Drucourt : le début du Moyen Age

Où l’on commence à parler de Drucourt

La véritable construction de notre village sous la forme que nous lui connaissons actuellement se déroula sous le règne des ducs normands. Si les normands colonisaient les vallées, les hauts lieu stratégiques, les cotes, ils dédaignaient quelques peu les plateau comme le lieuvin. Ainsi notre population se mélangea peu à peu avec les envahisseurs qui devenaient bâtisseurs et conservaient puis amélioraient la hiérarchie de l’époque. Nul doute que notre Drucourt était une partie d’un vaste secteur agraire comme les chartes vont nous le prouver. Autre facteur de progrès, le pouvoir normand fidèle à Rollon, se tourne vers l’ Eglise et dote celle ci de nombreuses concessions, notamment sous le règne du duc de Normandie Richard II ( 996 à 1026) fertile en construction d’abbaye et de prieuré , dont Bernay, proche de nous en 1013.

La région de Bernay fut donnée en dot par Richard II à Judith, son épouse, fille de Conan duc de Bretagne. Le mariage eût lieu au Mont Saint Michel , l’événement eut lieu entre 996 et 1008. Voici la traduction du texte de la cession de bien qui concerne notre région :

« Je te donne en dot, et je veux que ce soit une donation à perpétuité, à savoir dans le pays de Lieuvin ; Bernay avec ses dépendances à savoir Champeaux, Caorches, Fresne ( St Mards de …) Grandcamp, le Theil ( Tilleul fol enfant) Chambrais ( Broglie) Ferrières, Réville ( La trinité de ) Folmatium, Saint Aubin ( le vertueux) les Loges ( hameau de St Aubin) Kahin, Novum Masnile, Pons, Menneval, Toussue, St Leger( de rostes) , de même le Theil ( hameau de Valailles), Valailles, Courbépine, Fait, Laubias, Villa Auffredi, Carentonne, Camfleur, Fontaine ( l’abbé) Beaumont, ( le roger) Beaumontel, Vieilles( hameau de Beaumont) dans les domaines susdits 21 églises, 19 moulins, 13 charruées de boeufs avec les serfs et tout leur mobilier, avec leurs près, leurs forêts, leurs terres cultivées et incultes, leurs issues et leurs accès, leurs eaux courantes et stagnantes, leurs pecheries et tout ce qui semble s’y rattacher…..je t’accorde en outre en toute propriété 500 personnes  des deux sexes de ma maison ; et pour que tu possèdes à perpétuité tous ces biens que nous avons énumérés  plus haut, qu’ils soient crus authentiques et qu’ils demeurent en tout temps sans bouleversements, j’ai ordonné de rédiger ce texte de ta dot particulière et j’ai décidé de le confirmer de main propre »

Dans ce douaire, Judith décida de construire une abbaye, les travaux débutèrent en 1015 sous la direction de Guillaume de Dijon, mais notre duchesse décéda le 28 juin 1017……En 1026, l’abbaye était terminée , Richard II décide par écrit de perpétuer les volontés de sa défunte épouse en attribuant ce douaire au monastère naissant et y ajoutant Landepereuse, Capelles ( les grands), Giverville, Cantepie,( hameau de St Mards de Fresne) Malouy, avec les pécheries de la vallée de Cernières jusqu’à Fontaneam Rogeam, le marché de Bernay, les foires annuelles et les coutumes ainsi que les forets……

Mais de tout ce détail , où est donc Drucourt ?……St Martin du Tilleul, St Mards de Fresne y figurent mais point notre paroisse…..Certains traducteurs ont signalé que laFontaneam Rogeam est la fameuse Fontaine Enragée, vieille légende de notre territoire( voir page de notre site Contes et légendes )….. Personnellement, je plaide pour la Fontaine Roger, dans la vallée de la Risle , près de Serquigny, les cours d’eau servant  souvent de limites géographiques en ces temps immémoriaux…..Peut être que Drucourt n’était pas encore économiquement digne de l’intérêt de Richard II, voire faisant partie d’une autre domaine vers Lisieux……

