les évenements de 1848

Depuis les derniers mouvements ouvriers de 1842, l’univers de la Rubanerie locale à changer.

Auguste & David Conard se sont établis à Orbec et ont construit une usine qui prospère grâce à la motricité qu’offre la rivière orbiquet qui fait tourner les métiers par l’entremise d’une grande roue.

Vincent Conard quant à lui est resté à Drucourt fort de la confiance de la population , il gagne des marchés par le biais d’une véritable prospection axée sur la France entière , aidé en soi par son gendre François Pouchet ( bretagne,Tarbes, Marseille,Beziers, les Alpes…).Maire de la commune depuis 1830, il est reconnu par ses pairs comme conseiller d’arrondissement.

Cependant la mécanisation des métiers commence à peser à la fois sur les coûts et les besoins moindre en main d’œuvre . Le cycle de la diminution d’ouvriers rubaniers commence . Par ailleurs la misère fait son apparition…

30 janvier 1847

Un arrêté municipal est publié à Drucourt

« Vu le prix excessif du pain et l’extrême misère des malheureux, il est urgent de venir à leurs secours et il entre dans nos attributions de fixer le poids du pain, d’exiger de chaque boulanger de mettre sur son pain sa marque de fabrique et de limiter les déchets de cuisson »

Le 20 MAI 1847,

François Roger , boulanger à Drucourt porte plainte pour vol de 4 tourtes de pain de 9 kg chacune. Vincent Conard et le garde champêtre interpelle à son domicile Désir Seraphin Maurey, rubanier qui reconnaît les faits pour cause grande misère, que la nécessité de commettre ce vol est d’être sans pain ni argent ; le pauvre est dans le chagrin le plus profond qu’il ne peut en signer le procès verbal.

la Municipalité de Drucourt délivre en juin 1847 293 permis de glaner pour le seul territoire communal.

Au plan national, un mouvement d’ouvrier parisien , à sa plus grande surprise, à détrôner le roi Louis Philippe en trois jours durant le mois de février 1848. L’état de république est proclamé,un gouvernement provisoire présidé par Dupont de l’Eure , composé de Lamartine, Arago, Carnot, Ledru-Rollin, Crémieux, Blanc, Albert, etc… La province est surprise. Dans la foulée du mouvement , des mesures sont prises : garantie du travail, droit d’association pour les travailleurs,une commission pour améliorer le sort des travailleurs, la création d’ateliers nationaux pour employer les chômeurs aux travaux de terrassement, payés 2 F par jour, journée de 10 heures pour les ouvriers parisiens et 11 h pour les ouvriers de province, abolition du marchandage ( adjudication du travail à un seul homme). En mars 1848 : la bourse s’effondre, la rente ne rapporte plus guère, la jeune république crée un impôt sur le capital , des faillites s’ensuivent….Les élections du 23 avril au suffrage universel voient le retour des modérés et des conservateurs aux affaires. Les ultras révolutionnaires sont emprisonnés. Les Ateliers ont attirés tous les chômeurs de province qui sont mieux payés à faire des terrassements inutiles que chez eux. D’ailleurs, il y a tellement de chômeurs que les ateliers n’ouvrent bientôt qu’un jour sur deux, les ouvriers étant néanmoins payé 1 F concernant les jours sans travail….pour les jours travaillés, l’inaction faute de chantiers était cause de jeux de cartes et de beuveries pour d’autres, un état de révolte a brisé les outils par découragement ou humiliation.

Au cours du printemps 1848,

Le souffle du monde ouvrier venant de Paris atteint notre région, où les corporations ouvrières réclament une reconnaissance et exposent leurs états de misères. A Bernay, les ouvriers détruisent des machines anglaises, symbole du chômage.

C’est ainsi que les tisserands en toile de l’arrondissement de Bernay établissent une pétition pour signaler l’état catastrophique de leur profession. Des commissaires administrateurs provisoires de commune tel que M Desmenager de St Victor de Chrétienville tient à signaler que les souffrances des ouvriers ne sont pas exagérées …

A destination du « citoyen ministre du commerce » transmise au commissaire administrateur de l’arrondissement ( sous-préfet) , ce dernier refuse dans un premier temps la pétition ,

le 10 juillet 1848

Sur l’insistance de la corporation, le sous préfet cède et transmet au préfet la pétition dont voici le texte :

Les Maîtres et ouvriers toiliers du Lieuvin et du Pays d’Ouche ( Eure) au citoyen ministre du commerce…

Dans la conviction que tous vos efforts tendent à garantir du travail à tous et à assurer à tous un salaire suffisant, les ouvriers toiliers osent vous prier de faire pour eux ce qu’on a déjà fait pour tant d’autres dont les souffrances n’étaient pas comparables aux leurs et s’ils n’ont pas eu recours plutôt à votre équité et à votre bienveillance universelle , c’est qu’ils savaient que veilles étaient employées à cicatriser d’autres places.

