les évenements de 1842

Il y a 160 ANS … 1842

Un second mouvement ouvrier à Drucourt.

Décembre1840

Des craintes fondées d’émeutes par les ouvriers rubaniers du canton de Thiberville , menés par un certain FOUQUET de la commune du Planquay ,s’étant manifestées, l’autorité administrative et judiciaire intervint et concilia les fabricants et les ouvriers en faisant établir sous son patronage un tarif qui semblait satisfaire tout le monde.

Par la suite on n’entendit plus parler du commencement de coalition qui avait eu lieu.

1842 :

La vente des produits à base de rubans est très difficile du fait de la concurrence étrangère, un projet d’union douanière est en cours de discussion avec la Belgique; Quelques petits marchands fabricants ayant peu de métiers à tisser et utilisant des matières inférieures baissent les salaires des ouvriers , peu de gens s’émeuvent .

Samedi 7 octobre 1842

M le lieutenant de gendarmerie Bayard rencontre M Pesnel, un des plus importants fabricants de Bernay , sur les intentions de baisse des prix par Mrs CONARD. M Pesnel considère que cette action n’est pas justifiée au titre de la concurrence et que si cette disposition est exécutée les ouvriers seront poussés au désespoir par l’impossibilité où ils se trouveront de nourrir leurs familles. M Pesnel signale que si une nouvelle coalition voit le jour , elle sera formidable et obligera l’autorité à recourir à la Force pour l’anéantir. Par ailleurs, l’autorité administrative est usée et ne saurait renouvelé les accords de 1840 , son rôle se cantonnant à une conciliation et à des bons offices de dialogue pour préserver la tranquillité publique

Mrs Pesnel et Masselin, fabricants à Bernay sont décidés à faire des sacrifices pour maintenir aussi longtemps que possible leurs prix tels qu’ils sont fixés aujourd’hui , ils ne diminueront ces prix que dans la mesure où ils seront forcés par la concurrence.

Lundi 9 octobre 1842

Au mépris de la foi jurée d’un acte sous seing privé revêtu de signature authentique, Mrs CONARD, fabricants à Drucourt, ont annoncé à leurs ouvriers , qu’a daté de jeudi prochain 13, ils leur feraient subir une diminution de deux francs par semaine, formant le 5 iéme de leur salaire, et enfin qu’au bout d’un mois, ils leur feraient subir une seconde diminution de deux francs ce qui fera descendre en définitive de 9 à 6 Francs le prix de la semaine des travailleurs. . Cet avis a ému les ouvriers, les meneurs de 1840 se sont mis à nouveau en marche mais individuellement, et l’opposition au exigences de Mrs Conard s’organise. Dix ouvriers sont venus voir M de Saint Germain , sous préfet et l’entretenir de leurs intérêts , ce dernier étant absent ils se sont rendus chez M Pesnel , fabricant à Bernay qui est assuré du respect et de la confiance de la classe ouvrière. Ils lui ont exposé leurs griefs et lui ont dit qu’ils s’opposeraient de tous leurs pouvoirs à la diminution qu’on veut leur faire subir. Ils se sont engagés à attendre le retour de Monsieur le préfet , mais ont indiqué que si ce retour ne faisait attendre, pourraient ils faire patenter les 3000 à 4000 ouvriers de tout sexe et de tous âges.

Jeudi 12 octobre 1842

le cabinet du préfet est avisé qu’un rassemblement ouvrier doit avoir lieu à Drucourt le 15 octobre de midi à deux heures

vendredi 13 octobre 1842

le ministre de l’intérieur rappelle au préfet que cette « affaire » est de nature à éveiller l’attention de l’autorité. Cependant , l’Administration ne saurait intervenir dans les discussions des salariés qui peuvent s’élever entre les fabricants et les ouvriers. « Ce sont des débats d’intérêt privé auxquels l’administration doit resté étrangère. Mais tout en respectant la libre concurrence des opérations commerciales, elle a pour mission de prévenir les fâcheuses collisions. J’ai tout lieu d’espérer que la tranquillité publique ne sera point troublée à Drucourt et que les ouvriers rubaniers resteront dans les limites de la légalité »

dimanche 15 octobre 1842 :

A 10 H 00 , à Bernay, Le lieutenant de gendarmerie avec une brigade divisée en trois patrouilles ( partant à ½ heure d’intervalle) quitte la ville pour parcourir les différents villages réputés pour leur industrie de rubans.