Il nous faut  patienter jusqu’au 23 octobre 1077   pour voir enfin un acte écrit authentifiant l’existence de Drucourt . C’est en effet à cette date que Guillaume le Conquérant, confirme à l’abbaye toutes les donations qui lui sont faites et nous y trouvons un certain Guillaume Crespin dit le jeune qui fait don de :la dîme du moulin et du domaine de Mesnil Foubert ( Hubert, canton de Gacé Orne), de l’église et de la dîme de Drucourt, de la moitié de l’église et de la dîme de Bournainville…….

Seigneur CRESPIN

Le fondateur de cette puissante famille était Gislebert Crespin qui se maria à Gonnor,  soeur de Foulques d’Aunou, personnage qui gravitait à la cour ducale de Normandie. C’est vers 1030, que Gislebert s’illustra par un fait d’armes, en opposant une vive résistance au roi de France Henri I qui tentait de s’emparer de Tillières sur Avre dont notre preux chevalier était le défenseur. Mais face à un climat politique changeant ( le futur Guillaume le conquérant n’était alors d’un bâtard) , à la trahison de nobles normands en faveur du parti français, aux suppliques des autorités normandes, Gislebert Crespin se résigna de rendre la place aux français  dont la soldatesque se livra au pillage et à l’incendie de la forteresse.

Seigneur Crespin, peu enclin à toutes ses manoeuvres politiciennes préférait l’engagement rude, l’épée au poing, les combats et chevauchées à travaux vaux et collines… Il entreprit une campagne militaire  à la tête de 3000 hommes  dans le Vimeux, région picarde limitrophe de la Normandie au dela de la Bresle. Malheur lui en vînt, battu à plate couture par Enguerrand, comte de Ponthieu, son raid fût un échec. Mais lors de la bataille qui scellait cette expédition, un fait allait donner un renouveau à la civilisation normande…..Un certain chevalier Herluin fût blessé…Hors de danger, il prit la décision de se consacrer à la vie monastique. Il sera le fondateur de l’abbaye du Bec. Sans doute de cette bataille, Crespin et Herluin nourrirent des liens dans la défaite et le malheur , car notre seigneur soutînt par des dotations de biens agraires  ( possession dans le diocèse de Lisieux…)ce chevalier à tenir son engagement envers Dieu.

A force d’aimer les combats, de vivre dans la haine et la férocité, Gislebert Crespin fût assassiné sur ordre de Raoul de Gacé, personnage fourbe et intrigant contre le parti de Guillaume le conquérant….Quand Guillaume devînt duc de Normandie, il rendit hommage à la famille Crespin,  en nommant Guillaume Crespin, fils de Gislebert, à la tête des garnisons  de Dangu, Neaufles, Tillières, Etrepagny…..Mile Crespin fût à la bataille d’Hastings….Cette famille prospéra et son avenir ce confondit avec la famille d’Harcourt.

Ces seigneurs , tout prestigieux qu’ils fussent , portaient peu d’intérêt à notre modeste village, possession parmi tant d’autres ; les revenus de la paroisse allait à l’abbaye du Bec….En 1134, l’évêque Jean de Lisieux confirma ces dons de la famille Crespin à l’abbaye du Bec , ainsi il fait mention dans la charte établie en cette occasion de l’église de Drucourt, mais également de celles de Bournainville, de Folleville, du Theil Nolent, de Duranville et des dîmes afférentes.  En 1155 Goscelin Crespin et son fils Guillaume établirent une charte renouvellant la précédente en y ajoutant une terre  sise à Drucourt que Crespin tenait d’un certain Robert Malconvenant…..Il s’agît du premier drucourtois dont on connaisse le nom… Sans  doute un paysan et sans doute bourru d’où son nom… En cette époque les gens qui vivaient de la terre se scindaient en 4 catégories sociales :