Depuis longtemps, ils gagnaient de 26 à 28 francs par mois et pour confectionner la marchandise qui leur procure cette modique somme ils ont 6 francs de frais, il leur reste donc net de 20 à 22 francs par mois. Les désastreux résultat s produit par le tissage à la mécanique sont tels que s’ils veulent établir une concurrence avec les machines qui augmentent dans une affligeante proportion, leurs gains seront de 20 à 25 centimes par jour.. C’est là une position affreuse. On est touché de leur résignation, on est forcé d’admirer dans leur classe un excellent fond de moralité quand on sait que dans une tendue de 72 km de l’est à l’ouest et de 64 km du nord au sud, des milliers d’ouvriers regardent les bras croisés, fonctionner des machines qui les mettent dans la cruelle nécessité de mourir de faim, tout en travaillant 12 heures par jour,

ils invoquent en leur faveur un précédent qui a eu lieu le 10 avril dernier, c’est la convention faite entre les maitres et les ouvriers rubaniers ; l’un des articles est ainsi conçu :

« les métiers à la barre mis en mouvement par l’eau, la vapeur ou manége seront supprimés »

Forts de leur résignation et de leur modération dans un moment où les ennemis de la république et de l’ordre cherchent à exploiter les ouvriers malheureux , ils osent compter sur votre médiation pour obtenir ce qu’on vient d’accorder aux ouvriers rubaniers

30 Juillet 1848

Les élections municipales de Drucourt sont sources d’inquiétudes pour les fabricants et les notables qui sont confrontés à réforme électorale élargissant l’électorat , et par l’émergence de candidats d’autres classes . Bien que les fabricants ne soient en cause pour les difficultés économiques de la population, ils craignent d’en payer les conséquences, d’ores et déjà sur le plan électoral.

C’est une surprise … en effet, François Gabriel Maurey obtient 202 voix sur 215 inscrits et 215 votants. Vincent Conard recueille 171 voix en seconde position . Sont ensuite élus Simon Célestin Gangneur 166 voix, Jean Baptiste Livet 133, Pierre tranquille Conard 129, Thomas Léonard Odienne 117, Désir Armand Baron 114, François Conard 111. La surprise est de taille, bien qu’étant élu de façon confortable, c’est la première fois qu’arrive second Vincent Conard. Pour compléter le conseil municipal, un second tour est organisé dont le résultat sera annulé par décision de la préfecture. Le climat est tendu…

Août 1848

Les plus gros fabricants rubaniers baissent leurs prix à l’égard de leurs ouvriers , bien que des ouvriers parcourent la campagne pour soulever leurs camarades sans succès.

Le sous préfet intervient auprès des fabricants dans la dernière semaine d’août pour les raisonner.

31 août 1848

Un fabricant (très représentatif ) écrit au sous préfet pour lui expliquer la situation : « depuis 4 à 6 mois, j’ai fait des efforts pour augmenter mes prix de vente, il m’a fallu renoncer à vendre ou me décider à perdre de ma bourse 14 à 15 % ( 500 F par semaine . Un pareil commerce ne peut durer longtemps et je serais bien décider à renoncer à la fabrication ou à m’entendre avec mes ouvriers et seulement avec les miens, pour les payer à un prix qui me permette de les occuper …j’ai lutté longtemps pour suivre le tarif mai j’ai du y renoncer comme tous les autres, bien convaincu que je sais maintenant qu’il serait la ruine du fabricant, des ouvriers et du pays, et que d’ici peu, nous serions débordé par la concurrence prussienne et anglaise pour ce qui est de nos ventes à l’étranger, et par l’alsace, Chaumont et la Ferté Macé pour nos ventes de l’intérieur….Au prix que je paie, un homme laborieux peut gagner 1 F 50 ,une femme 1 F par jour …

12 Septembre 1848

Les délégués représentant un grand nombre d’ouvriers rubaniers remettent au sous préfet de Bernay une pétition

15 septembre 1848

Le sous préfet de Bernay fait remonter son analyse , reprenant les arguments du fabricant , y ajoutant qu’il craint que les rubaniers de son arrondissement ne soient anéantis par une baisse des prix venant de leurs collègues du calvados ou de la Ferté Macé. Par ailleurs, il exprime son impuissance arguant que cette industrie n’est pas concentrée dans cet arrondissement

17 septembre 1848 :

Le troisième tour de scrutin a lieu, 276 inscrits, 276 votants, sont élus Félix Maurey 230, Aubin Farin 207, François désir Martel 204 Erambert Conard 197…..Les urnes désavouent les candidatures de fabricants tels qu’Etienne Touflet, De La Fontaine, Bellencontre

Le choc est rude , la municipalité est partagée, les choix indécis, François Maurey est peu préparé à de telles fonctions dans un contexte économique extrêmement difficile.

octobre 1848

M Conard, maire de Drucourt interpelle le s/préfet sur la situation dramatique des ouvriers rubaniers et sur la nécessité impérieuse de leur trouver du travail. Par ailleurs, il est conscient que sa place de maire est en jeu…

19 octobre 1848 :

L’ élection du maire est très attendue, dans un climat pesant, François Maurey recueille 8 voix, Vincent Conard 4 ….le poste d’adjoint revient à François Conard par 7 voix….

