit et fort peu avancé leur deuxième parallèle, mais bien augmenté et perfectionné la première, et au jour, ils ont démasqué deux batteries, l’une de 6 et l’autre de 7 canons dans la partie de la Pointe Blanche, ces deux batteries ont leur feu dirigé sur le Bastion de la Reine, ainsi qu’une batterie de 5 mortiers de 12 pouces qui envoie les bombes depuis le Bastion du Roy jusqu’à celui de la Reine, leur feu pendant le jour a été continu et a mesure qu’ils se multiplie le notre diminue. Les trois canons de l’Eperon, le Cavalier du Bastion Dauphin en son entier, quatre canons de la batterie d’en bas, les deux canons de la Courtine , deux du flanc droit du Bastion du Roy, trois de la face droite du Bastion de la Reine, vu de son flanc, les trois de 12 de la batterie à Barbette, toute cette artillerie était ce soir hors d’état de servir , et le malheur de l’incendie arrivé au Corps de Casernes du Bastion du Roy , nous a tellement occupés depuis 9 heures ce matin jusqu’à la nuit, que nous n’avons pu servir le reste des canons qu’imparfaitement. Ce feu a été occasionné par une bombe des ennemis qui a tombé la chambrée des soldats proche de la voûte du clocher de la Chapelle. les soldats se sont occupés à l’évacuer et le feu n’y a paru que lorsqu’il a été assez embrasé ; pour que la droite et la gauche en ayant été attaquées jusqu’à la Batterie du flanc droit que nous avons préservé à force de soin et de monde et jusqu’au pavillon du Gouvernement. Cet événement, celui des vaisseaux arrivé la veille nous amis hors d’état d’effectuer la sortie que nous avions projeté la nuit du 19 au 20 pour l’exécuter celle 20 au 21 ces deux jours de différence en mettent beaucoup dans notre projet, il est même douteux qu’on puisse l’effectuer.

A l’entrée de la nuit, ils ont fait jouer la batterie de 20 petits mortiers dont ils se sont servis pour battre la frégate lorsqu’elle était au fond du Barrachoua , ils ont placé cette batterie dans un fond qui est en arrière de la hauteur de la Justice et en ont tiré jusqu’à 20 bombes à la fois dan le Chemin Couvert et sur le Bastion Dauphin, ils commencent aussi à tirer de leur tranchée dans les embrasures de nos batteries.

23 juillet Ce matin à 4 heures , faisant notre tournée des chemins couverts, nous avons vu et examiné les débris de nos batteries du Bastion Dauphin, de la Courtine du dit bastion à celui du Roy et de toutes les embrasures, ce qui nous donnait du travail pour au moins 200 hommes pendant la nuit prochaine, que nous n’avons pu effectuer , vu l’incendie des Casernes du Quartier Neuf , qui a commencé à 10 heures du soir et qui n’a fini qu’à 5 heures du matin ce qui nous a obligé de nous tenir toute la nuit sous les armes.

24 juillet Ce matin au jour, nous avons eu connaissance de deux nouvelles batteries que les ennemis ont élevées assez près l’une de l’autre un peu plus bas que la hauteur de la Potence et qui battront de fort prés les Bastions du Roy et Dauphin. Ce dernier ne tardera pas à être hors d’état de résister, n’y ayant plus aujourd’hui que deux pièces de canon en état de servir, ces deux batteries ont commencé à tirer après midi. Nous ne pouvons faire que très peu de feu par la triste situation de nos batteries, et cette nuit nous en répareront en partie ce qu’il sera possible y ayant beaucoup de travail et nos soldats étant excédés par les veilles et fatigues, n’ayant plus d’asile pour rendre une heure de repos.

Il est fait référence dans plusieurs ouvrages ( abbé Brasseur de Bourbourg, Remy de Gourmont) au courage de Mme de DRUCOURT qui, durant les journées , partageait les dangers de son époux. Elle parcourait les remparts, encourageant les soldats par ses paroles n’hésitant pas à donner quelques oboles de ses propres deniers aux soldats et tenait elle même à mettre le feu à trois pièces de canon.

25 juillet Les ennemis nous on tiré quantité de bombes cette nuit ainsi que quelques pots à feu pour incendier sans doute, cependant cela n’a pas eu lieu y ayant remédier à temps.

Ce matin, au jour, nous avons eu connaissance d’un nouveau travail qu’ils ont commencé , à prendre proche de la hauteur du Four à Chaux gagnant le bas de l’Etang.

Nous n’avons que fort peu avancé les réparations de nos embrasures attendu qu’elles sont construites sur de la maçonnerie et qu’il n’a pas été possible d’y piquer ni placer de fascines, il y faut nécessairement des cadres en bois de charpente que l’on remplira de terre, nous travaillons à la démolition d’un magasin pour cet effet.

Le mauvais état de la Place, tant en dedans qu’en dehors, les trois dernières tournées que j’ai faites sur les Chemins Couverts avec Monsieur de la Houillère m’ont déterminée et aussi de son avis à demander à Monsieur Franquet d’y faire une nouvelle tournée ensembles, ainsi qu’avec les commandants des Corps pour en dresser un mémoire et donner leurs avis en conséquence, il a été décidé que demain au matin nous y ferions cette tournée.

26 juillet A une heure après minuit, l’on a crié aux armes, je me suis transporté au bastion du Roy et Monsieur de la Houillère au bastion Dauphin , l’on faisait un feu continuel du Chemin Couvert, et également de la tranchée des ennemis et nous tirions du peu de pièces que nous avions à mitraille . ½ heure après , on est venu me dire que les deux vaisseaux de la Rade étaient attaqués. J’ai couru à la grave d’où j’ai vu un instant après le feu dans le  » Prudent  » , quant au  » Bienfaisant  » , il y avait trop de brume pour l’apercevoir mais au jour nous l’avons aperçu au fond de la baye. Nous avons su par l’officier qui était à bord du  » Prudent  » , que sans avoir eu connaissance des chaloupes qui venaient pour l’enlever, étant à faire pompier, dans un instant que les gaillards et passavants avaient été couverts d’anglais, qui les ont fait descendre en bas et fermés les écoutilles, que étant dans l’entrepont, ils ont aperçu le feu, l’officier avait donné ordre au cas d’événement , au canonnier de mettre le feu, il ignore cependant si c’est lui ou l’ennemi qui le mis, mais l’on peu juger qu’aussitôt que les amarres ont été coupées, le vaisseau a échoué et n’a pû être remorqué, et qu’il est probable que les anglais y ont mis le feu. Cet événement qui a mis fin au reste de l’escadre , la tournée que nous avons faite, faisant voir la brèche encore plus praticable, que hier . J’ai fait assembler le Conseil de Guerre composé de Messieurs Prévost, Bonnaventure, la Houillère, Desgouttes, Saint -Julien, Marin et Dauthonnay où il était statué ce qui suit après ce mémoire..

Copie du Mémoire de Mr Franquet, directeur des fortifications, formé à la demande de Monsieur le Chevalier de Drucourt, sur l’Etat actuel auquel se trouve la Place de Louisbourg le 24 juillet au soir.

 »

Des fortifications de face à la terre

En considérant la droite des ouvrages appuyés au profil à la merde la porte Dauphin, et la gauche à celui des ouvrage du Bastion Princesse, l’on dira que le premier profil à la mer, comprenant le batardeau est déchiré par le canon qui ne le voit que d’écharpe, et que le passage des eaux et la vanne qui soutient cinq pieds d’eau dans le fossé, ne sont nullement endommagés.

Que l’angle flanqué du Bastion Dauphin et sa petite face droite en retour vers la porte sont ébréchés jusqu’à deux pieds au dessus de la contrescarpe , de manière qu’il reste encore neuf à dix pieds de revêtement à abattre ce que l’ennemi ne saurait faire sans placer du canon sur le Chemin Couvert.

La face gauche est ébréchée dans son étendue, néanmoins sans que les ruines du revêtement permettent d’y monter.

Le parapet de la face droite quoique épaissi s’éboule avec facilité et en diminuant de la hauteur, il donne prise à battre les pièces en rouage et sa face gauche, les embrasures en sont en si mauvais état, qu’on serait d’avis de les masquer et de ne s’occuper dorénavant qu’à tire un feu de mousqueterie de son parapet.

Le cavalier qui est au dessus est totalement ruiné, son revêtement en charpente n’a pu résister à l’étonnement du canon., de manière que les ruines embarrassent la manoeuvre et la communication le long du terre-plein de la dite face gauche.

Le flanc gauche de ce bastion est encore dans sa vigueur.

La Courtine qui conduit au bastion du Roy, malgré deux épaulements qui la traversent , est enfilée en partie et écharpée dans l’autre , principalement à son extrémité vers le flanc du dernier bastion.

Les deux pièces qui sont à couvert de la deuxième traverse sont encore en vigueur, mais leur revêtement quoiqu’étançonné en dehors se ruine tous les jours, plus par l’effet de nos propres canons, que par ceux de l’ennemi.