– les hommes francs ou vavasseurs : ils tenaient du seigneur des terres plus ou moins étendues . Ils payaient une rente, s’ acquittaient des impôts, assistaient aux assemblées, labouraient une partie des terres restées entre les mains  du seigneur, fournissaient un cheval au seigneur pour ses transports 

– les hôtes : paysans qui jouissaient d’une petite cabane, d’une cour et d’un jardin avec un peu de terre, le tout s’appelant hotise. Ils pouvaient pêcher pour leur seigneur et l’héberger si besoin était

– les paysans : ils constituaient la classe la plus nombreuse de la population… C’étaient des laboureurs, des défricheurs et tenaient un morceau de terre de moyenne étendue pour lequel ils paient rentes et acquittaient des corvées relatives à l’exploitation des champs

– les bordiers : la classe sociale la plus basse , ils devaient contre l’exploitation de terre des rentes et des services, souvent les plus pénibles, notamment les travaux domestiques. Ils habitaient une borde ou cabane.

Seigneurs Ernaud de Drucourt ,Roger de Mortemer , André de Drucourt

A Drucourt, comme ailleurs , les seigneurs y compris les plus grands , sont dans une détresse financière énorme et notamment sous le règne de Jean Sans Terre, pour faire face aux frais et conséquences des Croisades, aux famines, ou doter le mariage de leurs enfants ; bref la noblesse empruntait et de ce fait avait recours aux usuriers, en l’occurrence les juifs.      Ernaud de Drucourt et son fils  Enguerrand donnèrent ainsi en gage leurs terres pour une somme de 1000 livres tant capital qu’intérêts auprès d’une famille  juive. Les juifs étaient arrivés à Bernay vers 1180 attirés par l’essor commercial de cette ville et payaient patente de 50 sols pour leur activité. ( L’actuelle rue Thiers est l’ancienne rue au juifs). Notre seigneur Ernaud pour se dégager de ses embarrassants créanciers transmet ses terres à Roger de Mortemer, ce dernier s’engageant à régulariser les 1000 livres  auprès des usuriers.  Ainsi 13 acres et demie, une mare et un jardin tourné vers le sud ainsi que les tènements (terres) et revenus afférents de Guilbert Lasne, Roger Reinald, Wilhem Croc, Rodolphe Formage, Roger Bodart, Beatrice la Fuiselle, Herbert Malinel, Robert Goscelin, Roger de Mare, Le Boshier  passèrent sous la tutelle de Roger de Mortemer ( cette liste est d’importance s’agissant des premiers exploitants agricoles de notre territoire dont on a connaissance ).  La charte  mentionne que la transaction  représente le tiers du nouveau territoire de Roger de Mortemer et précise l’engagement d’Ernaud de Drucourt de fournir un tiers d’homme de son service militaire  prêtant  hommage à son nouveau suzerain.

Mais Roger de Mortemer est également sans le sou  mais étant dans la mouvance de Jean Sans Terre , ce dernier supprima la dette  vis à vis des usuriers juifs comme il fit pour d’autres de ces fidèles tel que Guillaume , évêque de Lisieux….Mais l’histoire continue son eouvre….Jean Sans Terre est chassé de Normandie en 1204 et s’en retourne en Angleterre, suivi de Mortemer.  Drucourt est à l’abandon , ainsi la ferme de Roger de Mortemer passe dans le Domaine de Philippe Auguste, Roy de France.. Un descriptif nous est fourni  des possessions concernant Drucourt …