A 13 heures, les patrouilles se retrouvent sur la place de l’église de Drucourt , où les rejoignent Monsieur le procureur du Roy et le Juge d’instruction. Aucun rassemblement s’effectue et tout semble normal. Les industries fonctionnent et aucun trouble n’est signalé.

La brigade de gendarmerie de l’Hôtellerie vient au cours de l’après midi s’aboucher à Drucourt avec leurs collègues.

Une enquête aboutit qu’un dénommé HUE aurait menacé de brûler les chais des fabricants, d’autres menaceraient de brûler les métiers. Le grand meneur serait Fouquet, de la commune du Planquay , il a un passé de soldat comme fourrier d’infanterie..

A 17 heures, le lieutenant Bayard quitte Drucourt. Peu après un ouvrier nommé Lainé en sortant de rapporter son ouvrage à Monsieur Bance, fabricant, profère des menaces à ce dernier qui vient de lui appliquer les nouveau prix à la baisse, déterminé par M Conard.. Un « témoin » grimpé dans un pommier assistant à la scène avise la gendarmerie.

A 21 h, la dernière patrouille ne signale aucun incident et tout est parfaitement tranquille

A 23 heures, la couverture d’un bâtiment à usage d’écurie appartenant à M Bance, est en flammes

Lundi 16 octobre 1842 :

le lieutenant Bayard, dépêché sur les lieux du sinistre fait effectué des patrouilles pour recueillir des indices à l’encontre de Lainé. Le juge d’instruction entame son enquête et un mandat d’amener est délivré à l’encontre de Lainé ; 3 gendarmes se dirigent vers St Vincent du Boulay, mais averti le suspect ne peut être appréhendé.

Les hommes et les chevaux de la brigade de Bernay sont très fatigués et il est envisagé la présence de renfort.

Mardi 17 octobre 1842 :

le Préfet de l’Eure voit également dans ces faits , une montée d’inquiétude et une lutte politique fondés sur une rivalité entre fabricants. L’opposition profiterait de ce désaccord pour souffler la discorde à l’approche des élections du conseil général de Messieurs CONARD , dont l’un deux cesse cette année de faire partie , en discréditant le crédit commercial de M Pesnel dans le canton de Thiberville. On voudrait à la fois le punir de l’appui qu’il a donné à l’élection de M Le Prévost et le rendre impopulaire pour empêcher sa nomination au Conseil Général regardée comme probable et appuyée par tous les conservateurs.

Mercredi 18 octobre 1842 :

M Lainé dit « Leduc » se constitue prisonnier , entendu par le juge d’instruction , ce dernier le remet en liberté provisoire. Le préjudice de M Bance est évalué à 850 F et ce dernier n’est pas assuré. Le juge d’instruction ne se prononce pas sur l’aspect criminel de l’incendie mais demande à ce que l’enquête se poursuive n’écartant pas l’hypothèse d’un acte provenant d’ouvriers irrités.

jeudi 19 octobre 1842 :

réunion à la sous préfecture de Bernay des principaux chefs de l’industrie rubanière afin de rechercher des mesures donnant satisfaction au réclamations fondées des ouvriers. Les fabricants conviennent qu’au niveau auquel est fixé le salaire de la plupart des ouvriers, ceux ci ne peuvent trouver dans leur travail les moyens d’existence suffisant. Par ailleurs, ils étaient dans l’impossibilité d’augmenter le prix de l’aune à causes des pertes considérables qu’ils en éprouveraient. Ils ajoutent que la plus grande partie du mal vient de ce que le nombre des ouvriers dépasse de beaucoup les besoins de la production. ; qu’ainsi l’équilibre se trouve rompu et qu’ils devient , dés lors, indispensable que 12 ou 1500 ouvriers cherchent dans une autre industrie les ressources nécessaires à leurs besoins. En cet état de chose, vraiment déplorable , le sous préfet Saint Germain propose à messieurs les fabricants d’augmenter les prix de vente afin de se créer des bénéfices qui leur permettraient ensuite d’améliorer la condition de l’ouvrier. La proposition est adoptée et il est convenu qu’un projet de traité sera rédigé et soumis à l’approbation de tous les fabricants. Cependant le s/préfet doute de l’adhésion des fabricants en proie à des luttes intestines et des différences de taille des différentes fabriques et ne voit une situation calme que dans un horizon de un mois ou six semaines .