Les 5 pièces du flanc droit du Bastion du Roy se soutiennent en vigueur quoique vivement baillés, son revêtement extérieur n’est qu’ébréché ; mais ces embrasures faites en charpente s’ébranlent tous les jours, comme elles sont formées par chassis posés, l’un sur l’autre avec des entretoises qui les lient ensemble à queue d’ hironde sur toute l’épaisseur des merlons , il est à craindre qu’on ne puisse les réparer sans beaucoup de tenue.

Les embrasures de la face droite sont dans un mauvais état, on a voulu les réparer la nuit dernière, mais ayant été construites en maçonnerie, il n’y a pas eu moyen d’y employer des saucissons , de façon qu’on a préféré de les masquer, le canon ennemi plonge dans toute cette face et découvre à revers tout son flanc gauche.

La Courtine qui conduit du Bastion du Roy a celui de la Reine n’a d’inconvénient que d’être enfilée et plongée, son parapet est en état, mais son terre-plein que l’on a voulu traverser d’épaulement se trouve si embarrassée qu’une troupe n’y peut marcher qu’avec précaution.

Le flanc droit du Bastion de la Reine n’a point encore souffert.

Les quatre embrasures dont on a percé sa face droite sont totalement détruites et son revêtement qui a souffert plus d’impression de l’étonnement de notre canon que de celui de l’ennemi s’ébrèche tous les jours.

Les trois pièces qui sont à Barbedette vers son angle flanqué, sont en bon état, il est vrai que l’on n’y tire point et que ‘l’ennemi semble empr…. de les démonter.

La face et le flanc gauche de ce Bastion , la Courtine suivante et le flanc en face droite du bastion Princesse sont dans leur premier état.

Le Chemin Couvert d’entre le profil des ouvrages du Bastion Dauphin et la Place d’Armes droite et la demi-lune qui couvre la courtine d’entre le Bastion Princesse et celui de la Reine, est vu de revers et écharpé par quelques coups de canons qui échappent de leurs objets, la partie la plus maltraitée est celle d’entre ledit profil et la place d’Armes de l’Epaule gauche du Bastion Dauphin, le soldat ne s’y tient qu’avec bien des risques, et les palissades en seraient totalement détruites sans la précaution de remplacer tous les jours celles qui sont enlevées.

Il résulte des parties attaquées plus vivement que d’autres , que le dessein de l’ennemi est de mettre en brèche le bastion Dauphin, qu’il en fait son attaque principale , et que même espère-t-il par la supériorité de son feu engager la place à composition sans être obligé a un logement sur le Chemin Couvert pour battre les parties du corps de la Place que son feu éloigné ne saurait découvrir.

de l’intérieur de la Place

Les ouvrages de la gorge de la ville étant plus bas de 14 à 15 pieds que le revêtement du Corps de la Place, donnent des facilités à l’ennemi d’en traverser l’intérieur par son feu de toutes parts, et de donner tant d’inquiétudes qu’il n’y a pas un seul coin où on ne couvre des risques, le feu y est croisé par toutes les batteries établies de la parallèle qui règne depuis la Côte du Port jusqu’à la Pointe Blanche, le Corps des Casernes du Bastion du Roy et ceux du Bastion de la Reine sont brumés de maniére que les troupes sont répandues dans la ville et le long des talus intérieurs qu’ils y sont tout au plus à l’abri des éclats de bombes, aussi n’y a t il pas de jour qu’il n’y ait plusieurs soldats de tués ou blessés.

Le seul feu dont ai tiré de ce front à été de l’Eperon situé a droite de la porte Dauphine, mais ses trois embrasures qu’on ne destinait que contre une troupe qui aurait tenté de le glisser le long du profil des ouvrages, ayant été ruiné par un feu supérieur de l’ennemi, l’on a été obligé de les masquer.

La salle aux armes ayant été maltraitée d’une bombe, on y perdu quantité de fusils qui nous feront faute dans le remplacement de ceux qui crèvent tous les jours.

Les magasins n’ont point encore souffert et les vivres n’y manquent pas.

Les troupes démontent toujours beaucoup de volonté et de vigueur et les habitants semblent saisi du découragement.

de l’ hôpital

Il n’y a point un endroit ici où l’on puisse mettre les malades et les blessés à couvert que dans les casemates que l’on a affectés à Messieurs les officiers blessés, les autres sont à l’hôpital de la Charité et répandus dans les maisons particulières aux risques d’y être brûlés et assommés par les bombes.

fait à Louisbourg le 25 juillet 1758 au matin signé Franquet

supplément

Au mémoire ci dessus du 25 juillet, conformément à la visite faite le 24 aux susdits ouvrages de la Place.

La brèche de la face droite du bastion Dauphin s’étant accrue jusqu’au 26 au matin, au point que suivant l’avis des officiers du Conseil, l’ennemi pourrait partir de ses ouvrages avancés pour venir combler avec des fascines le fossé et de là monter par la brèche sur le Bastion que son mauvais état à son étranglement par le Cavalier qui est en ruine, ne permettront pas de défendre avec vigueur.

L’on a remarqué ce matin que l’ennemi avait ouvert 5 embrasures à une nouvelle batterie et que le feu en paraissait dirigé sur la face droite du Bastion du Roy d’où pourrait s’en suivre une seconde attaque, laquelle pourrait devenir la principale.

Vers une heure de la nuit du 25 au 26, il y a eu une forte alerte occasionnée par l’incendie du vaisseau  » le Prudent  » que l’ennemi avait attaqué avec des berges et des chaloupes, il s’empara en même temps de l’autre vaisseau  » le Bienfaisant  » que l’on aperçu au jour avoir été conduit au fond de la baye.

Cette opération ayant réussi à ses souhaits, en rappela d’autres dont cette place était susceptible

  1. la première était que l’ennemi au moment qu’ils nous soupçonnerait occupés de la défense des brûlés , ne fît une descente à la Pointe à Rochefort pour faire diversion de nos forces
  2. qu’il ne vint avec les dites berges et chaloupes attaquer de vive force le front du Port
  3. qu’il n’embossa deux vaisseaux vis à vis du mur crénelé pour le battre à ruine , manoeuvre qu’il pourrait commencer à l’entrée de la nuit et celle de son attaque qu’il méditerait à la Place
  4. tous les revêtements en maçonnerie de la place étant en mauvais état et leurs ruines s’étant accrus par l’étonnement de notre canon autant que par le feu de l’ennemi, semblent augmenter l’inquiétude d’y être enlevés d’un coup de main.. D’ailleurs les membres du Conseil exposent les risques que courent les soldats d’être tués ou assommés sous les pretendus blindages
  5. et enfin que le nombre des malades augmentant et les secours diminuant , d’ailleurs exposés à être brûlés ainsi que la direction du feu de l’ennemi saisirait le moment de l’incendie pour faire les attaques mentionnées ci dessus

Ces considérations paraissantes assez fortes pour obliger les assiégés à prendre vu un parti dans les circonstances , on les a exposées ici du consentement du conseil par l’avis des membres pour concourir à le déterminer le plus prudent dans la situation présente

Toutes ces considérations étant du sûr, de l’aveu des membres du conseil, et bien fondées, chacun d’eux à mis ci au bas l’avis qu’il croit juste sur le parti à prendre sur sort de la Place.

Signé Franquet, le Chevalier de Drucourt, Prévost, Bonnaventure, Desgouttes, la Houillère, St Julien, Marin, Danthonay

Résultat du conseil de guerre assemblé par Monsieur le Chevalier de Drucourt le 26 juillet 1758 au matin sur le parti à prendre concernant la place de Louisbourg assiégées par les anglais.

 » Vu la situation de la Place exposée par le Conseil, la brèche qui est estimée praticable, n’étant défendue par aucun flanc et ne présentant d’autre feu que celui d’une cinquantaine d’hommes sur le Bastion Dauphin et à l’Eperon.

N’ayant aucun secours à attendre et nul autre espoir que l’ennemi sur le brèche pendant qu’il réussira dans l’une des autres parties qu’il peut attaquer en même temps et qui le rendra également maître de la Place et l’expose à être enlevée de vive force , ce qui devient encore plus facile, les vaisseaux ne servant plus de défense à la partie du quai de la Grave.

Mon avis est qu’il convient mieux au service du Roy d’essayer d’avoir une capitulation qui conserve le sort des troupes, des équipages et des matelots qui sont ici, ce qui peut être ne serait pas accordé si l’ennemi réussissait dans quelqu’une des attaques qu’il formerait s’il faisait une entreprise générale.

Le retard d’un ou deux jours pouvant être très préjudiciable soit par l’incendie de l’hôpital, soit par l’incendie des magasins dont la privation entraînerait la perte d’une partie des sujets qui sont à Louisbourg par les difficultés que l’on trouverait de la part des anglais à fournir des vivres aux troupes, aux matelots et aux habitants jusqu’à leur embarquement et pour la traversée. J’opine pour qu’il soit entré en capitulation avec l’ennemi.