« La ferme de Rogier de Mortemer anvers Droecourt vaut VIII.XX.XI b.En la couture au bordarz, IIII acres et demie de pré, le pris de l’acre XXVs.Item, en iceli camp, IX acres, le pris de l’acre XVIII s. Eu camp des arbres de Droecourt sont par mesure IX acres, le  pris de l’acre XV S. Baillies sont à Andreu de Droecourt, sicomme la première.Eu camp du chemin de Droecourt, IIII acres, vaut l’acre XXIIII s. Andreu de Droecourt prist l’acre por XXVI s. et sont iléques par mesure LIII acres et demie. Item, ileques demie acre, VIIs. baillie a iceli Andreu sicomme la premiere.         Eu camp souz le cemin deriere la meson Mauree, VIII acres et I vergie, l’acre  vaut XVI s. Andreu de Droecourt prist l’acre por XVIII s; Item, prez iceli camp, III acres, par mesure XIII acres et X perches vaut l’acre XXVs.En la cousture du mostier, XII acres, le pris de l’acre XXs. par mesure XII acres et VI perches. Guillaume de Montfort prist l’acre pour XXXV s. Item souz la dite cousture I acre, vaut XXIIII s.  Eu camp au Fevre, IIII acres , par mesure III acres et III versgies le pris de l’acre VIII s. Guillaume de Montfort prist l’acre por XIIs Entre la meson Gaudin et le chemin. Le Roy, VI acres, le pris de l’acre XXIII s.Item,I acre, laquele Herveu le Fevre tient, vaut XXVI s.  Guillaume  le Court, I acre, vaut XXVI s. le devant dit Andreu les prist sicomme la premiére. et quoir dedenz  la mesure . En la cousture Guillaume Mauree et eu camp abotissant, XII acres XX perches, En la cousture aus bordarz, XIII acres et demie. Eu camp au Fevre, III acres III vergies, en la cousture du mostier XII acres VI perches  Guillaume de Montfort prist seronc la somme de la mesure por XVI  lb X s. III d.  En la cousture des arbres, XX acres. En camp au Court et eu Traversein, III acres et demie, I vergie et IIII acres et XX perches. Eu clos Hardouin, II acres et demie et XX perches. Joste le Pestiz, demie acre de terre. Es prez des Ferieres, II acres, por tout L s.  Est ileques I acres et demie par mesure Jehan le masurier et Andreu de Droecourt pristrent l’acre por XXX s. Le maneir de Droecourt, I acre, XXXs., tout autant a l’en trouvé mesure. Item, sont en la ferme devant dite IIII.XX acres d’erbage, le pris de l’acre, une par autre  VI s. Sont trouvés ileques LIII acres et demie par mesure, Jehan le Masurier et Andreu de Droecourt ont pris une II acres de bois barbe, l’acre por VIII s. Avoine ileques de rente, XXV setiers et I mine, le prix du setier VI s. por LIX capons, I geline, oeus et L s. Les cenz por tout III lb. Anvers Droecourt, XV carues, Anvers Bornanville , VIII carues, Saint Vincent du Boolay, VI carues, Saint Martin le Viel, V carues, Anvers Faveroles, VI carues, Anvers Duranville X carues. chascune jornée vaut XVI d. et doit chascune carue III jornées; Anvers Droecourt une jornée d’erce, vaut VIII d. le molin d’Oillie, vaut LXXXV lb. la moute seiche vaut ileques XXX lb. baillie por XXlb et C s. item sont ileques les rel. Item, ileques les pres de Brotonne, sont estimez par le fermier à XII lb. Anvers Droecourt, II acres de bois, ne sont pas en ferme, baillies a Andreu de Droecourt por XVI s. Andreu de Droecourt prist le remanant d’icelle ferme, exceptez les choses baillies dessus dites, lesquelles anciez estoient fetes, et exceptez II acres de bois barbe qui n’estoient pas en ferme lesqueles il retenoit por le pris il vaudront  . La somme XI XX.XVIII lb V s. VIII d. La somme du bail ou des bauls IIc. IIII.X lb. LXI s. III d. Et en tel maniére creist la somme de CXIII lb.XXI d.