vendredi 20 octobre 1842 :

M Vincent CONARD écrit directement au préfet de l’Eure pour lui signifier que le rapport, établi sur la situation et communiqué à la préfecture , est erroné. Il proteste sur la manière indigne dont il se trouve traiter ainsi que son frère , « chefs de la maison Vincent Conard Frères ». « les expressions dans lesquelles nous y sommes traités pouvant nuire à notre considération, il serait fâcheux et dangereux pour nous que ce rapport reste dans les archives de la préfecture ou dans les bureaux d’un ministère » M Conard visiblement en colère argumente : « M le s /préfet sait combien, nous et deux ou trois fabricants pour ne pas faire subir la diminution aux ouvriers conformément aux pris qu’ils sont payés depuis trois ou quatre ans par plus de 25 fabricants sur 30. Cette lutte a servi les fabricants qui ont payé au dessous d’un tarif convenu et nuit singulièrement à ceux qui ont tenu puisqu’ils ont suivi qu’à force de grands sacrifices. Ces sacrifices , ne pouvant plus continuer, il devient impossible pour nous et pour nos deux ou trois confrères qui ont jusqu’alors avec nous suivi le tarif de ne pas se conformer aux prix généralement pratiqué , nos efforts n’ayant pu amener nos confrères à payer comme nous. Nous sommes obligés de payer comme eux ou de quitter la fabrication, si nous voulons ne pas compromettre ce que nous possédons. Après avoir prévenu nos ouvriers dans un temps convenable, nous avons commencé à faire supporter la baisse à la fin de la semaine dernière et j’ai la satisfaction de vous dire que tout est parfaitement dans l’ordre et que la tranquillité qui nous si nécessaire à tous, ne sera pas un instant troublée. L’ouvrier comprendra, je l’espère que deux ou trois fabricants sont impuissants à les occuper tous , et ni tenir plus longtemps une concurrence ruineuse pour eux. »

Mercredi 25 octobre 1842

A Drucourt, 800 ouvriers rubaniers hommes femmes et enfants se réunissent sur la place de l’église . Ce mouvement visite plusieurs fabricants pour les inviter ou les contraindre à se rendre à Bernay ; une douzaine accepte d’aller à l’assemblée de Bernay.

400 ouvriers rubaniers se rendent à Bernay ou se réunisse une douzaine de fabricants sur 36 environ, exerçant dans le canton de Thiberville . Réunion qui avait pour but de s’entendre sur les mesures à adopter entre eux relativement à la main d’œuvre dans l’industrie rubanière.

Les délégués des ouvriers ( 30 personnes environs) se sont expliqués devant les fabricants, exposant leurs plaintes. Les fabricants se trouvant en nombre minoritaire pour décider ont ajournés leurs débats à samedi prochain 28 octobre . Les ouvriers retournent vers 17 h chez eux, aucun désordre n’a été commis et tout s’est passer dans un grand calme.

Néanmoins, la population de Bernay est très inquiète et semble avoir été fortement impressionnée par ce mouvement.

Dans les campagnes environnantes, une grande effervescence règne, des ouvriers rubaniers de Drucourt essaient d’obtenir le ralliement de leurs homologues de Brionne, Saint Germain la campagne. Les motifs sont que « les maîtres » ne s’entendent pas sur les moyens de leur donner satisfaction. Que toutes ces réunions où ils supplient ne sont que parlottes inutiles et qu’ils se font bernés , les « têtes ardentes » du mouvement conviennent de recourir à la violence. On force des fabricants à quitter leurs occupations pour aller à Bernay, on fait encore plus en allant chez des ouvriers qui hier, inoffensifs pour les forcer à faire partie de l’attroupement , chez certains ouvriers qui refusent, des navettes sont cassées ainsi que d’autres ustensiles servant à la fabrication du ruban. Ils sembleraient que l’on décompte 200 ouvriers malveillants

Vincent Conard écrit au préfet pour obtenir un recours à la force pour en imposer

jeudi 26 octobre 1842

Le préfet de l’Eure écrit à M Conard qu’il a bien compris sa position mais que concernant le rapport impliquant les frères Conard, il le conserve dans son administration et refuse de le retourner au sous préfet. Il précise qu’il se rendra en personne à Bernay, vendredi prochain

En effet Le préfet de l’Eure pressentant un samedi chaud en raison de cette réunion, du retour des ouvriers ajouté de la tenue d’un jugement de l’affaire des charités sollicite qu’un détachement du train des équipages en garnison d’Evreux ( 60 hommes ajouté d’ 1 officier et des sous officiers) se dirige vers) se dirige pour vendredi à Beaumont le Roger pour intervenir si besoin samedi et par ailleurs à ordonner que soit avancée la délibération des fabricants à Bernay de 24 heures.