A Louisbourg, le 26 juillet 1758 signé la Houillère « 

 » Attendu le mauvais état de la Place et tout ce qui est détaillé dans le mémoire que Monsieur Franquet a fourni à Monsieur le Chevalier de Drucourt, gouverneur, indépendamment de l’état général des malades , de la quantité de morts, de blessés, le défaut d’armes à feu, de la ruine de nos batteries et de la famine certaine si on éprouve un nouvel incendie …Je suis d’avis qu’on entre en traité de capitulation

A Louisbourg le 26 juillet 1758 signé Prévost « 

 » La brèche paraissant praticable à la partie de la porte Dauphine et d’autres parties du pourtour de la place, susceptibles d’attaque ,tous en mauvais état, tant par l’étonnement de notre feu que par le grand feu des ennemis, tous le coté du Port escaladable dont les ennemis sont maîtres aujourd’hui. Les troupes extraordinairement fatigués, les incendies des deux corps de casernes les ayant mises dans le cas d’être sans asile, ne sachant ou se tenir dans la ville par le feu du canon des ennemis et une quantité étonnante de bombes jour et nuit me font opiner d’en venir à la voie d’une capitulation

A Louisbourg le 26 juillet 1758 signé Denis de Bonnaventure « 

 » Messieurs les membres du Conseil m’ayant fait l’honneur de m’y admettre après avoir visité avec ces messieurs le 25 au soir, les ouvrages qui sont abattus par le canon ennemi, tels que le Cavalier Dauphin, je certifie que la brèche au Cavalier, y est praticable, et que vu l’exposé du mémoire, mon avis est que l’on entre en pourparler de capitulation .

Ce 26 juillet a huit heures du matin signé Desgouttes « 

 » Vu le résumé de Mr Franquet sur le mauvais état de la place et du défaut de ressources pour en réparer les brèches qui y seront faites, puisqu’on ne trouve pas les moyens de remédier à celle qui est déjà à la face droite du Bastion Dauphin, n’y aucune des choses qu’il faudrait pour réparer les embrasures de la face gauche dont l’intérieur et la batterie est remplie du décombres de son Cavalier. Je pense qu’il est expédient de demander un pourparler avant d’attendre que les fortifications soient plus endommagés pour avoir une capitulation convenable tant aux habitants de la ville qu’aux troupes de la garnison qui pourraient être usités ailleurs pour le bien du service

fait à Louisbourg le 26 juillet 1758 signé Saint Julien « 

 » Vu l’exposé de Mr Franquet à Monsieur le chevalier de Drucourt sur l’exposé de la situation de la Place, et tous les exposés étant vrai, je suis d’avis qu’on demande à capituler . Signé Marin  »

 » Vu l’exposé au mémoire de Monsieur Franquet touchant l’état actuel de la Place après l’avoir reconnu ce matin en la compagnie de Monsieur le Chevalier de Drucourt et de plusieurs des membres du Conseil, mon avis est que n’ayant aucun secours prochain à espérer que ne pouvant par la suite nous obstiner à la défense de la Place sans exposer la garnison et les habitants aux plus grands malheurs attendu la quantité de moyens que l’ennemi peut mettre en usage pour s’en rendre maître et la diminution considérable des forces et des moyens de défense, je pense donc que l’on peut entrer en capitulation avec l’assiégeant.

A Louisbourg le 26 juillet 1758 signé Danthonay « 

 » Vu les avis des membres du Conseil, je me détermine comme eux à envoyer un officier demander une suspension d’armes pour entrer en pourparler avec le commandant anglais

A Louisbourg le 26 juillet 1758 signé le Chevalier de Drucourt « 

Au camp devant Louisbourg, le 26 juillet 1758

Le chevalier de Drucourt

Autorisons le sieur Loppinot, aide-major de cette Place, de passer au camp du Général Amherst, lui proposer une suspension d’armes pour enter en pour parler avec son excellence

A Louisbourg le 26 juillet 1758 à 11 heures du matin signé Le Chevalier de Drucourt

 » Monsieur,

En réponse du billet que je vient d’avoir l’honneur de recevoir de votre excellence par les mains du sieur Loppinot.

Je n’ai à répondre à votre excellence qu’il a été décidé par son excellence l’amiral Boscawen et moi, que ses vaisseaux devaient entrer demain pour faire une attaque générale sur la ville.

Votre excellence sait fort bien la situation de l’armée et de la flotte et comme son excellence Monsieur l’Amiral ainsi que moi désirons forts d’éviter l’effusion du sang, nous donnons une heure après le reçu de celle ci que votre excellence peut se déterminer de capituler comme prisonnier de guerre ou de prendre toutes les mauvaises conséquences d’une défense contre cette flotte et l’armée.

Nous avons l’honneur d’être avec des très parfaites considérations signé Boscawen, Jeff Amherst « 

 » Messieurs,

Vos excellences recevront ci joint capitulation que j’ai l’honneur de leur proposer avec d’autant plus de confiance qu’elle est conforme à celle qui a été accordée à la garnison de Mahon. Je n’ai jamais douté que vos excellences, se soient ainsi que moi portées à éviter l’effusion de sang . Mais vous sentez que ma situation à tous égards ne me met pas dans le cas d’accéder à la proposition que me font vos excellences, et je suis fort déterminé à éprouver les suites de l’attaque générale que vous m’annoncez.

Capitulation

proposée par Monsieur le chevalier de Drucourt, capitaine des vaisseaux du Roy, gouverneur de Louisbourg

  1. Tous les actes d’hostilités cesseront jusqu’à ce que les articles de la capitulation soient convenus et signés et tous travaux suspendus de part et d’autres
  2. On accordera à toutes les troupes qui sont actuellement à Louisbourg et dans l’étendue de l’Isle Royale tous les honneurs de la guerre, comme de sortir de la place le fusil sur l’épaule, tambours battants, drapeaux déployés , 24 coups à tirer par homme, mèche allumée, six pièces de canons et deux mortiers avec 20 coups pour chaque pièce. Une chaloupe couverte pour le gouverneur et cinq autres chaloupes aussi couvertes pour la garnison qui ne seront sujettes à visite dans aucun cas.
  3. L’on remettra demain au soir une porte aux assiégeants qui ne pourront faire entrer leurs troupes dans la Place qu’après qu’il auront fourni les vaisseaux nécessaires pour le transport des officiers et des troupes, des matelots, habitants et généralement pour tous les sujets du Roy tant civils que militaires. Que tous leurs sujets officiers, soldats et habitants généralement auront leurs meubles, bagages et effets mobiliers assurés et transportés en France par les vaisseaux de Sa Majesté Britannique ou qu’ils pourront les vendre et en disposer de gré à gré avant leur départ.
  4. Tous les officiers , les troupes et habitants de la ville de Louisbourg et sujets de Sa Majesté Très Chrétienne et ceux qui sont dans les différents ports et autres lieux de l’Isle Royale conserveront aussi leurs bagages, marchandises et effets mobiliers en quelques lieux qu’ils puissent être , ainsi que les bâtiments de mer à eux appartenant mouillés sous le feu du canon de cette place de Louisbourg et dans les différents ports, havres et rivières de l’Isle Royale avec la liberté de les emmener avec eux en France, et pour lesquels il leur sera fourni les passeports nécessaires pour la sûreté de leur navigation en allant en France, et les habitants demeureront paisiblement dans leurs maisons jusqu’au jour de leur embarquement .
  5. Jusqu’à l’ entière évacuation de la Place on jouira dans la ville du libre exercice de la religion catholique apostolique Romaine.
  6. Il sera fourni aux dépends de la Couronne d’Angleterre , les vaisseaux nécessaires et convenables tant en nombre qu’en capacité pour transporter directement en France tous les officiers militaires et civils, toutes les troupes , matelots, les habitants de Louisbourg et de toute l’Isle Royale avec tous leurs meubles et effets mobiliers, les vivres nécessaires, la subsistance générale des uns et des autres , tant jusqu’au jour de l’embarquement , que pendant la traversée, leurs seront fournis en même part et portion qu’on leur fournit actuellement dans la place.
  7. On observera surtout de n’employer aux dits transports que des vaisseaux en état de faire la traversée sans accidents , de ne les point surcharger et de n’y pas entasser du monde de façon à leur faire contracter des maladies. Il sera procédé audit embarquement sans perdre de temps et le transport ne pourra être retardé de plus d’un mois après la signature de la capitulation.
  8. Il sera fourni un vaisseau de guerre pour le gouverneur et l’état major de la place qui sera débarqué au Port de Brest ainsi que toutes les troupes
  9. Quant aux troupes de la colonie, on demande qu’elles soient conduites à Rochefort ainsi que tous les habitants de l’Isle Royale.
  10. Il sera aussi fourni un vaisseau de guerre pour le commissaire ordonnateur et autres personnes de ses bureaux , pour les officiers du conseil supérieur et ceux de l’amirauté
  11. Il sera pareillement fourni un vaisseau de guerre pour l’Etat Major et autres officiers des vaisseaux qui ont été brûlés à Louisbourg par le feu des assiégeants, les matelots seront également transportés à Brest. A l’égard de ceux qui se trouveront hors d’état d’être embarqués pour le présent, on leur fournira tous les secours, les logements et les quartiers dont ils auront besoin jusqu’à leur départ pour France et il leur sera pareillement fourni les vaisseaux nécessaires par Sa Majesté Britannique Les religieux consacrés au service spirituel et temporel des hôpitaux du Roy, pourront librement et sans être inquiétés continuer leurs fonctions jusqu’à l’entière évacuation ainsi que les chirurgiens et autres personnes employées dans les hôpitaux. Il restera pareillement pour le soin des blessés, malades et convalescents un commissaire et deux officiers par bataillons.
  12. Lorsque les troupes sortiront de la place, il ne sera permis à personne de débaucher les soldats pour les faire déserter de leurs régiments et les officiers conserveront sur leurs soldats la même autorité en tous temps et en tous lieux. On observera de part et d’autre la plus exacte discipline
  13. Tous les prisonniers faits de part et d’autre dans l’Isle Royale depuis le premier juin seront rendus.
  14. Le gouverneur de la Place , tous les officiers et les troupes elles mêmes, ainsi que tous les sujets du Roy sortiront de la place sans être sujets à aucun acte de représailles de quelques nature que ce soit et sous quelques prétexte que ce puisse être. La capitulation ne pourra être altérée, mais sera suivie en en son entier au plus grand honneur et avantage de la garnison.
  15. Sous les conditions énoncées aux précédents articles, Monsieur le Chevalier de Drucourt, Gouverneur de l’Isle Royale après que les otages auront été donnés de part et d’autre pour la fidèle exécution des dits articles, consent de livrer une des portes de la ville de Louisbourg avec le fort de l’Isle de L’entrée du Port à ……………….Commandant en Chef les troupes de sa Majesté Britannique avec les munitions de guerre, canons et mortiers, à la réserve de ceux mentionnés dans le deuxième article , de lui faire remettre les poudres et munitions qui se trouveront dans la place , de faire indiquer les endroits où sont les mines préparées et chargées.
  16. Comme ainsi de faire évacuer le Port Toulouse, le Port Dauphin, celui de l’Espagnole, la Rivière de Miré, tous les havres et autre lieux généralement nommés ou non nommés qui sont habités dans l’Isle Royale. Toutes les garnisons et habitants de ces ports, havres, rivières et tous autres endroits ci dessus de l’Isle Royale auront leurs bagages, équipages, meubles et effets libres et qu’ils seront transportés en France avec leurs dits effets ou pourront les vendre au plutôt à Louisbourg en vertu des passeports qui leurs seront fournis à cet effet « 

