Drucourt : la naissance des manoirs

9 novembre 1469 : le duché de Normandie n’est plus, l’Anglois est bouté définitivement de la région, il s’agit désormais de redresser le pays. Le relévement des campagnes fût l’oeuvre de seigneurs avisés, souvent d’ancienne noblesse, parfois de fortune récente et d’origine marchande. Affranchissant leurs hommes d’anciennes contraintes sans valeur économique et leur accordant des droits plus libres, notamment pour l’élevage,, allégeant les charges, les redevances concédant à bail perpétuel des terres. Bien des propriétaires surent créer des conditions favorables au repeuplement des campagne et à la reprise de l’activité rurale. L’essor de l’élevage fût rapide.

Au sortir de ces épreuves, la société normande présente un visage nouveau. Des familles se sont éteintes, d’autres ont surgi de l’inconnu. La Terre fait désormais pâle figure à coté des profits que procurent les audaces du commerce maritime. L’administration royale n’est plus seulement que contraignante, mais propice  aux carrières fructueuses et aux promotions sociales. La vieille noblesse d’épée  a perdu son honneur dans les batailles de Crécy, Poitiers, Azincourt et son argent dans la chute du revenu des terres qu’elle imposait par de nombreuses redevances d’ailleurs impayées du fait de la ruine du pays. Aussi le noble doit modéré ses prétentions vis à vis de ces paysans qu’il n’a point su protéger des affres de la guerre ; ces nouveaux paysans profitent de la paix et du bas prix des fermages pour créer une classe de laboureur aisé. D’ailleurs les seigneurs endettés par des emprunts sur leurs terres pour relever le manoir ou la place forte sont amenés peu à peu à vendre à leurs créanciers leurs domaines. De nouveaux maîtres s’installent, des marchands, des officiers royaux issus des mêmes familles. La terre devient un placement, et pour nombre de bourgeois une façon de s’anoblir. Mais l’essentiel n’est il pas la Paix Générale sur le territoire, l’absence de pillage, un climat de sécurité. La paysan ne craint plus que le fruit de ses semailles lui échappe, s’en aille en fumée ou n’enrichisse des militaires.

La grande nouveauté sur le plan cultural sera le pommier. Si les laboureurs connaissent une légère évolution  technique de leur outillage, tendent vers des améliorations culturales, continuent de défricher les plateaux  : les pays de bocage aux terrains plus plus pauvres se voient paré de pommiers qui vont s’allier à l’essor de l’élevage. Cet arbre dont le fruit est davantage considéré comme médicament, élixir du pauvre, va se révéler comme rentable d’autant qu’il n’est guère taxé à contrario du vignoble.

Quant à notre village , en ce temps là ?  Bien difficile à imaginer , quelques faits nous sont connus. Ainsi le 9 avril 1459, devant le tabellion d’Orbec Jean Anquetin, les religieux du prieuré de Friardel restituent à Jean GUERE, maître es arts, les héritages sis à Drucourt et Bournainville  dont il leur avait fait don par contrat l’an passé le 20 septembre  1458, vu l’opposition des seigneurs dont il était le vassal. On se doute que l’abbaye du Bec Hellouin et le prieuré de Beaumont le Roger ne vire virent pas d’un bon oeil cette intrusion sur leur territoire d’un nouvel établissement religieux.

En 1479, Dom Robert d’Evreux, prieur de Beaumont le Roger, se disant seigneur pour partie de Drucourt obtînt clameur de gage pleige pour empêcher l’abbaye du Bec de bâtir une grange sur une pièce de terre à proximité de l’église de Drucourt.

Ces luttes entre religieux sur un plan économique en dit long de leur âpreté justifiée par une reconstruction ou la renaissance de leurs édifices . Pour ce qui est de la noblesse, il faut au Roy, reconnaître ceux qui sont détenteur de ce statut , une recherche générale est lancée sous l’égide du sire de Montfautl et c’est ainsi qu’en 1463 il examine le cas d’un certain Jean du Bosc Henry, nobliau, habitant Drucourt, sortant d’antiques parchemins attestant comme prétendu descendant du chevalier Henry qui aurait participé à la conquête de la Normandie sous les ordres du bon roy Philippe Auguste.  Et c’est ainsi que lors de la Monstre générale ( présentation) de la Noblesse à Beaumont le Roger , organisée par le Bailly d’Evreux en présence de Louis de Bourbon, comte de Roussillon sont cités :

– Jehan du Bosc Henry, escuyer, seigneur du lieu se présentant en habillement de vougier

– Jean Vipart, escuyer, seigneur, tenant les fiefs des Places, Bosc Drouet et Appeville ave son fils en habillement d’armes accompagné de deux brigadiers et un page suffisamment montés et armés

Compte tenu de l’équipement de Jehan Vipart, l’on peut en déduire que le Bosc Drouet était un fief de première importance et que son titulaire avait une place puissante et reconnue. En 1483, il est signalé que le Bosc Drouet échoit à Jehan Vipart fils qui le cède à son frère Etienne Vipart, baron du Bec Thomas. Drucourt était resté en majeure partie sous la dépendance de l’abbaye du Bec, et pour autre partie sous l’égide du prieuré de Beaumont. Deux seigneuries se dégageaient  le Bosc Henry et le Bosc Drouet . Cette appartenance au domaine du Bec allait sans nul doute faciliter l’octroi d’insignes reliques de Saint Robert en 1499 ; reliques concédées par Philippe de Bournant, abbé de Molesmes, diocèse de Langres. Après tant de malheurs, la religiosité était revenue en force dans les campagnes   comme s’il fallait purifier nos sanctuaires, nos esprits de toutes les séquelles de cette guerre de Cent ans. Ce retour à la Foi servait également de support au redressement économique.

Mais suite à un tel conflit, des bandes armées survécurent qui firent du pillage, du rançonnage, de la tuerie leurs raisons d’être. Notre région fût le théâtre où s’exprimèrent cruellement de telles bandes qui s’attaquèrent surtout à Bernay, bien affaiblie en fortifications… En 1523, la bande à Grosdos pille Bernay, suivie en 1524 par 800 hommes de la bande des 6000 diables qui sème une terreur indéfinissable dans la contrée justifiant leur renommée. En 1525, la bande à Grostheil rançonne et opprime Bernay, y maltraitant puis égorgeant moult  bourgeois.

1515…Marignan, il semblerait que le célèbre chevalier Bayard aurait fait chevalier sur le champ de bataille Hector Vipart du Bosc Drouet…..Légende ou vérité.   Lorsque l’on voit le manoir, sa délicatesse, ses couleurs chaudes, l’on imagine facilement cette auréole de gloire qui sied si bien.

Renaissance… période faste en changement… le 24 février 1538 est déclaré l’hommage de Pierre Le Huré pour une portion de fief noble à Drucourt appelé Bosc Drouet. Puis en 1551, Nicolas Le Huré est considéré comme anobli sur le fief du Bosc Drouet ainsi que son fils Bertrand et ce sur une somme de 440 livres. En octobre 1557, le Bosc Drouet est définitivement passé aux mains de cette nouvelle famille qui concède 15 livres de rentes au paroisses de Notre Dame d’Orbec et de Drucourt par décision de la chambre des Comptes. 

Par ailleurs le fief des Bosc Henry prend de l’importance ainsi François du Bosc Henry  donne à la paroisse de Drucourt un terrain de 80 perches avec masures pour y assurer l’éducation et l’instruction de la jeunesse…  Quelle belle image de la Renaissance que cet acte , preuve de l’humanisme éclairé de ces nouveaux nobles en pleine ascension.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s