Vendredi 27 octobre 1842 :

70 hommes du corps du Train des Equipages, basés à Evreux se dirigent vers Beaumont sous les ordres d’un officier , encadré par un adjudant, deux maréchaux des logis et 4 brigadiers.

Par ailleurs le lieutenant général , commandant le 14 iéme à Rouen envoie une compagnie d’élite du 1 ier léger , doit coucher à Bourgtheroulde pour arriver samedi matin à Bernay.

Les ouvriers prévenus de la tenue de la réunion à la sous préfecture de Bernay, envoie une délégation et commence à se rassembler sur la place.

Le préfet refuse la présence de la délégation durant les débats tant que le rassemblement n’est pas dissout.

.

11 h Réunion des fabricants ,ils sont 21 autour de la table . Une résolution après des débats difficiles est prise , il est décidé de remettre en vigueur le tarif de 1840. Cette résolution arrêtée , le préfet fait venir la délégation d’ouvrier , ensuite la délégation instruite du résultat va retrouver le rassemblement d’ouvriers qui se tient place Royale. Malheureusement, le mouvement réclame désormais une augmentation sur les tarifs de 1840 et décide de l’imposer arbitrairement sous menaces d’incendier les fabriques…

La situation est à nouveau bloquée. Le préfet sort pour entretenir les manifestants ainsi qu’un fabricant pour les encourager à se retirer paisiblement. En vain, le préfet décide faire intervenir la gendarmerie.

14 h 00 Le lieutenant Bayard dégage l’hôtel de ville et campe ses hommes devant , espérant une usure du mouvement. Des menaces à l’encontre des fabricants toujours bloqués dans l’hôtel de ville fusent sans arrêt entremêlés d’appels à des augmentation de prix. Des ouvriers commencent à dépaver la place. Le rassemblement gonfle , l’on dénombre environ 800 personnes. Peu à peu des individus louches et sinistres jusque là dans les cabarets se joignent peu à peu au mouvement.

16 h 30 La nuit approche, il devient urgent de disperser le rassemblement , les 20 gendarmes sur ordre du préfet marche en avant à cheval mais sabre au fourreau . Les ouvriers ; refoulés par les mouvement des chevaux des gendarmes dans un premier temps ;se ruent à l’assaut des gendarmes à coups de bâtons et de pierres , les gendarmes , touchés par cette grêle de pavés et de bâtons ,sont obligés de se replier sous les murs de l’hôtel de ville.

Le préfet sort sur son cheval, 40 pas en avant de la gendarmerie pour calmer la foule et sommer les ouvriers de se retirer. Peine inutile…Un ouvrier lui jette une pierre qui l’atteint au coté gauche, un autre jet de pierre percute l’avant bras , le préfet s’empare d’un de ses agresseurs , il appelle à la rescousse , dans le tumulte, l’ouvrier se dégage …Le lieutenant Bayard ordonne à la gendarmerie d’engager l’ assaut sabre au clair et sans ménagement et dégage rapidement le préfet puis s’engage à nouveau vers la foule . La vue des sabres et la charge au trot des chevaux ont vite raison du rassemblement , rapidement la place Royale est libre , six ouvriers sont blessés légèrement. Profitant de la nuit, les gendarmes lancés à la poursuite des meneurs, ne peuvent procéder à des arrestations.

Les fabricants avant de sortir de la sous préfecture s’accordent néanmoins sur une légère augmentation souhaitant visiblement retrouver la sérénité dans leurs fabriques.

Samedi 28 octobre 1842 :

Vincent Conard envoie un billet en urgence à Bernay en appelant au secours le préfet , il précise qu’un rassemblement considérable d’hommes veulent intenter à nos jour et incendier notre fabrique.