 » Monsieur

Nous venons de recevoir la réponse qu’il a plu à votre excellence de faire sur les conditions de la capitulation qui vous ont été offerts.

Nous ne changerons point dans nos sentiments là-dessus, il dépend de votre excellence de les accepter oui ou non et vous aurez la bonté de donner réponse là dessus dans demi-heure de temps

Nous avons l’honneur d’être signé Boscawen, Amherst « 

 » Messieurs,

Pour répondre à vos excellences en aussi peu de mots qu’il est possible, j’aurais l’honneur de leur réitérer que mon parti est le même et que je persiste dans la volonté d’éprouver les suites de l’attaque générale que vous m’annoncez.

J’ai l’honneur d’être signé le chevalier de Drucourt « 

Représentations faites à Monsieur le Chevalier de Drucourt au Conseil de guerre tenu à Louisbourg le 26 juillet 1758 à trois heures après midi par Monsieur Prévost , Commissaire général de la Marine, ordonnateur à l’Isle Royale.

 » Le mémoire présenté ce matin au Conseil par Mr Franquet en date du 24 de ce mois, ne porte en substance qu’un état apprécié suivant lui de celui actuel des fortifications de cette Place. Mais quoique le supplément qu’il y a point aujourd’hui fasse mention d’une plus grande dégradation dans les ouvrages et à la brèche, il a paru que le conseil pensait encore plus désavantageusement sur la destruction générale de ces objets, car suivant le sentiment de tous les membres du Conseil, le bastion du Roy est fort maltraité et la brèche du Bastion Dauphin très praticable et on a unanimement jugé que l’escalade était encore aisée en plusieurs autres endroits, d’ailleurs il a été reconnu aussi par le Conseil que le reste des troupes de la garnison excédé de fatigues depuis le moi de May n’était plus dans un nombre suffisant pour défendre une attaque que les assiégeants peuvent exécuter maintenant par terre et par mer eu égard aux tristes événements arrivé cette nuit dernière aux deux vaisseaux du Roy  » le Prudent  » et  » le Bienfaisant « . Ces considérations vont ont déterminé , Monsieur , a arboré à 10 heures ce matin le Drapeau sur la Brèche du bastion Dauphin, et à dépêcher un officier pour demander au général des troupes anglaises une suspension d’armes afin de traiter de la capitulation, le général des assiégeants qui a fait répondre qu’il ne donnerait qu’une heure, pour que toute la garnison se rendit prisonnière de guerre, a occasionné un autre conseil, où il a été décidé de soutenir plutôt l’attaque générale par terre et par mer que Messieurs Boscawen et Amherst annoncent par leur lettre commune, que d’accepter des conditions aussi dures, et cette résolution a été prise, quoique le Conseil ait reconnu et avoué que les forces à opposer à l’ennemi étaient impuissantes et la réussite dans ses desseins certaine.

Une telle décision , Monsieur, m’a paru extrême au premier moment et m’a fait naître des idées qui lui sont opposées, sur lesquelles cependant j’ai gardé le silence, lorsque j’ai vu qu’on envoyait de nouveau vers les généraux ennemis, Mr Dauthonnay, lieutenant colonel des Volontaires Etrangers, mais le retour de cet officier qui n’a rien pu gagner sur les esprits. Le parti violent que le Conseil continue de prendre, m’oblige pour le bien de l’Etat, pour la conservation des sujets du Roy et pour épargner les horreurs à l’humanité, de vous mettre sous les yeux ce qui en pourra résulter.

Si dans l’attaque générale que les ennemis menacent de faire et qu’ils peuvent effectuer à présent par la grande supériorité de leurs forces, il y avait espérance de la soutenir avec quelqu’espèces de succès. Je me donnerais bien garde, Monsieur, de vous faire les plus petites représentations, mais le Conseil reconnaît qu’on sera forcé infailliblement de quelque coté. Il a été arrêté , que faute d’un réduit les troupes qui resteront en état d’agir, se retireront derrière le petit étang du demi-bastion Princesse, endroits découverts, sans aucune ressource et au bout de la ville, soit qu’on y soit forcé et détruits, ce qui est plus probable, que deviendront 4000 âmes qui composent les familles de cette ville, 1000 à 1200 malades abandonnés dans différents hôpitaux sous des tentes et équipages en officiers mariniers et matelots qui restent de nos cinq infortunés vaisseaux et des navires particuliers. Ils seront tous exposés au sang et au carnage, aux horreurs que peuvent commettre des soldats effrénés. Entrainés à ces horreurs par un prétendu ressentiment de ce qui s’est passé en Canada et par l’appât du pillage. Ils seront donc tous détruits et la mémoire en sera conservée éternellement dans toutes les Colonies ; car , Monsieur, il ne faut pas considérer seulement celle de l’Isle Royale dans cet instant, puisque de quelque façon que les choses tournent, elle est perdue pour Sa Majesté, mais aussi toutes celles qui sont sous sa puissance et plus encore les Etablissements que le Roy voudra faire dans la suite ; parce que si Louisbourg a subi un sort aussi cruel, il deviendra une barrière de terreur insurmontable pour tous les négociants et qui il viendra dans l’idée de faire le commerce dans les colonies établies, et dans celles naissantes ; encore plus pour tous les habitants ouvriers ou cultivateurs auxquels il serait suscité d’y passer même avec des avantages.

Voilà les considérations, Monsieur, que je vous expose et dont je rendrais compte au Roy notre maître et à son ministre, dans le même esprit que celui du tableau que je vous fais, très persuadé que son service et le bien de l’Etat les exigent..

Il me reste encore , Monsieur, a vous faire observer que les Conseils que vous avez tenus jusqu’à présent n’ont été composés que de militaires, je ne suis point surpris conséquemment de leur opinion, la gloire des armes du Roy, leurs honneurs et celui des corps qu’ils commandent les ont suscités, mais il n’y a que vous et moi, Monsieur, chargés de l’administration de la Colonie et des sujets du Roy qui la composent, aussi ces Messieurs dans leurs voix n’y ont eu aucun égard, ils ne considèrent qu’eux et leur troupe, faits pour être exposés aux dernières extrémités , cela est d’autant plus beau et plus louable, que le moment critique assure pour toujours leurs sentiments, mais remarqués en même temps, Monsieur, ainsi qu’ils l’ont dit eux mêmes, qu’ils ne peuvent ni ne doivent opiner autrement , quoiqu’ils reconnaissent néanmoins en votre présence la justice des raisons que je vous expose en faveur de la vie d’un peuple aussi nombreux.

C’est, Monsieur, à la demande de ce peuple intimidé parce qu’il a appris qu’on était décidé à soutenir l’assaut général des assiégeants, que j’ai résumé les raisons spécifiés dans ce mémoire et j’ai l’honneur de vous les donner par écrit comme vous le désirez..