Ce texte est un document essentiel pour notre histoire et qui a pour mérite de dévoiler l’économie agricole de notre région ( transaction, surface, monnaie…) et de révéler le système agricole de notre  Moyen Age . Il nous semble utile de préciser la signification de quelques mots rencontrés dans ce texte :

couture ou cousture : champ étendu consacré à une culture céréalière                                          capons ou chapons : volaille châtrée que l’on engraisse                                                                       geline : poule                                                                                                                                              manoir ou maneir : habitation d’un propriétaire de fief qui n’avait pas le droit de construire un château avec tours et donjons                                                                                                                   cens : droit annuel qui était le plus particulièrement dû au seigneur, en raison de sa suzeraineté sur les tenanciers des terres                                                                                                                                  ilèque : identiquement                                                                                                                                   acre : mesure de superficie, une acre égale 4 vergées                                                                      charrues ou carue : mesure de superficie égale à 60 acres                                                                            mine : 4 boisseau égalent une mine   12 mines font 1 setier

Nous constatons que Drucourt était déjà une zone agricole intense d’une grande diversité ( herbage, champ, bois…) et structurée ( baux…)…Il semble néanmoins que nous n’ayons comme présence que des animaux de basse-cour , peu de mention relatif à des bovins. Les paysans, en général, s’associaient souvent pour labourer et défricher leurs terres vu la rareté de la charrue. Cet instrument  était composé d’un manche, de la haie, des oreilles, du joug, des crochets, des coutres et des socs , il existait une deuxième sorte de charrue munie de roues mais pour la majeure partie des paysans, il s’agissait de leurs propres bras. Le fait que Drucourt soit en partie liée à l’abbaye du Bec Hellouin laisse présager que notre sol fût labouré par des charrues tirées par des boeufs, et que  nos ancêtres on su profiter des apports technologiques et agronomiques des abbayes, dépositaires de toutes les sciences connues. 

              Il y avait 3 saisons de labours par an :  au printemps ; pour préparer la terre à recevoir l’orge et les blés de mars ou pour tourner le champ qui devait se reposer pendant l’année ; l’été, après la St Jean, il était léger et superficiel : l’hiver, avant Noel, pour les blés et pour la dernière préparation qu’on faisait subir au terres à froment. Il était recommandé des rayons serrés, menus et bien unis. Pour briser les mottes, on utilisait un cylindre attaché à l’extrémité d’un long manche. Il fallait ensemencer assez tôt pour que le blé prenne racine avant l’arrivée des froids et des gelées. Les textes de l’époque nous indiquent avant octobre. Pour recouvrir la semence, on hersait. Il fallait un boisseau de seigle et un d’orge pour ensemencer une demie acre de terre.  Vers le mois de juin, il fallait procéder  au sarclage des blés. Les femmes avaient pour ce faire une fourche assez longue avec des doigts très courts et saisissaient le chardon puis le coupaient  avec une faucille. La sciée des blés ( la moisson) avait lieu début août. Pour les blés, on utilisait une faucille, pour l’avoine la faux. Le blé scié, on le transformait en gerbe puis l’on constituait des javelles (tas). Le seigneur effectuait à ce moment la perception de ses impôts sur les tas. Ensuite, l’on engrangeait. Les pauvres, parfois, avaient le droit de glaner. Pour détacher le grain des épis, on employait le même fléau que celui que nos grands parents ont connu.  

           Nous voyons dans ce texte qu’il existait un moulin et qu’il était pratiqué la moutte sèche. Il s’agît de l’impôt qu’on s’acquittait pour faire moudre, son grain s’appelait moutte. Lorsque le blé était exporté en dehors de la circonscription donnée pour être transformer en farine, ce droit était acquitté au propriétaire du moulin.

           L’annexion de la Normandie par Philippe Auguste fut suivie d’une  politique politicienne. Le Roy de France  savait ménager les susceptibilités et s’adjoindre les principaux pouvoirs locaux. Il concéda des avantages à l’ Eglise normande En, effet les abbayes étaient nombreuses et très puissantes, notamment celle du Bec-Hellouin, de plus,  ces établissements possédaient des terres et des manoirs en Angleterre donc chez l’ennemi. Jean « sans terre », bouté de son duché normand, se garda bien d’annexer les  domaines religieux au regard des mêmes raisons que Philippe Auguste

LE DRUCOURT, « ROYAL »