Vincent Conard battu , il lui reste néanmoins la fonction de conseiller général ,sa connaissance de l’Administration et la parfaite maîtrise des dossiers dont il a toujours fait preuve en toutes circonstances avec tact et sang-froid.

4 novembre 1848 :

La constitution de la 3 ième république est adoptée, le droit au travail n’est pas retenu dans la nouvelle constitution , la république devient « bourgeoise »

6 novembre 1848

Le sous préfet demande à M CONARD, conseiller général ,de recenser tous les ouvriers qui seraient en manque de travail et ce par commune afin d’adopter des mesures .

Dimanche 27 novembre 1848

Des affiches sont apposées dans le bourg de Thiberville :

« AVIS AU PUBLIC

Une réunion d’ouvriers aura lieu mardi 28 de ce mois sur la place de Drucourt de neuf à 10 heures du matin pour s’entendre avec les maîtres.

Citoyens ouvriers, n’y manquer pas, si nous laissons passer cette diminution que l’on nous fait, nous serons réduis dans la dernière des misères, et ses messieurs MASSELIN ont dit que si nous voulions faire payer ceux qui paye si bas prix, eux ils sont tout prêt à nous renchérir.

Aussi brave citoyens, il nous faut un désordre pour l’ordre

Salut brave citoyen

Marchons avec fraternité »

Le maréchal des logis De Dion de Thiberville transmet le texte de l’affiche au lieutenant Audin à Bernay ainsi qu’au s/préfet et au procureur de la république. Le lieutenant Audin met en place des mesures visant à espionner les démarches des ouvriers

Le même jour vers 18 h, le nouveau maire de Drucourt se fait agressé par une homme ivre Louis Lecomte, garçon tailleur, pour une question de signature de livret de travail à son domicile. Frappé à la tête, au coté gauche, à en faire sauter sa casquette deux mètres plus loin, le maire est secouru , il faudra quatre personnes pour maîtriser l’individu.

mardi 28 novembre 1848

Le rassemblement se tient comme prévu dés 9 h sur la place de Drucourt , une centaine d’ouvriers, hommes et femmes sont présents. Ensemble , ils ont allés chez divers fabricants de Drucourt demander une augmentation de leur salaire et du travail. Les discussions sont âpres mais dans un climat sans haine, voire avec politesse. Ils exposent qu’ils ne demandent pas des gros salaires mais simplement de quoi ne pas mourir de faim.

A la sortie de la fabrique de Vincent Conard, le maréchal des logis Dedion leur signifie que tout rassemblement est défendu par la loi . Les délégués des ouvriers répondent poliment qu’ils ne veulent aucun mal à personne mais seulement obtenir de l’ouvrage, qu’ils sont dans la misère, sans pain ni crédit. Après concertation, le mouvement accepte de se disperser espérant que l’autorité supérieure viendra à leur secours.

Le lieutenant Dandin rencontre le s/préfet qui lui promet qu’un crédit de 1000 F va être accorder pour ouvrir des travaux sur les chemins vicinaux. « ces malheureux vont trouver par ce moyen à s’occuper quelques temps » indique Dandin dans un courrier à son supérieur.

Mercredi 29 novembre 1848

Le s/préfet reçoit une députation de quatre ouvriers qui décrivent l’état de leurs familles et de leur travail, expliquant la démarche qu’ils ont fait à Drucourt. Ils sollicitent l’influence de l’Etat sur les fabricants. Le fonctionnaire leur expose qu’ils ne peuvent rien attendre de ce type d’action mais par contre leur promet d’obtenir des fonds pour travailler aux chemins ceux qui manqueraient de travail.

12 décembre 1848 :

François Maurey présente sa démission de maire au préfet.

19 décembre 1848 :

L’évêque d’Evreux s’inquiète auprès de la Préfecture sur l’état de la commune de Drucourt quant au climat politique et aux scissions en cours.

21 décembre 1848:

Le s/préfet de Bernay invite M. Maurey à annuler sa démission.

M. Vincent Conard rencontra M Maurey peu avant Noël et engagea son adversaire d’hier à conserver son fauteuil de maire

Epilogue

16 juillet 1850

Vincent Conard achète ce que l’on appelle alors une pompe à feu, l’hydraulique, la commande, les tambours, la chaudière avec son fourneau et l’ensemble des accessoires d’un établissement bernayen en faillite pour 2800 F.

Il sera suivi par M TOUFLET, fabricant également à Drucourt .

Les premières machines à vapeur étaient arrivées à Drucourt

septembre 1852 ,

M Vincent CONARD retrouvait son fauteuil de maire de Drucourt , cependant ces élections furent délaissées par une bonne partie de la population , en effet sur 380 inscrits , il n’y eut que 111 votants.

Daniel LOUIS

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