La gendarmerie panse ses blessures : Le lieutenant Vincent Bayard a reçu un jet de pierre à la poitrine, ainsi que le maréchal des logis Levigneur ( 31 ans de service, 17 années dans son grade, 3 campagnes), le gendarme Chefdor est atteint aux reins, sa jument a reçu un coup de bâton dans l’œil droit, le gendarme Lequeu est touché à la tête et cheval est blessé par plusieurs coups de bâton à la tête est abattu, le gendarme Bourbon se plaint de plusieurs coups de pierres sur le corps , les gendarmes Gibert, Dudion, Bertin sont atteints au coté droit, le gendarme Derivary est touché aux reins, le gendarme Carbonnier est touché à la cuisse droite, le gendarme Laudret a reçu des coups de bâton au coté droit, le gendarme Charpentier a reçu des pierres au coté gauche . Les juments des gendarmes Dourlens et Schreiner sont écorchées aux jambes par des coups de pierre.

10 h 00 Bernay est calme. Une patrouille de gendarmerie partie hier à Drucourt, revient à Bernay, elle signale que la campagne est tranquille et qu’il semble que les ouvriers sont rentrés chez eu, fatigués de leur journée d’émeute.

Le détachement Du Train en provenance d’Evreux pénètre dans Bernay 20 hommes en sont détachés avec un gendarme pour patrouiller en campagne. Un détachement part pour Thiberville pour se rejoindre Drucourt.

Le marché de Bernay se tient comme à son ordinaire , sur la place quelques ouvriers, ils sont calmes . La rumeur d’une augmentation accordée par les fabricants va d’étal en étal . Le préfet ordonne l’ajournement du jugement qui devait se prononcer à l’encontre des agitateurs de Thiberville à l’occasion des « charités ».

14 h 00 : le préfet recevant le mot de Vincent Conard envoie à Drucourt la compagnie de grenadier du 1 er régiment d’infanterie ainsi que 10 gendarmes et 10 soldats du Train à cheval , l’ensemble commandé par le capitaine De La Barre

Bernay est protégée par 2 brigades de gendarmes et 60 soldats du train à pied. Malheureusement, le préfet ne dispose pas de cartouches à Evreux ainsi qu’a Bernay.

Dimanche 29 octobre 1842 :

Les rapports transmis au préfet sont excellents, les craintes de Vincent Conard étaient non fondées ; les ouvriers de Brionne, de Saint Germain la Campagne et Lisieux qui devaient se réunir vers Thiberville ont semblent ils renoncés à leur projet compte de la présence de la force. Par ailleurs, sur le marché de Drucourt, l’on commente les événements et le retour aux anciens prix plus la faible augmentation semble satisfaire les ouvriers dans leur ensemble.

Le procureur général Montfort et le conseiller Mipreut sont arrivés à Bernay pour entamer la procédure judiciaire et ordonnent l’arrestation des meneurs à leur domicile. Le préfet les invite à la clémence pour les ouvriers qui auraient été obligés d’assister au rassemblement et appelle à la sévérité pour les chefs de l’émeute. Quatre arrestations sont procédées dans le canton de Thiberville. Les ouvriers arrêtés sont conduits à la prison de Bernay, devant un mouvement de résistance la population, la troupe a contenu fermement les perturbateurs.

Lundi 30 octobre 1842

Le ministre de l’Intérieur renvoie dés le matin de Paris, le sous préfet de Bernay , Monsieur de Saint Germain à son poste.

Mardi 31 octobre 1842 :

A Paris, les événements sont évoqués devant la Cour Royale. Il y est décidé que la justice se montrera sévère avec discernement et rien ne ralentira son cours.

A sept heures, le lieutenant Bayard avec les deux magistrats de la Cour, se rend à Thiberville pour procéder à deux arrestations… Le foule gronde, le gendarme Chefdor est attaqué sur la place du marché par deux hommes également appréhendés

A 13 heures; arrivée à Thiberville la moitié de la compagnie du 1 er Léger arrive à Thiberville, devant un attroupement menaçant, les gendarmes mettent le sabre à la main pour s’imposer. Les soldats d’infanterie chargent devant la foule leurs armes. Le procureur général informé que des individus appelés la population à l’émeute ordonne le transfert immédiat des prisonniers sous bonne escorte vers Bernay par le lieutenant Bayard ce qui est fait.

7 novembre 1842 :

L’instruction en cours fait état de 25 arrestations sur lesquels il reste 4 individus à interroger. Le marché de Thiberville se tient sans aucune démonstration hostile de part et d’autres.