Après le départ de Roger de Mortemer ses vassaux semblent être restés et continuèrent d’exploiter il en est ainsi d’ Andréas de « Drucourt ». D’autres part une famille du Busc (bois) parait devenir importante . En, effet, en 1226, Eudes du BUSC donne à l’Abbaye du Bec, une motte et une terre sise à Drucourt. Cette donation est importante non pas pour les personnes concernées mais par l’objet de cet acte ; une motte étant un lieu fortifié composé d’un monticule de terre surélevé d’un édifice défensif, le tout entouré d’un fossé. Autre date importante en 1275, les terres d ‘Andreas de Drucourt  sont dans la gestion du domaine royal sans doute suite au décès dudit seigneur. En 1280, les sources du fisc royal font mention d’un bail emphytéotique concernant ces terres avec Guillaume Canterel, bourgeois de Pont-Audemer, et ce moyennant 220 Livres. Il est curieux de constater ce changement en faveur d’une personne demeurant fort loin et qui plus est bourgeois Cependant ce fait n’est peut-être pas étranger au passage de Louis IX (St Louis)en 1255, en 1256 et en 1269 en la ville de Pont Audemer . Durant Ces déplacements les rois recevaient plaintes et hommages et distribuaient faveurs et sentences ; et le maire de Pont-Audemer (car cette ville était déjà une commune) était Denys Canterel. Nul doute que la faveur royale vint soutenir cette famille par le biais de concessions foncières. Notre Guillaume Canterel affermait en plus : la ferme de ].’Eau à Pont-Audemer contre 12 livres tournois et dont le propriétaire était également le domaine royal, la Moitié du fief de Bonnebos pour 100 sols (commune de Manneville sur Risle), la moitié de  l’ éclusage de Manneville sur Risle et recevait l’hommage des hommes du même Lieu (et ce en 1201 contre 10 livres 3 sols et 8 deniers).

La lèpre :

Durant le Moyen Age , de nombreuses épidémies ravageaient les pays occidentaux (Peste, lèpre…) Sans doute les croisades furent apport de produits et techniques inconnus en nos pays, mais elles furent porteuses de germes et maladies incurables en ces temps reculés. Il en fut ainsi de la lèpre, dite maladie des morts vivants. Causée par un bacille, l’affection débutait par des éruptions des petites tâches qui se transformaient en tumeurs. Après des lésions suppurantes et des ulcères apparaissaient. Au terme de l’existence, le malade en proie à des crises douloureuses, le visage rongé, les membres réduits à l’état de sinistres moignons succombait. Cette maladie sans fièvre, laissait à l’esprit toute sa lucidité, ce qui permettait au malade de se rendre compte de la lente destruction de son propre corps. Devant une telle misère, l’homme se sentit glacé d’épouvante et l’on considéra le lépreux comme un être maudit à, retrancher de la société.

Que faire face à ce fléau ? Des mesures sanitaires furent prises dans les villages atteints Les prêtres pour éviter la contamination (étant persuadés que respirer le air, toucher les mêmes objets que ces malades constituaient un risque) créèrent un cordon sanitaire en isolant les lépreux du monde des vivants. Deux moyens furent mis en oeuvre  » une cérémonie religieuse, et la création d’établissements (maladreries, léproseries)

1 – La cérémonie religieuse .