Fait à Louisbourg, le 26 juillet 1758 signé Prévost « 

Ma dernière et positive réponse était partie lorsque Mr. Prévost vint me réitérer les représentations ci dessus et qu’il m’avait faites en conséquence de ce qui allait résulter d’une attaque générale et aussi peut en état d’être soutenue de notre part, qu’il s’ensuivrait la perte totale de tous les négociants et habitants de la ville qui venaient de lui adresser ainsi qu’à moi une requête touchant leur situation, qui était telle pour eux, qu’il y avait lieu de prévoir que personne dorénavant ne voudrait habiter les villes de guerre dans les Colonies, s’ils étaient entraîner dans leurs malheurs.

Ces considérations jointes à l’impossibilité réelle de résister à l’assaut qui devenait certainement général, depuis la perte des vaisseaux du Roy et à la certitude d’être également prisonnier de guerre. Ainsi pour éviter la désolation à tout le peuple d’être enlevés de vive force et après nous être transportés en différents endroits de la ville avec Messieurs Franquet, de la Houillère et Poilly, ne trouvant aucun réduits capable d’y former un retranchement pour se retirer en cédant à l’assaut général, Monsieur le chevalier de Courcerac , qui s’est trouvé présent, a bien voulu se charger de ma part de courir après le porteur de ma dernière réponse et la rapportée.

Nous nous sommes rassemblés aussitôt ; les membres du Conseil ont réitéré de me dire qu’en qualité de militaires, ils ne devaient pas par leurs dits jugements différents que celui de souffrir l’attaque générale ; mais que eu égard aux considérations ci dessus, le Gouverneur et l’Ordonnateur étaient dans le cas de parvenir aux moyens de l’éviter.

En conséquence de ce que dessus et de la situation de la place susceptible d’être enlevée par terre et par mer depuis le défaut des vaisseaux eu égard à l’incendie générale des casernes, n’ayant aucun réduit à mettre la troupe, personne de la milice bourgeoise ne voulant plus paraître sur les Batteries, les malades et les blessés des équipages des vaisseaux dans leurs tentes auprès du mur crénelé, continuellement enlevés du canon et des bombes des ennemis ; je me suis donc déterminé à écrire ce qui suit aux généraux assiégeants :

 » Messieurs,

Le peu de temps que vos excellences m’indiquent ne me permet pas d’entrer dans les détails que la capitulation que vous exigés méritent. J’ai chargé Monsieur Dauthonnay, lieutenant colonel auquel j’ai joint Monsieur le Chevalier Duvivier , aide-major général et Monsieur Loppinot, officier major, de régler avec vos excellences les modifications en faveur des habitants et des conditions que vous demandéz.

J’ai l’honneur d’être signé le Chevalier de Drucourt « 

 » Monsieur

Nous avons l’honneur d’envoyer à votre excellence les articles de la capitulation signée.

Le lieutenant colonel Danthonnay n’a pas manqué de parler pour les habitants de la ville, et ce n’est nullement notre intention de les faire souffrir, mais de leur donner toutes les assistances dans notre pouvoir.

Votre excellence aura la bonté de signer un duplicata des articles de la capitulation et de ‘l’envoyer ici.

Il nous reste à présent que d’assurer votre excellence que nous saisirons avec beaucoup de plaisir toutes les occasions qui pourront s’offrir pour convaincre votre excellence que nous sommes avec la plus parfaite considération

Messieurs signé Boscawen, Jeff.Amherst « 

Articles de la capitulation

datée du camp devant louisbourg le 26 juillet 1758 entre son excellence l’amiral Boscawen et son excellence le major général Amherst d’une part et son excellence monsieur le chevalier de Drucourt, gouverneur de l’Isle Royale et de Louisbourg, Isle St Jean et de leurs dépendances

 »

  • 1° La garnison de Louisbourg sera prisonnière de guerre et sera transportée en Angleterre dans des vaisseaux de sa Majesté Britannique
  • 2° Toute l’artillerie, les munitions de guerre et de bouche aussi bien que les armes de toutes espèces qui sont à présent dans la ville de Louisbourg, Isle Royale, de St Jean et leurs dépendances, seront livrées sans le moindre dégât aux commissaires qui seront appointés pour les recevoir à l’usage de Sa Majesté Britannique
  • 3° Le gouverneur donnera ses ordres, que les troupes qui sont dans l’Isle St Jean et ses dépendances, se rendront a bord des vaisseau de guerre de l’amiral Boscawen enverra pour les recevoir
  • 4° La Porte Dauphine sera livrée aux troupes de Sa Majesté Britannique demain à huit heures du matin, et la garnison y compris tous ceux qui ont porté les armes, se rangera à midi sur l’esplanade, posera les armes , drapeaux, instruments et armements de guerre, et la garnison sera embarquée pour être transportée en Angleterre dans un temps convenable
  • 5° L’on aura le même soin des malades t blessés qui sont dans les hôpitaux, que de ceux de sa majesté britannique
  • 6° les négociants et leurs commis qui n’ont pas portés les armes seront transportés en France de telle façon que l’amiral jugera à propos.

signé Boscawen, jeff.Amherst « 

Demandes accordées par leurs excellences Monsieur l’amiral Boscawen et le Major-Général Amherst

  • 1° Les effets appartenants, tant aux officiers qu’aux soldats de la garnison
  • 2° Ceux du régiment de Cambis déposés à Saint Anne
  • 3° Ceux des habitants de la Place
  • 4° Des vaisseaux de guerre, tant pour les officiers de l’Etat Major, officiers principaux de la Marine et des troupes de terre, que pour le Commissaire Ordonnateur et ses adjoints principaux, que les officiers du Conseil Supérieur.
  • 5° Les femmes et enfants quelconques seront transportés en France à volonté
  • 6° Item, les habitants de la colonie a Rochefort , leurs excellences promettent d’ailleurs toutes sortes de facilités et les agréments que pourront requérir les officiers de la garnison

 » Messieurs

J’ai l’honneur de renvoyer à vos excellences le duplicata des articles de la capitulation que j’ai signé. Monsieur le chevalier Duvivier m’a rapporté que vous pensiez que le nombre de bourgeois qui avaient porté les armes était beaucoup plus considérable qu’il n’est réellement, il consiste en une faible compagnie de Volontaires qui était à la descente, et qui pendant le siège ont été employés sur les batteries, comme cet objet est de très peu d’importance, vos excellences me feraient plaisir de les laisser, ainsi que les autres négociants dans la même liberté.

J’ai l’honneur signé le chevalier de Drucourt « 

 » Monsieur,

Je reçois en ce moment la lettre de votre excellence en date d’aujourd’hui avec la capitulation signée, les troupes sous les ordres de Monsieur le major Fasquhaw sont prêtres à prendre possession de la Porte Dauphine et j’envoies à votre excellence le Brigadier Wilhemaure avec des officiers et des commissaires nécessaires pour voir mettre en exécution le quatrième article de la capitulation à l’égard de la garnison qui doit mettre bas les armes.

Le brigadier Wilhemaure s’informera dans quels endroits il sera nécessaire de mettre des gardes à présent pour tenir le bon ordre et pour éviter aucune confusion dans la ville . Je serais charmé de toutes les occasions de convaincre votre excellence que j’ai l’honneur d’être

signé Amherst « 

 » Monsieur

En conséquence du quatrième article de la capitulation, j’avais donné les ordres nécessaires à la Porte Dauphine, mais le pont à refaire en partie pour y pouvoir passer et le masque en entier de la dite porte à déblayer a causé du retardement à la livraison aux troupes que votre excellence y a envoyé, la garnison sera à midi ( ainsi qu’il est énoncé ) à la Place , pour remplir l’objet de l’article de la capitulation, le major indiquera les endroits pour y poser des sentinelles , je désirerais aussi, Monsieur, trouver des occasions de marquer à votre excellence les sentiments de la parfaite considération avec lesquels j’ai l’honneur d’être.

signé le chevalier de Drucourt « 

27 juillet 9h du soir

 » Monsieur,

J’ai été sorti quand la lettre que votre excellence a eu la bonté de m’expédier, m’est arrivée ou je l’aurais répondue plutôt , aussi , je dois reconnaître à votre excellence le reçu d’une lettre qu’elle m’a honoré en date d’hier que j’ai reçu ce matin.

J’envoies à Monsieur le Brigadier Général Wilhemore des passeports afin que votre excellence puisse faire savoir dans les différents endroits les articles de la capitulation.

Si je savais qu’il y aurait aucune chose qui pu être utile à votre excellence ou a Madame de Drucourt, j’aurais un grand plaisir d’obéir à vos ordres et contribuer de mon coté de faire le séjour que votre excellence feras ici, le plus agréable que les circonstances permettent et je puis assurer votre excellence que l’amiral Boscawen ne manquera pas de la part de faire de même.

j’ai l’honneur d’être signé Jeff Amherst « 

En conséquence de ce que ci dessus, le brigadier Whilhemore entra à midi et prit possession de la Ville, les officiers à la tête de leurs troupes ne furent pas désarmés, il fût établi des corps de gardes et des sentinelles pour maintenir le bon ordre, ce qui fût assez difficile pour les premiers moments et surtout dans une Place aussi ouverte de toutes parts puisque les officiers et soldats ainsi que les vivandières de l’armée, montaient indifféremment par la brèche de la Porte Dauphine, par l’angle de l’Epaule des Bastions du Roy ; par la face droite du Bastion de la Reine, l’officier ordonna des sentinelles le long des remparts pour qu’on entra que par la porte Dauphine ; ils ont avoué qu’il avaient fait beaucoup plus d’honneur à la Place qu’elle ne méritait et qu’elle ne valait de si grands travaux et autant de précautions qu’ils avaient prises pour en faire le siège et ont été surpris que vu notre situation après trois incendies aussi considérables, nous n’eussions pas capitulé plutôt et dans le moment que nous arborons le pavillon pour entrer en pourparler, ils envoient la formation pour nous signifier de nous rendre.