11 novembre 1842 :

le second et dernier convoi de 12 détenus est parti de Bernay vers Rouen , au total 24 personnes sont déférées devant la justice. Le brigadier de gendarmerie d’Orbec signale à M de Saint Germain qu’il tenait d’une personne qu’après le départ de la troupe, les ouvriers comptaient se venger sur Mrs Conard du traitement qui leur était infligé lors de la manifestation. Cet avis est contraire aux renseignements donnés par les différents maires qui se veulent au contraire apaisant, certifiant que la population est calme

12 novembre 1842 :

le général de Brack reçoit l’ordre de l’état major général des armées de maintenir les troupes à Drucourt et à Bernay tant que durera l’instruction en cours sur les événements.

17 novembre 1842 :

le ministre de l’agriculture et du commerce qui n’a pas été informé par le préfet de l’Eure des événements exprime son vif mécontentement à ce dernier ainsi que sur l’issue économique du conflit « On se semble pas espérer qu’ils ( les fabricants) puissent maintenir les nouveaux prix jusqu’au mois d’août prochain comme ils l’ont promis. Il parait donc y avoir lieu de craindre qu’une nouvelle baisse dans les salaire ou une réduction considérable de la fabrication n’amène le retour des désordres… » « Mais je dois vous faire observer dés maintenant, qu’un tarif pas plus qu’aucune mesure analogue, ne saurait être considéré comme un moyen d’assurer longtemps le maintien de l’ordre dans les relations industrielles. De telles conventions, en substituant aux rapports individuels qui constituent la libre concurrence des rapports d’industriels à industrie et de véritable règlements ont le grave inconvénient de faire naître ou d’entretenir l’esprit de coalition et d’être, , ainsi qu’on l’a vu quelquefois notamment dans les troubles de Lyon, un premier pas vers les plus grands désordres. J’ajoute que l’autorité ne saurait en pareil cas, user de trop de circonspection et qu’elle doit s’abstenir avec soin de toute intervention qui pourrait paraître autoriser des actes irréguliers et dangereux et lui faire prendre partie entre des intérêts à l’égard desquels elle doit conserver dans les cas son entière indépendance et toute liberté d’action. »

19 novembre 1842 :

Le sous préfet de Bernay estime ne plus avoir besoin de la troupe d’autant qu’il semble avoir des difficultés matérielles d’hébergement à résoudre. Il semble que seul le collège est le seul bâtiment public susceptible de remplir cet office, cependant ; le préfet est satisfait du travail accompli par le nouveau principal et ne souhaite pas voir le collège converti en caserne.. Le sous préfet suggère au conseil municipal de Bernay d’évoquer la création de casernement nouveau , par ailleurs il met en place le processus de création d’une chambre des Prud’hommes.

21 novembre 1842 :

Il est noté un grand calme dans le canton de Thiberville, le préfet indique qu’il est d’avis à renvoyer sur Evreux le détachement du Train des Equipages.

30 novembre 1842 :

Le général Teste laisse pour quelques temps encore la compagnie de carabinier du 1er Léger à la disposition du préfet , le colonel en chef de la 4 région de Gendarmerie sollicite l’approbation du préfet pour soumettre à l’Autorité supérieure, la nomination au grade de capitaine le lieutenant Bayard et décoré le maréchal des logis Levigneur.

26 novembre 1842 :

Par un arrêt de la chambre d’accusation de la Cour Royale de Rouen , les principaux auteurs des désordres qui ont eut lieu à Bernay au titre de coalition d’ouvrier , rébellion à main armée contre l’autorité et contre la force publique suivie de coups et blessures susceptibles de cour d’assise ; sont renvoyés devant le Tribunal de police correctionnelle de Bernay.

8 décembre 1842 :

le préfet de l’Eure exprime au ministre de l’Intérieur sa profonde déception face au recul de la justice lors du procès de Rouen. Il souhaite que le procès ait lieu à Evreux au lieu de Bernay « mais je crains beaucoup plus que l’irritation des esprits, c’est la faiblesse du Parquet, il m’est pénible de dire mais ma conscience m’en fait un devoir d’exprimer mon opinion à cet égard ; réduit aux proportion d’une affaire de police correctionnelle, abandonnée par la Cour Royale, l’accusation s’amoindrira encore entre les mains d’une procureur du Roy de caractère faible, ayant dans le pays des intérêts, des affections, ses propriétés et par conséquent soumis à toutes ses influences qui peuvent agir sur des convictions »

29 décembre 1842 :

Ouverture des débats au tribunal de Bernay . La ville est sous surveillance de 19 gendarmes à cheval et d’une compagnie d’élite du 1er régiment d’infanterie légère munie de munitions ( 75 hommes) ainsi que par les quatre brigades à cheval de l’arrondissement.