Dés l’instant qu’un malade était atteint de grande lèpre son retranchement du monde était irréversible . Pour donner à cette décision un caractère définitif, les prêtres célébraient les funérailles du malade vivant. Le rituel variait peu d’une région à Revêtu de l’étole, le curé se rendait au domicile du condamné et 1 exhortait à accepter en « esprit de pénitence » la sentence dont il était frappé puis il bénissait le malade et le conduisait à l’église Le lépreux quittait ses habits (qui étaient brûlés et se vêtissait d’un vêtement noir eu une sorte de froc (appelé esclavine ou housse,). Agenouillé devant l’autel, recouvert d’un drap, il assistait à l’office de sa mort. Après la messe, le prêtre l’emmenait au cimetière où une fosse était creusée. Le malade s’y étendait, on lui jette 2 ou 3 pelletées de terre puis le prêtre récite fa formule rituelle:  » Mon Ami, tu es mort au monde ! » puis le lépreux sortait de sa fosse et prenait un manteau, une ceinture, un couteau, une baguette (pour désigner à distance les objets sans approcher d’autres individus) une cliquette ou tartevelle (plaquette de bois qui tournait pour annoncer  l’arrivée du lépreux). A l’entrée de la  maladrerie, le lépreux jurait sur les Saintes Ecritures d’obéir au prieur. L’église avait une telle autorité que le malade ou plutôt le condamné acceptait cette « mise hors le siècle » sans révolte et sans amertume comme il convenait à un homme convaincu d’être frappé par la volonté divine. Hélàs, de nombreuses erreurs furent commises, des symptômes de maladies vénériennes ou de simples eczémas, teignes, gales étaient assimilés à la »lèpre de l’Ame » par les prêtres et leurs jugements  étaient identiques.

2 – Les maladreries:

C’ est sous le règne de Louis IX que furent recensées les maladreries. (environ 2000 dans le royaume dont plus de 200 dans notre province). C’était énorme. Drucourt, comme beaucoup d’autre village carrefour, possédait une maladrerie . Elle était située à la Hetraie, dans 1’angle des chemins de St Vincent à Bournainville et de Bournainville à Drucourt. Le Colonel Mesnil  précise à l’emplacement de la propriété Peudru (Notes historiques 1937). La léproserie était dotée d’une chapelle et d’un terrain de 52 perches. Il semblerait que cet établissement était placé sous le de St Gourgon (hypothèse retenue par J. Charles), la statue de ce saint étant visible dans l’église de St Vincent du Boulay Il faudra attendre le règne de François 1 pour que la lèpre disparaisse du territoire et Louis XIV , par décret, supprima, en 1697 ces établissements dont les biens saisis furent transformés en bénéfice à destination d’autres oeuvres de charité. En l’occurrence, pour Drucourt, le bénéficiaire fut l’hospice d’Orbec en échange de deux lits à perpétuité. La chapelle quant à elle, fut ruinée et détruite en 1649.

Une maladrerie était dirigée par un prêtre nommé prieur et assisté de frères servants, et de personnel auxiliaire nommé sergents. Toutes les personnes de la maladrerie étaient dotées d’un lot de terre à faire fructifier ce qui donnait une autarcie à cette communauté. Cette terre n’était pas cessible et appartenait à la maladrerie. La règle de vie d’un lépreux était basée sur de nombreux interdits dictés, dont voici un aperçu : Défense de parler à des non-lépreux , de pénétrer dans des lieux de confection de pain, halles aux grains, cabaret ;  ne pas franchir les limites de zones autorisées et d’entrer dans les villes sans autorisation ; ne pas fréquenter les rivières, sources et lavoirs ; ne pas toucher aux enfants et femmes saines. Les lépreux pouvaient se marier entre eux. Un lépreux déclaré « hors le siècle » était réputé veuf et leur épouse était déclarée veuve sauf sur demande expresse de cette dernière. Si un lépreux désobéissait plusieurs châtiments pouvaient être appliqués : le fouet, la, Privation de jouissance du lot de terre, l’excommunication. Notre région comptait de nombreuses maladreries , ce qui tend à démontrer qu’elle était, hélàs un foyer très important de cette effroyable maladie, voici une petite liste des maladreries les plus proches : Beaumontel, Bec Hellouin, Bernay, Boissy Lamberville, Brionne, Broglie, La Chapelle Gauthier, Fontaine la Soret, Lieurey, Montreuil l’argillé, Morainville- jouveaux, Pont Authou, St Germain la Campagne, St Pierre de Cormeilles

C’est en janvier 1314 que Louis  , dit le Hutin, notre royal seigneur décida de conceder  l’affermage detenu par la famille Canterel au prieuré de Beaumont le Roger en échange d’autres biens ( le moulin Oswein à Barc et dîmes diverses).