Notre principal objet était de retarder et de prolonger notre fin autant qu’il serait possible, pour qu’ils ne fussent plus en état de faire d’autres entreprises ou d’envoyer un parti de leurs troupes réglées au secours de Lidins que nous avions su par l’arrivée de Monsieur de Boishebert devait être attaqué vers le 15 juillet.

Finalement, j’ose espérer que depuis que je suis ici jusqu’à ce dernier moment, ma conduite a été éclairée de façon à n’être susceptible d’aucuns reproches, les comptes que j’ai rendus au Ministre, la connaissance de tout ce qu’il y a de militaire ici depuis trois ans, tous les départements qui y sont venus dans cette intervalle et nomment Monsieur de la Houillère, les chefs et anciens officiers des différents bataillons, qui sont au fait des places et de la façon dont elles doivent êtres pour faire honneur à ceux qui les commandent et défendent , ne dissimuleront pas leur façon de penser à tous ces égards là, m’en rapportant à leurs décisions.

(notes M.G.) Tout le conseil, hors le commandant d’Artois, Bourgogne, Cambis approuva Louis Augustin du Bosc Henry, le sort emporta les faibles, nous fûmes sacrifiés à l’habitant, le général ennemi accorda les articles et dernières demandes ( qu’ils n’a pas tenu, la plupart des habitants ayant été pillés avant notre départ). La capitulation fût signée par les proposants et non par les commandants. ..C’est ainsi que Louisbourg a été rendu, 49 jours après la descente. Nos pertes du siège sont dans le soldat, le matelot ou l’habitant de deux mille cent hommes, neuf cent hommes et quarante six officiers, tous tués que blessés et douze cent morts de maladie. L’ennemi convient avoir eut douze cents hommes tués ou blessés. Avec impatience, nous attendons qu’ils nous ménent en Angleterre faire notre amende honorable et achever d’avaler le calice avec toute son amertume…Voilà notre malheureuse histoire de l’Isle Royale.

Le temps de l’ Amertume

Il semblerait que les Anglais furent respectueux des habitants brisés et amaigris par le siège et ne leur firent aucune violence, reconnaissant l’héroïsme dont ils avaient fait preuve. Mme de Drucourt s’occupa avec une attention particulière de tous les malheureux qui avaient recours à elle. L’amiral Boscawen lui accorda toutes demandes et secours qu’elle sollicita en faveur des blessés et de la population.

Dans un courrier du 10 août , Amherst signale à Pitt qu’il envoie le colonel Rollo dans l’île St Jean avec 500 hommes pour capturer tous les acadiens de l’île

Dans son journal de campagne, Boishebert écrit le 14 août , que les habitants sont très malades , il s’en retourne par Port Toulouse, attaque un détachement anglais avec succès , sur son passage il ne constate que mort et misère , à Miramichi les habitants mangent le poisson qu’ils peuvent pêcher. Il s’empare d’un bateau rempli de bœufs à la Cache des effets sur l’île st jean. La lâcheté est présente également, Villejoint de Rousseau à Port La Joye se rend aux anglais, arrivés avec officiers français portant une lettre de Drucourt ordonnant la reddition …Il croit inutile de pousser les habitants à prendre les armes nI à se sauver à Miramichi où règne la famine. Il essaie d’obtenir du colonel anglais Rollo des concessions pour laisser les acadiens à leurs terres , mais en vain.

Le 15 août, les Anglais embarquent 3031 soldats et officiers de terre dont Drucourt et 2606 marins et officiers de mer…En échange d’un papier signé, les officiers français sont permis de passer en France sur parole, se reconnaissent prisonniers et prêts à passer en Angleterre si rappelés et a ne pas prendre les armes avant d’être échangés contre des prisonniers anglais….Boscawen écrit à Pitt les conditions et modalités de cet accord . Selon l’espion Pichon, la garnison s’embarqua avec toute la tranquillité et l’ordre qu’on aurait pût mettre dans un voyage fait à plaisir. Et le chevalier de Drucourt se vit octroyer tous les honneurs que méritaient son rang. Les habitants sont déportés en Angleterre. 5 religieuse sont mentionnées lors d’un transport vers La Rochelle ( Robichaud, Henry, Labauve….)

Le champ est désormais libre aux Anglais pour se lancer à la conquête du reste de la Nouvelle France ; et ce pour la seconde fois en treize ans.. Le 25 août 1758, l’anglais Whitmore est nommé gouverneur.

Boishebert, par un sens incroyable du devoir s’entête à combattre l’Anglais et le harcèle de toutes part malgré la désertion d’hommes de troupes et d’indiens ; avec 50 acadiens il vint menacer Louisbourg et se retrouvent poursuivis par 200 anglais.

L’escadre de Du Chaffault était repartie de Québec le 18 septembre , le 27 octobre, elle livra combat à 9 vaisseaux anglais de l’escadre de Boscawen en mer d’Ouessant et les tînt en respect. Malgré son infériorité numérique….

Pendant ce temps, les acadiens se cachent dans les bois de l’ile St Jean, Caldwell avoue au général Wolfe qu’il sont plus difficiles à attraper qu’il ne pensait. Mathew Leslie signale que les acadiens se sauvent de l’ile par petits bateaux dont deux seraient armés. Lord Rollo embarque de force toute une paroisse de 1500 ames. La répression est en marche…

Lord Rollo établi le 10 octobre 1758 un rapport à Boscawen signalant une population à déporter de 5000 acadiens , la présence de 150 indiens et de nombreux jeunes gens dans les bois.

L’on sait que aujourd’hui que ce fût en réalité une tragédie 2 bateaux coulèrent , le « duke william » avec 360 acadiens noyés et le « Violet » avec 400 acadiens à son bord, les équipages furent sauvés pas les déportés…..! Boscawen avoue à John Cleveland, qu’il n’imaginait qu’il y eut autant d’acadiens sur l’île et n’était pas préparé pour en déporter autant et recherchait des transports. Le 5 novembre 1758 , l’amiral Philipp Durell signale avoir affrété 16 transports pour 1600 acadiens avec pilotes français embarqués à destination de la France. 600 sont en attente , les femmes et les enfants ainsi que les malades. Après sept ans de captivité, ils furent renvoyés en France sur des navires si vétustes que plusieurs furent perdus en mer. L’on signala entre autre la perte de deux bateaux en mers avec 700 déportés à bord. Ainsi rapatriées, 78 familles acadiennes allèrent s’établir à Belle Isle en Mer, au large de la Bretagne, non loin de Quiberon, en 1765. Le forteresse sert de prison aux français et acadiens prise par la soldatesque anglaise , 140 sont dénombrés le 7 juillet 1759 , 96 sont expédiés vers la Rochelle , en effet l’amiral Charles Saunders se plaint de ces prisonniers qui coûtent chers et prennent la place des Anglais à l’Hôpital. ;Pour que Louisbourg ne redevienne jamais plus une ville fortifiée française, les Anglais démolissent les remparts de la forteresse, et la rasèrent de fond en comble telle Carthage, la destruction est achevée en 1760.

L’épouse d’Augustin arrive à Drucourt, au manoir familial des Bosc-Henry en septembre 1758. C’est une femme désespérée, fatiguée et inquiète que son beau-frère accueille avec la bonté familiale qu’elle était en droit d’attendre… Delà , ses pensées vont vers son époux dont elle ignore le sort ….Elle se décide d’écrire au Roy afin de rétablir les vérités sur les conditions de la capitulation ; en effet , après avoir vécu de la charité familiale, d’avoir souffert du manque de moyens financiers , elle stupéfaite d’entendre des propos sur des malversations que l’on prête aux colonies d’Amérique, elle est surprise du détachement de la noblesse sur la situation politique de la Nouvelle France…. A travers cette lettre , l’on perçoit la femme amante, vaillante , sensible et désintéressée….

 » Monseigneur,

Après avoir soutenus avec assez de fermetés les dangers et les événements du siége de Louisbourg, après avoir essuyé les fatigues d’une traversée longue et périlleuse pour passer d’Angleterre en France, ma santé a enfin succombé sous le poids des nouvelles inquiétudes et du chagrin . J’ai été contrainte de rester en chemin et je n’ai pu me rendre à Paris pour y porter la lettre et les mémoires que Mr de Drucourt m’avait chargé d’avoir l’honneur de vous remettre.

Osais je vous demander, Monseigneur, par quelle fatalité, le plus brave officier, le plus honnête homme et le meilleur citoyen qui fût jamais, se trouve réduit aujourd’hui à justifier une conduite ( qui j’ose vous l’assurer) lui a valu la considération la plus marquée, l’estime la plus parfaite et les éloges les plus sincères de toute la garnison qu’il avait l’honneur de commander.