Le ministre de l’agriculture et du commerce écrit au préfet de l’Eure : « Il est certain que par suite du ralentissement dans les commandes, les grands centres de fabrication se voient très souvent dans l’obligation de diminuer la production et conséquemment de renvoyer une partie des ouvriers ou d’abaisser leurs salaires, mais dans de pareilles circonstances, les ouvriers ne doivent jamais en appeler à la violence pour obtenir des fabricants qui les emploient , des conditions qui seraient de nature à compromettre leur intérêt , c’est au maître seul qu’il appartient d’apprécier l’étendue des sacrifices qu’il peut supporter, l’ouvrier peut débattre avec lui le prix et la durée de l’a journée. Il serait à désirer que ces idées se répandissent dans la classe ouvrière et qu’elle se persuadât que les travaux de l’agriculture , qui manquent de bras, lui offrent des ressources plus nobles, c’est ce qu’il importe de lui faire comprendre… »

A Bernay, les débats continuent jusqu’à 19 heures du soir, 59 témoins à charge sont entendus.

30 Décembre 1842 :

20 témoins à décharge vont comparaître . Monsieur de St Germain se félicite de la tranquillité la plus parfaite qui règne sur la ville ainsi que dans la salle du tribunal. Les journalistes sont invités , il s’agit de M Pavenier d’Evreux et de M Gesnard, correspondant de Presse. Le juge du tribunal jugé trop faible a été remplacé par un suppléant qui du caractère et de la capacité.

L’audience après une suspension reprend à 16 heures par le réquisitoire du procureur du Roy qui se montre digne et ferme , et montre la part honorable de l’administration supérieure ( préfet) dans cette affaire , vers les 19 heures le défenseur prend la parole avec violence mais plaide avec talent et âme , incriminant peu les fabricants, ne mentionnant pas l’administration et complimentant le rôle de la gendarmerie .Le tribunal se retire en la chambre du conseil pour délibérer. La foule s’agglutine autour du bâtiment, tellement compacte que quelques évanouissements sont signalés….A 19 h 30 Le président revient dans la salle d’audience au milieu du plus profond silence et prononce le jugement :

Sont acquittés : Conard, Ecalard Romain, Fouquet, Fougy, Grieux, Le Bec aubin, Le Bec Pierre Aimé, Legué Prévost, Sifrion

Sont condamnés à 1 mois de prison : Aubin, Belouin, Femme Boulange, Decaux, Dubos, Ecalard désiré, Mulet, Reselle, Sebire

Sont condamnés à 2 mois de prison : femme Rabot, Pilou, Legras, Dubus, Cauchois

Est condamnée à 3 mois de prison : femme Rouzée

Un cinquantaine de paysans se précipitent aux portes de la prison pour accueillir à leur sortie les acquittés . Le jugement si dans un premier temps frappe l’auditoire , il n’en demeure par moins pour l’époque d’une grande complaisance d’autant que la majeure partie des condamnés se trouvent libérer du fait de leur détention préventive.

Epilogue :

1 avril 1843 :

M Pesnel, fabricant de rubans à Bernay informe le sous préfet qu’il ne peut tenir seul , envers et contre tous ces concurrents , les prix, il se voit dans l’obligation de revenir au tarif de 1840. Le sous préfet rétorque que cela prouve qu’il n’y a pas d’accord possible entre les fabricants de rubans et qu’à l’avenir, le seul rôle de l’administration se bornera à réprimer uniquement les désordres. Il demande néanmoins à M Pesnel d’agir avec la plus grande bienveillance envers ses ouvriers.

Le gendarme maréchal des logis Levigneur a été décoré.

Le préfet de l’Eure rappelle au ministre de l’Intérieur qu’il convient de porter au grade de capitaine le lieutenant Bayard et insiste d’autant « que cette récompense viendrait d’autant plus à propos qu’ils existent encore en ce moment de graves mécontentements entre les ouvriers et les fabricants, ces derniers n’ayant pas tenu les prix qu’ils s’étaient engagés à payer aux ouvriers. Mr Conard de Drucourt fait même ses dispositions pour quitter le pays et aller s’établir dans le Calvados ».

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