« Louis par la grâce de Dieu, roy de France et de Navarre… pour cause de permutation et d’échange légitime, nous concédons, nous remettons, nous cédons, nous abandonnons la ferme de Drocicuria ( Drucourt) avec tous ses droits et dépendances, en quelque endroit et avec quiconque ils pourront se situer, ferme que tenait en emphythéose Guillaume de Chanterelle, bourgeois de Pont Audemer pour 200 livres tournois de revenu annuel…. »

LE DRUCOURT BENEDICTIN

La quasi totalité  de notre actuelle commune était donc tenue à la fois par l’abbaye du Bec Hellouin et le prieuré de Beaumont le Roger….Compte tenu de cette prédominance, les seigneurs féodaux de Drucourt avaient peu de revenus. Drucourt relevait en cette période de la sergenterie de Bernay, en la vicomté d’Orbec, dans le comté de Beaumont le Roger. En 1320 , un manuscrit dudit comté cite l’ensemble des fiefs et nous apporte des précisions . Ainsi Drucourt s’écrit alors Dreecort…il se situe en la troisième position des nobles fiefs de la sergenterie de Bernay ; deux seigneurs sont cités 

-Guillaume Du Bois , escuyer, tient en ladite paroisse, un membre de haubert, prisé 7 livres de rente, pour 40 jours de garde au château de Beaumont, en temps de guerre.

-Colin de Dreecort y tient un membre de haubert, prisé 30 livres, il doit 10 jours de garde au dit château de Beaumont en temps de guerre.

Ces deux personnes n’ont manifestement pas un très gros revenu au regard des valeurs signalées et donnent en jours de garde ce dont ils ne peuvent s’exonérer en argent. Dans ce même document , il est mentionné le fermage et le nombre de feux par paroisse. C’est un impôt qui consistait à prélever 12 deniers par feu payé tous les 3 ans. Delisle nous indique :  » pour répartir les sommes que l’on voulait tirer de cet impôt, on avait déterminé l’importance relative des paroisses, à l’aide de tableau indiquant le nombre de feux. Mais dans ce cas, il ne faut pas prendre le mot feu dans son sens ordinaire ( foyer). Ce n’est qu’une unité fictive, dont on se sert pour comparer les ressources de chaque paroisse, et fixer le chiffre de sa contribution. Ce chiffre arrêté, l’administration centrale laissait aux paroissiens le soin de répartir cette somme proportionnellement à la fortune de chaque contribuable, de cueillir en totalité cette somme et de la verser dans la caisse du receveur del’éléction… » Dreecort avec 180 feux occupait le 5 iéme rang de la sergenterie de Bernay, devancé par les paroisses suivantes : Bernay 1100 feux, Courbépine 240 feux, Plasnes 222 feux, Serquigny 211 feux…..A titre indicatif dans la sergenterie de Moyaux Thiberville avait uniquement 192 feux ; dans la sergenterie de Folleville, Saint Aubin de Scellon valait 240 feux, Morainville 200 feux  ; dans la sergenterie d’Orbec, Saint Germain la campagne pesait 268 feux..; beaucoup d’historiens reconnaissent un coefficient modéré et moyen de 4,5 habitants par feu, ce qui ferait 810 habitants à Drucourt….

Drucourt avait un rang économiquement honorable, une population florissante, mais nos seigneurs avaient piètre figure car notre terroir et les baux étaient aux mains de l’abbaye et du prieuré….C’est en ces temps immémoriaux qu’à pris corps le paysage de notre commune ; sous la surveillance des moines, nos paysans ont défriché, cultivé, crée le bocage pour l’élevage…..Sur le plan spirituel  , notre paroisse relevait du doyenné de Moyaux, dans l’archidiaconné du Lieuvin du diocése de Lisieux….

Au niveau temporel, nos seigneurs devaient donc allégeance aux comtes de Beaumont que furent Robert d’Artois, Philippe de Valois, Charles d’Evreux dit de Navarre….Bref, nous étions dans l’apanage du gratin de la cour de France qui allait  bientôt se déchirer…..

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