Ce n’est point, Monseigneur, par des louanges et des exagérations sur ce qui peut être bien fait , ce n’est point par des détours, des subterfuges et des excuses sur ce qui peut y avoir de mal fait, que Mr de Drucourt justifie sa conduite ; elle se trouvera développée à vos yeux par les deux mémoires qu’il envoie ; l’un est le journal exact et un détail de tout ce qui s’est passé par jour et pour ainsi dire heure par heure depuis que les ennemis ont paru devant Louisbourg jusqu’à la reddition de la place, il n’y a dans ce détail ni réflexions, ni commentaires, ce sont les ordres donnés et reçus, ce sont les faits qui doivent déposer par eux mêmes et que votre équité et votre discernement sauront bien apprécier.

Le second mémoire contient le détail de tout ce qui s’est passé entre Mr le marquis Des Houles et le gouverneur de Louisbourg, ce sont les oppositions qu’ont été formées et les difficultés qui ont été proposées par le commandant de la Marine, ce sont d’autre part les obstacles levés et les réponses faite par le gouverneur en conséquence des ordres du Roy.

Il reste , Monseigneur, deux objets sur lesquels Mr de Drucourt ne peut donner aucun éclaircissement par ce qu’il sont absolument étranger à son administration, l’un regarde l’état des finances, l’autre celui des fortifications….Ces deux parties ont tellement concouru à amener la malheureuse catastrophe de la reddition de la place qu’il est bien juste et indispensable de les examiner avec toute l’attention et aussi avec toute la sévérité possible.

Il faut donc faire demeurer constant en quel état étaient les fortifications de Louisbourg lorsque le gouverneur y a été envoyé , savoir ce qu’ y a été fait depuis quatre ans, s’il y a eu des difficultés, des obstacles et des délais occasionnés par le gouverneur, savoir si les travaux ont été fait solidement, et avec les épargnes et les économies convenables, savoir s’il y a eu des fonds envoyés et combien, à qui ils ont été donnés en France, et a qui ils ont été remis à Louisbourg, si on en a fait l’usage ordonné suivant la qualité et la quantité.

Faites vous donner Monseigneur, les mémoires et les instructions qui regardent ces objets, comme Monsieur de Drucourt en donne pour ce qui regarde son administration, poursuivez la malversation partout et indistinctement ou elle pourra être aperçue, suivre le mal jusque dans la racine si vous le trouvez, Monseigneur, coupez la hardiment fusse la tête de Monsieur de Drucourt, il sera le premier à la porter sur l’échafaud. Le bien du service, l’interêt de la vérité et le bon exemple l’exige , c’est Monseigneur, d’après Monsieur de Drucourt que je parle et ce sont ces vrais sentiments que j’ai l’honneur de vous exposer.

Qu’il me soit permis Monseigneur, de finir par quelques réflexions sur le malheureux gouverneur de Louisbourg, il sert le Roy depuis plus de quarante ans, il n’a jamais quitté les départements de la mer, les généraux sous lesquels il a servi ont tous donné les apostilles les plus flatteuses sur son compte, il a été nommé sur sa sagesse et sa conduite et sans sollicitation, commandant des gardes du Pavillon à Brest, il commença pour lors à entamer sa légitime(fortune) son revenu ne suffisant pas , disait il, pour suivre avec décence et dignité à la tête de la jeune noblesse qu’il commandait et auxquels pour s’attirer leur amitié et leur confiance il donnait à manger tous les jours alternativement, le Roy l’a ensuite honoré du gouvernement de Louisbourg sans l’avoir encore demandé et il y a achevé de manger sa légitime pour satisfaire aux avances de son départ ce qui l’a réduit à des emprunts pour lesquels sa famille va cotiser , il est si vrai et si réel qu’il est actuellement sans aucun bien et sans aucune fortune qu’il défie qui que ce soit de pouvoir indiquer en France ou ailleurs un endroit ou il possède un écu de revenu dans quelque genre que ce puisse être ; Monsieur de Drucourt n’a point rougi de sa pauvreté parce qu’il s’est flatté d’avoir acquis de l’honneur et de la réputation, mais il ne pourrait survivre coupable à son honneur compromis serait pour lui une idée accablante qu’il ne pourra jamais supporter, il ne vous demande pas de grâce, Monseigneur, mais il vous demande justice et je vous supplie instamment de la lui vouloir bien accorder

J’ai l’honneur d’être avec tout le respect possible

Monseigneur, votre très humble et très obéissante servante Courcerac de Drucourt

A Drucourt le 22 septembre 1758 proche de Bernay en Normandie

Pardonnez la rature ,Monseigneur, à la faiblesse de ma tête « 

Dés son débarquement en rade du Morbihan, à bord de l’Essex, M. de Drucourt annonce au ministre « qu’il y a beaucoup de malades manquant de tout « .Il est également signalé Augustin de Bosc Henry, rapatrié à Dunkerque, ruiné, se retrouve sans aucune fortune, argent ou bien, sa santé s’est considérablement altérée.. Augustin de Bosc Henry et 53 autres officiers de l’île Royale perçurent quelqu’ argent afin qu’ils puissent rentrer dans leur foyer . Se retrouvèrent ils à Drucourt… ?

Il semble que le courrier et les documents envoyés par Mme de Drucourt portèrent leurs fruits. En effet, Claude Louis de Massiac, ministre de la marine, au regard des faits, ne blâmât point notre drucourtois pour les dispositions prises lors des événements de Louisbourg vis à vis de l’escadre française et des marins dont il avait la responsabilité. Et c’est ainsi qu’après avoir retrouvé son épouse adorée, sa famille, son honneur, le 1 janvier 1759, il rentre dans le service naval …Malheureusement, sa fortune est bien maigre voire inexistante.

Le ministre Choiseul concoctait avec les alliés européens un débarquement en Angleterre et d’y porter la guerre afin de compenser les déboires et les défaites qui se succédaient sur le continent. Le cabinet britannique toujours diriger par Pitt ordonna la construction massive de vaisseaux de guerre et un immense effort national fit que la blanche Albion se trouva munie de 420 vaisseaux de guerre mais sa santé l’oblige à se retirer. Les escadres françaises furent défaites lors d’affrontement au large de Lagos au Portugal puis au large de Belle Isle …Notre flotte exsangue, le plan de Choiseul s’écroulait et le France n’avait plus aucune chance de recouvrir ses territoires du Nouveau Monde…..Quant à l’anglais James Wolfe , adversaire heureux d’Augustin fût mortellement atteint à la poitrine lors de la bataille des plaines d’Abraham dans un assaut héroïque et mourut ainsi en soldat comme il le rêvait, le 13 septembre 1759 .

Une note du ministère de la Marine , rappelle la carrière d’Augustin , suite à sa demande de se retirer du service naval…

« Le chevalier de Drucourt, capitaine de vaisseau sert dans la Marine depuis 43 ans. Il a été fait

  • garde de la Marine en 1719
  • enseigne de vaisseau en 1731
  • lieutenant en 1741
  • capitaine en 1751

Il a effectué 16 campagnes , s’est trouvé à la guerre des sauvages Natchez au Mississipi et à un comb….

Il a occupé pendant quatre années la place de gouverneur de l’Isle Royale et a été fait prisonnier lors de la prise de cette île et s’est comporté pendant ce siége avec beaucoup de prudence et de fermeté. Le dérangement de sa santé le mettant hors d’état de continuer le service, il supplie le Roy de lui accorder la permission de se retirer pour se retirer à Louisbourg où il s’est comporté avec la plus grande intégrité lui a occasionné beaucoup de dépenses et à beaucoup diminué les dépenses que lui a occasionné son séjour à Louisbourg ……le dérangement de sa santé le mettant hors d’état de continuer son service, il supplie sa Majesté de vouloir lui accorder la permission de se retirer . On propose à Sa Majesté de lui accorder une pension de ………………. « 

Augustin quitta la Marine au cours de cette même année, bien que sans le sou, en effet l’autorisation de quitter le service n’avait point été accompagnée d’une rente.

Augustin revînt il à Drucourt ?…Sans doute , car son frère lui vînt en aide financièrement . cependant, il semble que la Mer qui lui avait permis de s’ouvrir au Monde, à l’ Aventure et lui avait offert un destin hors du commun exerçait sur lui une attraction sans bornes. C’est sans doute pour cela qu’ il se retira dans la ville du Havre où il vécut des secours pécuniaires de son frère dans l’attente d’une pension qui lui avait été accordée au regard de ses états de services . Sans doute désabusé sur la politique des grands du Royaume dont il fût l’un des jouets , il vécut auprès de son admirable épouse dont l’affection indéfectible lui fût d’un grand réconfort. Il envoya mémoires sur mémoires pour obtenir la rente digne d’un officier qui avait toujours servis son roi …Mais en vain, nul écu , nulle bourse ne lui était octroyée….

