la fontaine enragée

Nous allons évoqué dans cette page, ce phénoméne soudain,, imprévisible qui a conservé sa part de sorcellerie et de mystére sur notre commune. Le réel et l’Irréel, l’histoire et la légende se mélangent dans les flots dévastateurs pour les craintifs ou se résument en un cloaque bourbeux pour les sceptiques….

Deux « sources » littéraires permettent d’alimenter le peu de renseignements concernant cet Eridan des plus ténébreux…

Le colonel Mesnil, dans ses « Notes pour servir à l’histoire de Drucourt » nous apporte des élements assez interessants. Il situe cette fontaine sur St Mards de Fresne à une centaine de métres des limites de notre commune, en bordure des bois d’Origny. En 1937 , la fameuse fontaine n’était plus qu’une mare profonde et desséchée à cet endroit. On rapporta néanmoins au colonel Mesnil , l’histoire suivante :

La source se mit à jaillir avec une telle violence que les hameaux de la Bouchonniére et de Cantepie furent inondés et les moissons détruites. On décréta cette fontaine ‘enragée » et l’on s’efforça de la calmer en la bouchant avec toutes sortes d’objets (fûts , matelas, terre, herbes) la fontaine cessa de couler et qui plus est, elle était tarie et ne redonna jamais d’eau…. »

Cependant, aucune date n’est précisée dans ce récit dont la transmission de bouche à oreille a sans doute enlevé quelques traits significatifs. Malgré tout un document ancien  » le Dotalicium Judith » ( écrit constituant une dot à Judith, épouse de Richard II de Normandie) cite comme limite du douaire de Judith, notamment les bois de Fains et une fontaine nommée « Fons ARRAGATA » la date de cet acte se situe entre 996 et 1008 de notre ére. Le colonel Mesnil nous offre diverses solutions étymologiques : la fontaine s’intitule en fait ARRAJET probablement le nom du propriétaire de la région. ; ou ; ARRAGATA devient arragée puis enragée, modification due à la corruption patoise de ce terme…..

La deuxième source littéraire est ce poème de Paul LABBE qu’il réalisa en mars 1874, racontant le fait :

Dames , oyez un conte lamentable
Je vais vous dire une ballade
Que l’on me conta dans le temps
Elle vient d’un esprit malade
Mais les faits en sont palpitants.

C’est le récit d’une aventure
qui fît jadis beaucoup de bruit
Et que chaque race future
Se redira parfois la nuit.

Or donc, écoutez ! Je commence
Le long d’un champ noir et poudreux
Pouvait se voir un bois immense
Connu de tous les amoureux.

Ses chênes jetaient sur la mousse
Des ombres d’un aspect charmant….
Et là, quand la brise était douce,
On aimait se perdre un moment.

Les spectres blancs de la vallée
N’y passaient points inaperçus
Et dans la ronde échevélée
Les sorciers n’étaient pas reçus.

Il existait dans ce bois sombre
Une sorte de puit profond
Sur lequel les ronces, dans l’ombre
Tressaient comme un léger plafond

Le puit était fort drôle en somme….
Et très commode aux imprudents….
Carr jamais de mémoire d’homme
On n’avait vu d’eau dedans!

Soudain, par une nuit obscure
Il se propage aux alentours
Qu’une énorme source murmure
Et jaillit depuis quelques jours ;

On ajoutait dans les village
Qu’elle devait tout submerger
Raisins, coteaux, bois et bocages…
Il fallait vite déloger.

La fontaine était enragée,
disait on aux gens ébahis
Et cette source était chargée
de niveler tout le pays!

Pourtant devant l’immonde fleuve
Plus d’un par un moyen banal
Voulut bien tenter une épreuve
Pour combler le puit infernal….

Aussitôt, s’armant de courage
des braves commencent , hélas!
A bouleverser le ménage….
Ils prennent jusqu’aux matelas!

Et les voilà partant en guerre
O muse, calme mon tourment….
Et nomme moi ceux qui naguère
Domptaient le liquide élément.

Les voilà partis vers la source
Qu’un vieux paysan révéla
Arrivés au bout de leur course
Devinez ce que l’on trouva là ?

Pas la plus petite riviére.
Pas le plus mince filet d’eau!
Hélas la traversée entiére
Pouvait se faire sans radeau….

Le puit était bien à sa place
mais sec, aride comme avant.
Le murmure ébranlant l’espace
n’était que celui du grand vent.

Comme le fameux don quichotte
sabrant le noble et les vilains
ils allaient porter une botte
au toit des malheureux moulins….

Enfin, plein d’audace et de zéle
ils emplissent le trou béant
afin que la source rebelle
se trouvant réduite à néant.

Contre le fleau redoutable
ils s’acharnent avec fureur
le résultat fût lamentable
mais nul n’avoua aucune erreur…..

Ils y perdirent leur vaisselle
leurs draps, leur temps, leurs édredons…
la farce était drôle et nouvelle,
ils en restérent les dindons.

Voila le fait, je vous le donne pour ce qu’il vaut…
Et c’est pour rien!
Je le tiens de quelques personnes
et n’en suis que l’historien

Cette narration certaine
forme le plus joli tableau
car à l’immortelle fontaine
il n’avait manqué que de l’eau.

Et maintenant, jeunes trouvéres
Chantez ces hauts faits oubliés
aux chatelaines peu sévéres
aux doux et galants chevaliers….

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