C’est Ie 28 août 1762 que mourait cet homme dévoué à son Roy

Dans une autre note du ministère de la Marine, l’on trace la supplique rituelle appelant à la générosité royale……

 » 13 octobre 1762

Le sieur Chevalier de Drucourt, capitaine de vaisseau , vient de mourir. Il servait dans la Marine depuis 43 ans. Il avait fait 16 campagnes. Il avait été à la guerre des sauvages Natchez au Mississipi et s’était trouvé a un combat de mer. Il a occupé pendant quatre années la place de gouverneur à l’Isle Royale jusqu’à la prise de cette Isle et s’était comporté dans cette place avec le plus grand désintéressement et la plus grande probité.

Il laisse une veuve très pauvre sur laquelle Sa Majesté, est suppliée d’accorder une pension sur le Trésor Royal qui la mette en état de subsister, elle paraît dans le ca…………….de service de son mari d’éprouver cette marque de la bonté de sa Majesté . ( Paraphé en gage de signature la mention suivante)

Bon 1000 livres « 

C’est ainsi qu’enfin, Marie Anne reçu peu de temps après enfin la pension de 1000 livres, tant attendue , malheureusement la disparition d’Augustin pour lequel elle avait tant fait, la mît dans un chagrin indescriptible….

Marie Anne de Bosc Henry , née Aubert de Courserac décéda en octobre 1762, deux mois après son époux….quelques jours après avoir reçu enfin la reconnaissance pécuniaire du Roy pour lequel ils avaient tant donner…

  1. Précis pour Monsieur le Baron de Drucourt sur la dette du chevalier de Drucourt sur le Trésorier de Louisbourg

Si le chevalier de Drucourt , cadet de Normandie, né sans aucune fortune et réduit à la pension alimentaire, ainsi qu’il est prouvé ; eut cependant laissé une succession considérable en argent, en effet ou en acquisition de quelques terres ou rentes : il serait naturel d’attribuer ce changement de fortune à quelques profits qu’il aurait pu faire pendant ses quarante années de service sur les vaisseaux du roy.

Si dans cette situation, il eut fait sans autorité des emprunts considérables et illégitimes à la caisse de la Colonie, il est courant que Messieurs du bureau de la Commission pourraient en vertu de leur établissement appelle l’héritier du chevalier de Drucourt pour payer le Roy ou rendre compte de la succession

Dans une pareille circonstance, l’héritier n’aurait pas d’autre parti à prendre que de demander grâce à Sa Majesté ou à ses ministres ; car c’est là le cas d’être réduit à prier ou à payer.

Mais le chevalier de Drucourt pendant toute sa vie et à sa mort s’est trouvé dans une position bien différente.

Sa façon de dépenser et son désintéressement, reconnu du Roy par l’aveu du Ministre , ne lui ont jamais permis de tirer du service d’autres secours que ceux des appointements attachés aux différents emplois qu’il a occupé.

Il est prouvé qu’il est mort sans aucun biens et avec beaucoup plus de dettes que d’effets.

Il est prouvé que sa veuve a pris qualité d’héritière, qu’elle s’est emparée de succession sans avoir fait aucun scellés et qu’elle en a joui pendant les deux mois qu’elle a survécu à son mari.

Il est prouvé que le fils de cette veuve d’un premier lit a requis le procureur du Roy de mettre les scellés sur les effets qui étaient dans la maison, qu’avait occupé le chevalier de Drucourt et qu’il a fait observer dans l’inventaire que les effets à répertorier appartenaient à sa Madame sa mère.

Il est démontré que le fils de la dite veuve a encore demeuré quatre mois au même lieu ou après avoir eu le temps et la commodité de faire la balance des effets à vendre avec la dette à payer, il a fini par renoncer à la succession de sa mère et à se déclarer opposant à la vendu pour une somme de six mille livres qui lui était réellement due du chef de sa mère qui avait été sa tutrice et qu’elle devait lui rendre à sa majorité.

De tout ces fait réellement existants, il résulte necessairement que le baron de Drucourt n’a pris aucune qualité dans la succession de son frère puisque cette succession était devenue celle de la veuve et que c’est par cette qualité que Monsieur de Savigny , son fils se porte pour opposant à la vendue des effets répertoriés comme appartenant à sa mère et sur lesquels il se déclare créancier d’une somme de 6000 livres.

Après le départ de Monsieur de Savigny les créanciers se présentent de ous cotés se portent opposant à la vendue des effets repostés dans la maison qu’avait occupé le chevalier de Drucourt et dont le propriétaire demandait qu’on lui la remise au plutôt.

Le baron de Drucourt se présente aussi pour avoir les papiers et titres qui concernaient la correspondance de son frère avec la cour, sur les détails de son gouvernement mais on ne veut pas lui donner a moins qu’il m’ait pris qualité.

Le 10 février 1763, le traité de Paris mettait fin au conflit qui avait embrasé l’ Europe, l’Espagne s’étant ralliée entre temps à la France face aux victoires anglaises. Ce traité abandonnait à l’Angleterre le Canada, la partie de la Louisiane à l’Est du Mississippi, la vallée de l’Ohio, la Dominique, Saint Vincent et Tobago, la Grenade, le Sénégal, (sauf Gorée) . la France cédait son empire des Indes en ne gardant que cinq comptoirs. Le traité spécifiait que les Acadiens prisonniers devaient rapatrier des ports français, ce qui fût fait. C’est ainsi que des milliers d’acadiens arrivèrent en France ; leur peine, leur désespoir incommensurable et le délabrement de leur santé ne pouvaient qu’inspirer la plus profonde pitié. Mais pour la plupart d’entre eux, ce qui amenait la souffrance morale était le démantèlement des familles. Ils étaient sans espoir de retrouver un jour soit un époux, une épouse, des parents ou des enfants débarqués sur des rivages étrangers. Selon l’abbé Casgrain :  » ils étaient comme des plantes arrachées, ils ne pouvaient plus se reprendre à la vie. La nostalgie les tuait autant que la misère. « 

En France, on s’émut fort peu des événements relatifs aux colonies d’Amérique et la perte des territoires d’Amérique du Nord fît écrire à Voltaire dans  » Candide  » les mots suivants  » Vous savez , ces deux nations (l’Angleterre et la France) sont en guerre pour quelques arpents de neige vers le Canada, et qu’elles dépensent pour cette belle guerre beaucoup plus que le Canada ne vaut. « 

L’essentiel avait été de conserver les îles donnant le sucre ( Martinique, St Domingue, Guadeloupe….). On considérait avec une désinvolture consternante notre empire colonial ce dont aujourd’hui on mesure les conséquences économiques et linguistiques. Dans les rues, l’on se moquait en chansons de l’incapacité des officiers, de la faiblesse des ministres.

Le jugement de l’histoire

Bien que le sort des armes nous fût contraire, il convient aujourd’hui de réhabiliter la mémoire d’Augustin et Marie de Bosc Henry. En effet, il est facile de critiquer cet homme quant aux décisions prises avant et pendant le siège de la forteresse dont il avait la responsabilité si l’on raisonne selon les règles militaires de notre siècle.

Mais si l’on se réfère aux manuels édictés par Vauban, au XVIIiéme siècle, la guerre de siège comprenait deux volets importants. Premièrement, aucune forteresse ne devait résister indéfiniment à une invasion. En fait, toute forteresse qui pouvait résister à une attaque durant huit semaines était considérée comme un succès. Deuxièmement, la force minimale requise pour défendre une forteresse de la taille de Louisbourg était de 3500 hommes. Il faut donc considérer comme un exploit le fait que Louisbourg ait pu résister sept semaines avec une force défense composée de quelques 1500 hommes. En France, des renforts pouvaient aisément être acheminés par voie de terre pour secourir une forteresse assiégée, à contrario Louisbourg ne pouvait être défendue qu’avec l’aide de la Marine française. On peut donc considérer que la France prit une mauvaise décision en choisissant de renforcer ses forces de terre en Europe au détriment de sa marine, cela fût le facteur déterminant de sa chute. 15 navires de guerre français furent immobilisés dans le havre d’où ils lançaient d’inutiles boulets sur les troupes britanniques. Par contre les Anglais avaient 39 navires de guerres à leur disposition. Il est clair que Bosc Henry fût battu par des forces beaucoup plus supérieures et qu’il menait un combat voué à l’échec au départ.

L’historien J.S. Mac Lennan considère qu’Augustin du Bosc Henry fût  » un homme assez fort pour faire montre de patience devant la situation déprimante d’une lutte sans espoir, mais qui n’était toutefois pas doué de cette force extraordinaire qui réussit à communiquer sa détermination aux récalcitrants et aux hésitants « 

Epilogue

Environ 2800 acadiens réussirent à revenir, en bandes errantes, tristes et faméliques sur les chemins d’Acadie. Ce retour des réfugiés inspira le poète Longfellow :

 » Pendant ce temps, en Acadie, c’est toujours la forêt vierge, mais à l’ombre de ses feuillages, habite maintenant une autre race, aux mœurs différentes et parlant une autre langue. Seulement le long des rivages du triste et brumeux Atlantique, languissent quelques paysans acadiens, les fils de ceux qui, s’étant échappés de leurs prisons lointaines, sont revenus jusqu’ici pour mourir et reposer dans le sol natal. « 

Daniel Louis


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